Cf. plus haut, chap. 'VII, p
4. Aux environs de Tours, les deux bustes de La Péraudière (cf. Palustre, Album Exp. Tours, 1891, pl. XV), qui datent des premières années du xvi'' siècle, sont également en terre cuite ; mais ce sont des œuvres d'un caractère tellement exceptionnel et d'une présentation si italienne que nous ne croyons pas pouvoir afïirmer, avec M. Palustre et M. Gonse, que ce sont des œuvres françaises, bien que le type des personnages représentés paraisse assez français : il n'est guère possible, par conséquent, selon nous, de les attribuer à l'atelier de Michel Colombe. — Cf. plus haut, chap. VI, p. 163.
CHATEAU DE LA CARTE. ~ VIERGE (Terre cuite)
(ÉCOLE DE MICHEL COLOMBE
l'atelier de MICHEL COLOMBE
sont proprement exquises. Nous touchons ici à ce sommet si rarement atteint en art et pour si peu de temps, où la réalité est traduite simplement, sans vulgarité, et où la grâce naissante ne dégénère pas encore en maniérisme. Nous avions auparavant les robustes nourrices flamandes ou bourguignonnes du siècle; nous aurons ensuite les belles mondaines (comme la Vierge que nous verrons tout à l'heure à Moulins) qui verseront dans le joli el dans le précieux, et prendront des sourires aigus et des gestes maniérés.
Ici, le type de la figure reproduit encore ce petit visage de jeune paysanne tourangelle cher à Fouquet et à ses émules. Moins idéalisé peut-être même que dans les grandes figures de Michel Colombe, il est assez proche de celui de notre Sainte Catherine de tout à l'heure.
Pour le costume, son arrangement et son exécution, bien français également, sont conçus selon les habitudes de l'atelier de Michel Colombe. Le pied de la Vierge, qu'un italianisant n'eût pas manqué de montrer nu, apparaît discrètement au bas de sa robe, chaussé d'une grande pantoufle ronde, selon la mode du temps. La tête est couverte d'un voile d'un arrangement ingénieux ; un léger fichu retombe sur la poitrine. Au-dessous, le corsage ajusté modèle délicatement le torse ; les manches collantes sont relevées au poignet ; un ruban entoure la taille et forme, sur le devant, un petit nœud très finement indiqué. Enfin, le manteau qui tombe des épaules, ramené par-devant, de la droite vers la gauche, selon la formule que nous avons vue se créer peu à peu dans l'école, enveloppe presque tout le bas de la figure de belles chutes de plis laineux et souples ; ces plis sont légèrement plus profonds et plus habiles peut-être que
Cliché Duchet.
Chapelle de La Carte. — Portail restauré.
dans les marbres ; mais cela lient sans donle à la matière qni se prêtait davantage à ces effets.
L'enfant est complètement nu : son petit corps, joliment modelé, a des replis profonds et des bouffissures de chair molle ; mais il n'a rien de la joliesse du bambino italien, et il reste encore suffisamment de réalisme dans sa grosse tête pour nous faire sentir son origine. Sa nudité même ne doit pas nous étonner dans une œuvre française, puisque nous en connaissons, dès le xiv*^ et le XV*' siècle, qui ne sont pas plus habillés*.
Par sa provenance presque illustre, par son allure aisée et souple, par son charme exquis et discret, cette petite Vierge de La Carte, qui n'est presque pas connue, mérite donc d'être rangée, à notre avis, parmi les œuvres essentielles de l'atelier de Michel Colombe, et le maître y aurait mis lui-même la main que nous n'en serions pas très étonné
Vierge d'Olive t.
Il en est de même de la Vierge d'Olivet. Mais celle-ci, grâce à sa présence au Louvre^, est aujourd'hui beaucoup plus célèbre. Elle est plus importante aussi, étant de grandeur naturelle, et taillée dans une matière plus noble, le marbre. Par contre, nous sommes encore moins renseignés sur son histoire. Elle fit partie de la collection du peintre Timhnl ; celui-ci l'avait, paraît-il, trouvée chez un marchand, qui disait la tenir du château à'Olivef^ près d'Orléans : d'oîi son nom. Mais elle n'était là que depuis la Révolution. Venaitelle d'Orléans? Nous n'en avons aucune mention dans les descriptions du xviii*' siècle, celle de Beauvais de Préau, par exemple ; mais, cela n'est pas une raison absolue. D'après Montaiglon, elle pourrait provenir de Tours et peutêtre de l'église Notre-Dame-la-Riche ; mais c'est là une simple hypothèse.
Une vieille attribution la donnait aux Juste. Montaiglon^ a très nettement indiqué que cette attribution était absurde et que l'œuvre apparaissait comme sûrement française et tourangelle. Dans ime analyse très fine de tous les détails de l'œuvre, il a même cru trouver certaines indications matérielles sur