‹ Michel de Montaigne; sa vie, ses œuvres et son temps. 2. éd., augmentée de documents authentiques inédits et de la littérature de Montaigne en ellemême, dans ses rapports avec les lettres, en général et, plus spécialement, avec les lettres au 16e sìecle et au commencement du 17eChapitre 54 sur 77 · Mercklin, Histoire d'Ensisheim, page · texte numérisé non relu

Mercklin, Histoire d'Ensisheim, page

2. Chauffour l'aîné, Histoire d'Alsace, selon Schœpflin (2e vol. p. 177, 1828.) Ensisheim était le chef-lieu du Landgraviat d'Autriche. — La résidence d'été de la maison de Hapsbourg. (Idem.)

dictou jugement du 17 septembre 1613, c'està-dire en plein dix-septième sièle, prononce la même peine contre Elisabeth Straub, accusée du même crime. Ces décisions étaient fréquentes en Alsace, et vers la même époque, on en rencontre quinze ou vingt, en trois ans, dans la régence de Belfort. Le 12 mars 1609, les juges du maléfice, compétents, d'ailleurs, pour tous les crimes capitaux, avaient condamné, d'après les lois du temps, au supplice de la potence, Barthélémy Werlin, convaincu de vol de charrue et d'instruments aratoires. 11 est intéressant d'étudier un de ces vieux dossiers ; on y retrouve véritablement la forme des débats et des procédés du jury *.

1. On pourra s'étonner , sans doute, de rencontrer de pareils procès criminels au sein d'un pays plus versé dans les sciences , dans les études générales — et ses monuments en font foi, — que la plupart des autres parties de la Gaule ; mais les savants de celte époque, les hommes les plus avancés, même les hommes de génie, et je vais en fournir un exemple, étaient loin alors de blâmer la législation. S'il est un esprit vigoureux, un personnage qui, selon

C'est le prévôt d'Ensisheim qui préside le jury provincial réuni à Brisach, afin de juger Pierre de Hagenbach, le terrible lieutenant du

l'heureuse expression d'un de ses biographes, « était homme à la plus grande puissance», un homme complet de pensée etd'action, c'est assurément Martin Luther. Ce moine augustin qui a voulu réformer tant de choses, a-t-il songé à réformer des lois pour nous si justement monstrueuses , qui brûlaient les sorciers et, par le feu , purifiaient les sorcières de leur commerce charnel avec le diable? En aucun point. Ses livres, ses maximes, sont remplis d'anathèmes contre la sorcellerie et de rémunération des maux qu'elle produit sur la terre. Il s'exprime à ce sujet, en juriste, autant qu'il croit s'exprimer en chrétien. Interrogé sur les sorcières, le 25 août 1533, le docteur Luther répondait: «Je n'aurais aucune » compassion à leur égard , je voudrais les faire brûler. On lit » dans l'ancienne loi que les prêtres étaient les premiers à lapider

» les malfaiteurs nos péchés irritent et offensent Dieu;

» quel doit donc être son courroux contre la sorcellerie que l'on » peut nommer à juste titre un crime de lèse -majesté divine, une » révolte contre la puissance infinie de Dieu ! Les jurisconsultes •> qui ont si doctement et pertinemment traité delà rébellion, affir- » ment que le sujet qui se révolte contre son souverain est digne » de mort ; la sorcellerie ne mérite-t-elle donc pas la mort puisqu'elle est une révolte de la créature contre le créateur, puis- » qu'elle refuse à Dieu une autorité qu'elle accorde au démon. »

duc de Bourgogne, Charles le téméraire. Ce jury, ou commission générale, est composé, dit l'historien d'Ensisheim * , de vingt -six juges choisis parmi les plus hahiles gens de Strasbourg, Schlestadt, Colmar , Brisach, et six autres localités. Le principe des juges du lieu devant être respecté, Brisach fournissait huit jurés ; chacune des autres villes en avait envoyé

(Le diable , les sorciers , les incubes , propos de table de Martin Luther, pages 32, 33, 34 et suivantes; traduction de Gustave Brunet). Ailleurs Luther, discourant des rapports du diable avec les femmes, dit qu'il en naît des enfants, que les savants appellent suppositi parce que leur père les met à la place des enfants qu'il change en nourrice. Ces suppositi sont les Killecroffs des allemands; Luther affirme qu'il a vu et touché plusieurs de ces aimables Killecroffs qui, par bonheur, ne peuvent vivre au-delà de dix-huit ou dix-neuf ans (idem, page 40 et suivantes.) Si Luther, cet incontestable génie, légitimait ainsi, en fait, en droit, les décisions du jury d'Ensisheim et des autres tribunaux dont j'ai parlé plus haut, il est permis de croire que pour le curé Urbain Granuier, accusé de sorcellerie , de sacrilège , et brûlé à Loudun vers la même époque où l'on brûlait Elisabeth Straub à Ensisheim , il eût été un juge assez peu pitoyable.

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