‹ Michel de Montaigne; sa vie, ses œuvres et son temps. 2. éd., augmentée de documents authentiques inédits et de la littérature de Montaigne en ellemême, dans ses rapports avec les lettres, en général et, plus spécialement, avec les lettres au 16e sìecle et au commencement du 17eChapitre 7 sur 77 · INSCRIPTIONS OU SENTENCES INEDITES DE M1CIIEL DE MONTAIGNE · texte numérisé non relu

INSCRIPTIONS OU SENTENCES INEDITES DE M1CIIEL DE MONTAIGNE

Nous publions ici quinze inscriptions ou sentences inédites , sept en grée et huit en latin , que Montaigne avait gravées ou fait graver au moyen d'un fer chaud , sur les poutres et chevrons de sa Librairie. S'il est vrai, ainsi que la tradition le rapporte , que ces sentences aient été incrustées dans le bois par Montaigne lui-même, ce n'est pas une de ses moindres originalités. A chaque fois il lui fallait, eu égard à l'élévation considérable du plafond , grimper sur une échelle, et là , patiemment, lettre à lettre, déposer le secret de sa pensée. Cet homme illustre avait le sentiment et la volonté de la durée, jusque dans la manière d'inscrire. Ces sentences, qui témoignent des préoccupations du scepticisme scientifique à l'aide duquel Montaigne a si rudement maltraité et l'homme et la raison, sont , pour la plupart , des souvenirs ou des extraits de lectures. Le Livre des Proverbes, l'Ecclésiaste, les Epîtresde saint Paul, Homère, Horace, Lucrèce et Perse vont laissé leurs traces. Nous en avons indiqué les origines, quand cela nous a été possible.

Les cinq inscriptions grecques ou greco-latines, dont nous n'avons pas cité la source, sont-elles des réminiscences ou des sentences composées par Montaigne? c'est ce que de plus érudits sauront facilement constater. Ce que nous pouvons affirmer, c'est la scrupuleuse fidélité des quinze inscriptions qui vont suivre. Telles qu'elles ont été dérobées aux poutres et aux chevrons , telles nous les reproduisons. Au-dessous, nous avons mis la traduction. Les lecteurs familiers de Montaigne, rapprochant ces quinze sentences inédites, des dix-huit sentences éditées ou reproduites par M. Payen, seront sans doute frappés de cette circonstance, que chacune d'elles contient sinon le titre , au moins le principe de plusieurs chapitres des Essais. L'immortel chapitre XII, semble surtout s'être incrusté , jour par jour, au. plafond de la librairie de Montaigne, avant de descendre dans le livre où. Pascal l'admirait et le querellait tour à tour.

1 . Vidisti hominem sapientem sibi videri ? Magis illo spem ha-

bebit insipiens.

(Liber Pruverbiorum, cap. xxvi, f 12. )

« Avez-vous vu un homme qui soit sage à ses yeux? L'insensé « aura plus d'espoir que lui. »

2. 0 miseras hominum mentes! ô pectora caBca! Qualibus in tenebris vitae , quantisque periclis Degitur hoc aevi, quodcumque est!

(Lucrèce, de Rcrum natura, hv. II, v. 14.)

« 0 pauvres esprits des hommes! ô cœurs aveugles! Dans « quelles profondes ténèbres , dans quels grands périls s'écoulent « ces courts instants qu'il vous est donné de passer ici-bas ! »

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