‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 86 sur 305 · Poitou et Vendée, Céramique poitevine · texte numérisé non relu

Poitou et Vendée, Céramique poitevine

2. C'est Jacquemart qui, dans ses Merveilles de la Céramique, 11, 234-235, indique cette parenté possible et ajoute que l'on connaît plusieurs pièces signées de ce Léocadius Solobrinus. M. D. Fortnum {Maiolica, 1896, Oxford, in-4, p. 280) cite les trois pièces en question, elles sont datées de 1355, 1363, 1564. Il fait remarquer que la différence de dates est bien grande pour qu'il puisse s'agir de deux frères.

(le Paclierot ou de Solobrin, ou qu'il ait été fourni à Solobrin par Pacherot, il y aurait donc eu, au début du xvi*' siècle, une fabrique italienne de terre cuite installée à Amboise, et c'est de cette fabrique que seraient sortis les fragments de pilastres dont nous venons de parler'. Ils auraient été ainsi parmi les premiers modèles de cette décoration à Fitalienne ou à l'antique qui allait avoir un tel succès.

Les deux grands pilastres à arabesques de Solesmes^ dont ceux d'Amboise nous rappelaient un peu le style particulier, sont presque contemporains, peut-être même légèrement antérieurs. Nous ne savons pas malheureusement au juste à qui en attribuer l'exécution. Nous reviendrons tout à l'heure sur les problèmes délicats soulevés à propos du monument capital qu'ils complètent^. Mais si l'on admet, et cela est à peu près certain, nous le verrons, que le roi prit sa part des frais de ce monument, il est très plausible de supposer que quelques-uns de ces ouvriers ramenés d'Italie à la première heure, un Jérôme Pacherot par exemple, furent expédiés à Solesmes où s'achevait le groupe du Sépulcre et y exécutèrent vers 1496 ces deux pilastres en hors-d'œuvre, d'une dimension et d'un style très exceptionnel, parmi toutes les œuvres analogues que l'on peut rencontrer en France. Ils rappellent, par leurs proportions, ces grands pilastres dont Mantegna décorait les fonds de ses tableaux ou de ses fresques et à l'aide desquels il croyait reconstituer une architecture antique. Dans le détail de la composition, les formes sont très stylisées : l'élément essentiel de la décoration n'est pas végétal, mais architectural ; c'est ce grand vase ou candélabre à plusieurs étages auquel nous faisions allusion tout à l'heure. Il repose sur des griffes classiques ; toutes les moulures en sont empruntées au répertoire des formes antiques ; et tout en haut, dans la dernière vasque, sont assis deux petits amours nus, gras et un peu épais, qui rappellent ceux de Simone Ferrucci au temple des Malatesta. Le tout est de relief très saillant et non pas délicat et un peu mièvre comme dans les habituels pilastres des Florentins et des Génois, si répandus et imités chez nous au xvi° siècle. Nous sommes ici tout près encore de l'esprit du xv^ siècle italien, et on n'y sent nullement, en tous cas, cette espèce de compromis avec le style français que nous pourrions noter plus tard dans les œuvres simplement italianisantes. Quant au style français du moment, il est là à côté dans toute sa verdeur et sa pureté, avec ses cordons de feuillage jouissants et ses angelots discrets. Rien n'est même plus typique que la brusque

1. Peut-être même ces fragments retrouvés en terre ne seraient-ils que des débris de la fabrication.

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