‹ Michel de Montaigne; sa vie, ses œuvres et son temps. 2. éd., augmentée de documents authentiques inédits et de la littérature de Montaigne en ellemême, dans ses rapports avec les lettres, en général et, plus spécialement, avec les lettres au 16e sìecle et au commencement du 17eChapitre 33 sur 77 · Pline, Panégyrique de Trajan · texte numérisé non relu

Pline, Panégyrique de Trajan

amis; il est, ainsi que ceux qui l'assistent, vêtu de deuil, les cheveux en désordre, sordidatas '. Il se prosterne aux pieds des juges. Pourquoi cette attitude suppliante ? La raison nous en est donnée par un éminent magistrat2, dont la science a puissamment éclairé les origines de notre droit criminel et auquel je dois particulièrement ; c'est qu'à cette époque n'existait pas le dogme salutaire de la séparation des pouvoirs; l'accusé savait qu'il s'adressait, non pas seulement à un tribunal investi du pouvoir judiciaire, mais à des juges dépositaires eux-mêmes de la souveraineté politique, ayant conséquemment capacité pour la justice et pour la grâce. Il ne faut donc pas s'étonner si devant les juridictions romaines, questiones, l'accusé tremblant, rampant même

1. Cicero, pro Plautio, cap. 15. L'expression de sordidatus est assez souvent employée pour désigner l'accusé dont les habits sont misérables et en désordre.

Page 1