Cf. plus loin, chap. VIII
juxtaposition de ces deux arts si différents pour nous prouver qu'il ne saurait être question encore à cette époque de fusion ni de pénétration.
S'ils ne sont pas de Jérôme Pacherot, dont la manière habituelle nous paraît être un peu plus élégante et plus grêle, les pilastres de Solesmes sont à coup sûr de quelque Italien arrivé en même temps que lui après la première expédition d'Italie. On les a attribués h Jérôme de FiesoleK Qu'était-ce que ce nouvel artiste? La lettre de Jean Perréal qui nous renseigne sur l'exécution du tombeau du duc de Bretagne à Nantes nous parle de deux tailleurs de maçonnerie antique italiens, et si nous sommes portés à supposer que l'un d'eux n'était autre que ce Pacherot que nous avons vu établi à Tours presque porte à porte avec Michel Colombe, en 1503, juste au moment où commencent les travaux pour le tombeau de Nantes, les textes publiés par M. Milanesi ont permis de citer un autre nom-. C'est précisément celui de Jérôme de Fiesole.
Ce nom ne figure pas sur les listes de Charles VIII. L'artiste dut cependant être appelé en France dès avant 1500 pour concourir à l'exécution de deux monuments très importants, le tombeau du duc François II de Bretagne dans l'église des Carmes de Nantes, et celui des deux fils morts en bas âge qu'Anne de Bretagne avait eus de son mariage avec Charles VIII. Une série de textes retrouvés soit aux archives de saint Georges de Gênes, soit à celles du dôme
1. C'est Palustre qui a soutenu en particulier cette opinion qui ne nous paraît nullement fondée. Nous reviendrons plus loin (chap. VIII) sur les conséquences qu'il a cru pouvoir en tirer pour l'attribution du sépulcre lui-même.
2. Cf. Montaiglon et Milanesi, La Famille des Juste, Gaz. des B.-A., 1875-76, et Palustre, Ben. en France, III, 7'J-86; Arch. de la Ben., 149. M. Milanesi identifie même cet artiste avec un nommé Girolarno di Donienico del Coscia qu'il trouve inscrit sur les registres de l'Art des maîtres tailleurs de pierre de Florence en 1491.
Solesmes. — Pilastre de l'encadrement du Sépulcre. (Pierre.)
P. ViiKY. — Michel Colombe et la sculpture française.
de Florence nous renseignent sur les négociations entamées par la reine pour l'achat des marbres'. Le plus ancien est du 27 décembre 1499, les autres sont du 15 janvier et du 24 février 1499 (1500, n. s.), et c'est dans Fuu de ces derniers, où Ton constate la livraison des marbres, que l'on fait figurer à côté du nom de l'agent de la reine qui a fait l'affaire, « Guielmo Boni de Torsi », celui d'vui certain « Jeronimo^ scarpellino de Faesulis, qui munet impresenliiiliter cum chrislianissinio rege francorum pro conficiendo et faciendo quamdam sepulluram per Serenissimam Beginam régis francorum uxoreni praesenlem pro lUusfris.simo domino duce Brittagne ^ pâtre dicte regine ^ premortuo et pro duobus ejus /iliis et filiis christianissimi Caroli régis francorum ejus viro dicte domine ».
Le texte a paru décisif et la participation de l'artiste à l'exécution de ces deux monuments a été généralement admise. Mais nous remarquerons que ce Jérôme de Fiesole semble en 1499 avoir la charge complète de l'exécution des deux monuments. Il y eut à ce moment, nous le verrons par la suite 2, un revirement dans l'esprit de la reine ; la part principale, et même la direction de l'œuvre, passa à deux Français : Perréal pour le j)lan, et Michel Colombe pour l'exécution. Il n'est plus question de Jérôme de Fiesole. Estce bien lui qui continua à travailler au second rang, payé tout juste huit sols par jour, comme les aides de Michel Colombe, ainsi que nous l'apprend Timporlante lettre de Perréal que nous venons de rappeler? Il est peut-être un peu téméraire de l'affirmer, alors que nous n'avons aucun autre document précis qui nous renseigne sur la présence et l'activité de Jérôme de Fiesole en France après 1499.
Quant à l'attribulion faite par Palustre'^ à cet artiste des pilastres de Solesmes, ce serait un cercle vicieux que d'en tirer argument pour la question qui nous occupe ; car Palustre ne s'appuyait que sur une ressemblance, qui du reste est très loin de nous frapper, avec les pilastres du tombeau de Nantes. Le doute est également nécessaire des deux côtés.
Nous dirons donc seulement que nous avons des raisons de croire que parmi les sculpteurs employés sous Perréal à l'exécution du tombeau du duc de Bretagne, se trouvaient Jérôme Pacherot et Jérôme de Fiesole \ leur part se borna d'ailleurs à l'exécution de toute la partie décorative du tombeau, pilastres de marbre blanc à arabesques séparant les niches du soubassement, revêtements de marbre rouge dans ces niches^, niches rondes à
1. Cf. Milanesi, art. cit., et Alizeri, Nolizic clei profesi^ori del disegno in Ligiiria, IV, 105, et plus ha\it, p. 141 .