‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 211 sur 305 · Cf. plus haut, chap. VI, p · texte numérisé non relu

Cf. plus haut, chap. VI, p

4. Annales arcliéolojiques, XII, 93. Palustre ne semble même pas se poser la question.

l'œuvre de MICHEL COLOiMBE

live cherchés par l'arlisle, ajoute que Michel Colombe n'a fait en cela que « se conformer à un système généralement mis en pratique par les sculpteurs de la Renaissance, surtout en Italie » ; il pense évidemment ici aux sculptures-tableaux de Ghiberti. On pourrait lui objecter que les Italiens ne sont pas seuls à avoir fait de la sculpture pittoresque ; nous avons déjà indiqué jîlus haut comment, au contraire, tout ce qui, dans notre sculpture gothique delà fin du xv'' siècle, présente ce caractère, paraissait devoir la qualité de son pittoresque à l'influence des sculptures flamandes très largement répandues à cette époque. Le bas-relief du saint Georges nous a paru lui-même ne pas être indemne de cette influence avec ses gros rochers étagés, ses petits arbres en bouquets, et les reliefs très accusés, très puissants de ses figures ; les basreliefs italiens au contraire, ceux de Florence ou ceux apportés en France, pour Antoine Bohier par exemple, ont toujours plus de délicatesse dans leurs perspectives, plus de souplesse, de moelleux et de parti pris conventionnel dans le modelé de leurs figures. On pourrait même soutenir qu'eux seuls tombent sous le coup du reproche formulé par Guilhermy, avec leurs effets de Iromj^e-l'oeil qui appartiennent plus à la peinture qu'à la sculpture, tandis que les compositions flamandes ou le saint Georges de Gaillon, avec leur vigueur plus grande et leur absence de supercherie, restent plus conformes aux véritables lois de l'art sculptural.

Le thème paraît aussi emprunté à l'art italien ; il ne serait pourtant pas bien difficile de trouver dans l'art franco-flamand des sculptures, des peintures et des gravures sur bois, où des chevaliers armés de pied en caj) transpercent des dragons furieux, devant une petite fille agenouillée dans un coin, avec souvent son père et sa mère qui apparaissent dans le lointain audessus des créneaux d'une ville gothique

L'exemple le plus typique et le plus proche de notre relief nous en est fourni par la miniature du Bréviaire Grim.'ini, qui représente saint Georges couvert, comme le cavalier de Colombe, d'une armure toute moderne et très exacte, la visière relevée, laissant voir un visage mâle, énergique et très individuel; près de lui se voient un gros dragon un peu épais et la petite princesse délicate et fine ; celle-ci avec exactement le même geste des mains écartées que nous trouvons dans le retable de Gaillon.

Mais les éléments de la composition du saint Georges de Gaillon et jus-

1. Nous en avons rencontré quelques-uns tout à l'heure h Saumur, à Gaillon même. (Cf. plus haut, chap. VII, p. 234 et 261.) Un bois exposé au Petit Palais en 1900 représentait même juxtaposée une seconde scène du drame, celle où, après le triomphe du chevalier, la jeune princesse emmène en laisse le dragon vaincu vers la ville où ses parents se réjouissent de sa délivrance : ce dernier thème est du reste assez rare.

qu'aux silhouettes des personnages principaux se retrouvent aussi, nous ne pouvons le nier, clans certains bas-reliefs florentins, celui de Donatello \ par exemple, qui se voit sons le tabernacle du saint Georges à Or San Michèle, celui d'Andréa délia Robbia à l'église Saint-Georges de Brancoli*, ou celui de son atelier au Musée du Louvre^. Il y a aussi à Gênes, au-dessus de la porte de quelques maisons du xv*' siècle, des bas-reliefs représentant la même scène ^, et sur l'un des côtés du bassin de la grande fontaine italienne du château même de Gaillon, on voyait, d'après le dessin de Du Cerceau^, un saint Georges dont la composition différait assez peu de celle du bas-relief de Colombe.

Il est donc très possible que Michel Colombe ait reçu en même temps que la table de marbre quelque indication, quelque dessin ou quelque gravure, des mains de Jérôme Pacherot, commissionnaire du cardinal et directeur de la décoration de Gaillon. Tout en se souvenant des compositions flamandes analogues, il peut en avoir gardé la donnée générale, notamment dans la silhouette de la figure principale^ : il n'est pas impossible qu'il y ait eu là encore une sorte de programme imposé à l'artiste, et ce programme était (( à la mode d'Italie ». Mais, une fois ceci admis, il faut reconnaître que l'œuvre dans son esprit et dans sa facture ne ressemble en rien au bas-relief de Donatello ou à ceux des Robbia

L'artiste a donné d'abord au dragon, généralement assez banal chez les Italiens, une importance et comme une physionomie toute spéciale. Il en a fait une espèce de tarasque énorme, puissamment modelée, mais d'un fantastique modéré, assez proche, dirait-on, de la réalité, et assez peu terrible : il ressemble, à n'en pas douter, au gros dragon bon enfant qui dort tranquillement au pied de la sainte Marguerite dans le retable bourguignon de SainL-Sauveur d'Aix**.

Dans son œuvre, de plus, les costumes et les traits des deux person-

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