‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 89 sur 305 · Bull. Soc. archéol. Tour., I · texte numérisé non relu

Bull. Soc. archéol. Tour., I

7. Cf. abbé Bossebœuf, L'archevêché et la cathédrale de Tours, p. 59.

8. Art. cit., Bull, archéol., 1895. Cf. plus haut, p. 167, note 5.

qui font pendant à Samson avec la mâchoire d'àne, Samson déchirant un lion, Samson avec les portes de Gaza, tous motifs violents chers au grand sculpteur italien et qu'il avait maintes fois traduits dans ses énergiques petits bronzes ; ailleurs encore on rencontre des motifs païens comme un Centaure et une femme demi-nue. Toutes ces représentations du reste sont assez déplacées sur un tombeau et surtout sur un tombeau de jeunes enfants morts au berceau : mais nous sommes ici déjà dans l'esprit irrationnel de la pure Renaissance classique et païenne*.

L'ensemble, suivant nous, dut être exécuté sur place et nous ne croyons pas qu'il y ait de différence à faire entre les différentes parties de ce soubassement : nous n'avons ici aucun morceau d'école apporté tout fait comme le soubassement de Folle ville par exemple. La frise en scotie est un morceau admirable , mais ce n'est pas une raison pour sxqiposer qu'elle seule soit italienne. Les amours nus et potelés qui soutiennent les écussons, de même que les dauphins des deux petites faces, sont bien certainement dus sinon à la même main, du moins au même atelier. Ils sont peut-être un peu moins soignés, mais c'est eux qui eurent le plus de succès et suscitèrent le plus d'imitations.

Dans son ensemble, la conception est plus originale que celle de la partie italienne du tombeau de Nantes, infiniment supérieure à celle du tombeau des ducs d'Orléans et du mausolée de Thomas James, à Dol : elle fait grand honneur à Jérôme de Fiesole, si le dessin en est vraiment de lui. Quant à l'exécution, elle est d'une virtuosité éclatante. On s'explique, devant cet art élégant et facile, devant ces marbres si amoureusement caressés, l'enthousiasme et presque l'égarement de nos compatriotes ; on est tout près de le leur pardonner.

La forme générale du tombeau ne fut jamais reprise, au moins à notre connaissance ; mais il serait bien facile de voir certains motifs en passer presque textuellement dans le bagage courant des décorateurs italianisants : on retrouverait, à Tours par exemple, les dauphins dans la fontaine de Beaune, les angelots nus dans la décoration du cloître Saint-Gatien, etc. Ces monuments italiens allaient ainsi fournir en Touraine un véritable répertoire de motifs décoratifs nouveaux,

{. Il est tout à fait inutile par exemple d'aller chercher l'explication de la cordelière avec des nœuds dans les œuvres de Verrochio : c'est une idée toute française souvent employée par nos décorateurs : témoin le petit oratoire de Loches, exécuté pour Anne de Bretagne dont la cordelière était un des emblèmes favoris (cf. plus haut, chap. II, p. 47). Quant au motif des ailes accouplées qui ornent les angles du monument ainsi que des griffes classiques, il n'a pas non plus de sens particulier, ce sont des éléments courants dans l'ornementation de la Renaissance, et il est bien étrange d'y chercher une façon de signature de Michel Colombe, parce que celui-ci « portait le nom d'un oiseau ». (Cf. Giraudet, Art. tourang., 83-84.)

LA PlîNÉTRATION ITALIENNE APRÈS 1495

Une fois les travaux des tombeaux de Nantes et de Tours terminés, Pacherot dut être appelé à Gaillon par le cardinal d'Amboise, avec un certain nombre de ses conij^atriotes italiens, installés auparavant en Touraine auprès du roi. Il semble même, d'après les comptes, qu'il y ait exercé comme une sorte de direction des travaux de décoration : c'est lui qui, en 1508, lors d'une visite de Louis XII, est chargé de dresser un arc de triomphe * ; c'est lui qui prend la part la plus importante dans l'ornementation de cet autel de marbre de la chapelle, qui, au dire des auteurs de descriptions tels que Thomas Corneille ^, et des voyageurs tels que DucareH, était vme chose si merveilleuse, et c'est peut-être lui qui choisit ou désigna Michel Colombe, à côté de qui il avait travaillé jadis, pour l'exécution du morceau principal, le bas-relief du saint Georges. En tous cas, nous le voyons chargé de conduire de Gaillon à Tours le marbre où le vieux maître doit sculpter son œuvre Rentré ensuite à Gaillon, il exécute lui-même le soubassement de l'autel en marbre veiné d'Italie et l'encadrement du bas-relief, ces pilastres et corniches, conservés aujourd'hui au Louvre et rapprochés par Courajod du morceau centraP. La sculpture y est d'une délicatesse extrême, d'une finesse de ciseau incomparable, et ces morceaux valent tout ce que les ouvriers les plus habiles d'outre-monts ont jamais pu faire dans ce genre. Outre ces ouvrages importants nous savons que Pacherot en exécuta encore plusieurs autres à Gaillon, mais il resta toujours confiné , semble-t-il , dans son domaine spécial , la décoration.

Pacherot fut aidé dans ces diverses besognes par un nommé Jean Chersalle dont nous ne connaissons pas exactement l'état civil, mais qui, par la physionomie de son nom et par la nature des travaux auxquels il fut employé, nous paraît bien aussi devoir être un Italien.

A côté de lui devait travailler également ce Bertrand de Meynal^ qui était arrivé en France seulement vers 1507-1508, apportant les marbres de la fameuse fontaine, cadeau de la République de Venise au cardinal. Il est mentionné plusieurs fois dans les comptes et qualifié de Genevois, traduction de Genovese, c'est-à-dire, quoi qu'en dise Palustre, qui cherche toujours à éliminer l'élément italien, originaire de Gênes, non pas de Genève .

Enfin, nous ne sauinons dire exactement quels sont les auteurs de ces

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