CHAPITRE H
Si de la terre des Pharaon et des Rhamsès, je vais demander à la Grèce, à Athènes, les lois de son jury, en matière criminelle, je rencontre des règles plus précises ou seulement , peut-être, mieux conservées pour jious; des règles d'ailleurs qui, si on peut les rattacher, soit comme emprunt , soit comme analogie participant de cette analogie générale qui se rencontre dans les œuvres de l'homme , si on peut, dis -je, les rattacher aux institutions ég)'ptiennes , ont un caractère extérieur, une expansion, un mouvement particulier à la dé-
mocratie grecque , et qui s'éloignent sensiblement des habitudesgraveSjCalculéesde l'Egypte.
Mais c'est bien à Athènes que nous trouvons le jury populaire appliqué d'une manière souveraine à l'appréciation des crimes.
L'aréopage *, qu'il est permis de croire d'importation égyptienne et par l'austérité des formes et par la sobriété des plaidoiries, et par le soin qu'on y apportait de ne rien donner à la sensibilité, à l'éloquence; non moins que par la tradition qui l'attribuait à Cécrops; l'aréopage, disons-nous, statua d'abord sur tous les crimes y compris ceux d'ordre politique. Bientôt* le peuple, redoutant cette concentration de pouvoirs , organisa la juridiction de l'héliée, ainsi nommée probablement parce qu'elle s'exerçait à la face du soleil (vî^,-), qui devient sous Périclès, la justice du droit commun, et connaît des
1. Composé de 31, 41, 51 membres, au plus, y compris le Président. En Egj-pte, nous avons vu également les nombres 31 et 41.
délits politiques/ Tout citoyen d'Athènes, pourvu qu'il eût trente ans, qu'il ne fût ni débiteur du trésor, ni noté d'infamie, s'asseyait à ce tribunal. Le nombre des héliastes, c'est-à-dire du jury de l'héliée, n'était pas limité. La liste
1 . Les Égyptiens n'auraient pas manqué d'attribuer également au tribunal de l'héliée, à cause de sa dénomination , une réminiscence égyptienne, reflet de leur premier roi r}ios Helius ou Osiris, frère et mari d'Isis. Les prêtres d'Egypte, à l'appui de leur affirmation qu'Athènes était une de leurs colonies rappelaient «qu'on la nommait aussi aj-rf ou aîry., nom d'une des villes de l'Egypte; et de là viendrait VAttique (Diodore I, 5"); que les peuples de l'Attique étaient les seuls de tous les grecs qui jurassent par Isis, sœur et femme d'Hélius ; que l'égyptien Cécrops avait institué l'aréopage. » Ce qui est certain, c'est que les coutumes du peuple d'Athènes, et sa division en trois classes, plusieurs de ses mœurs, étaient très conformes à celles du peuple égyptien (Diodore I, 59, 61). Il n'y aurait donc rien de trop hazardé à admettre une fdiation judiciaire entre les institutions judiciaires de ces deux nations célèbres.
Enfin, les annales sacrées de l'Egi^pte établissent que les grands hommes de la Grèce et notaimnent Lycurque, Solon, Platon, ses principaux législateurs, avant de décréter les lois de leur pays, allaient méditer dans la patrie de Sésostris, comment la loi est la
annuelle de ces juges-jurés , désignés par le sort, fut de six mille, pour l'Attique. Ils fonctionnaient, selon l'importance des affaires, par section ou réunis, depuis cinq cents jusqu'à six mille. (Chaque citoyen, en cas d'abstention de la partie lésée , lorsque le crime, d'ordre public, intéressait la cité toute entière, pouvait déférer un accusé au tribunal des héliastes, et demeurait responsable du mérite de son accusation; si le crime était moins grave, la partie lésée , ses parents , son maître ou son tuteur, avaient seuls le droit d'accuser; à défaut d'accusateur volontaire, l'assemblée du peuple confiait à un rbéteur (p/iTwp) la mission de soutenir la plainte, pour les cas qui le com-
raison écrite. Les prêtres de Memphis montraient, dit Diodore (II, p. 203), couime preuve du passage de ces Atliéniens illustres, soit leurs portraits, soit quelque ouvrage ou quelques dons laissés par eux en souvenir. ■ — Et ce qui les accréditait davantage, ils indiquaient, dans les monuments de la justice, dans les chants des poêles grecs , la trace vivante des lois , des symboles de l'Egypte , étudiés siir les lieux.
portaient. Indépendamment de cette partie publique improvisée , il y avait des magistrats appelés thesmothètes (un des onze archontes) chargés de dénoncer à l'assemblée populaire les crimes intéressant la sûreté de l'État. * C'est le germe informe, sans doute, de l'institution du ministère public. 11 lui faudra bien des siècles encore pour se formuler d'une manière impersonnelle, c'est-à-dire vraiment sociale.
Devant le tribunal des héliastes, pas de procédure préparatoire. L'archonte présidait, mais son rôle était passif; la direction des débats se partageait entre les orateurs de l'accusation et ceux de la défense. Tout se passait en plaidoiries ; chaque orateur appelait ses témoins, selon les besoins de la discussion et comme soutien des arguments proposés; la clepsydre seule avertissait tous ces lutteurs ardents, que la cause était entendue. Ensuite, on passait au double vote, l'un sur la culpabilité, l'autre, sur le châ-