‹ Michel de Montaigne; sa vie, ses œuvres et son temps. 2. éd., augmentée de documents authentiques inédits et de la littérature de Montaigne en ellemême, dans ses rapports avec les lettres, en général et, plus spécialement, avec les lettres au 16e sìecle et au commencement du 17eChapitre 77 sur 77 · I. Décret du 26 février · texte numérisé non relu

I. Décret du 26 février

pendant qu'elles existent, à toutes les lois du pays.

Qu'on me pardonne, en insistant sur la dernière partie de ce travail, «d'étendre, selon l'expression de Montaigne, un corps déjà trop long,» Au contraire de ce maître charmant, j'ai besoin de chercher une excuse, tandis que le célèbre moraliste, s'il la sollicitait, savait fort bien qu'il pouvait s'en passer. Cette excuse, je n'ai à l'espérer, à la solliciter que du mobile qui m'inspire.

Le jury en matière' criminelle peut beaucoup sur les mœurs d'un pays; il n'est pas seulement la justice tangible; c'est la formule vivante, aux yeux du peuple entier, du principe de l'égalité, des garanties mutuelles; il moralise ou il égare par sa marche égale ou hésitante.

J'ai voulu, autant qu'il dépendait de moi, à

côté de l'histoire de son institution, placer la vérité pratique et les règles de son mandat.

J'ai voulu surtout dire au ressort à quel point le respect de la loi grandit, fortifie et dirige; comment, en sens inverse, il est aisé de tomber dans le paradoxe, de s'aventurer au hasard, quand on se croit plus sage et plus avancé que la loi.

Puissent aussi nos justiciables, en général, écoutant ma parole qui envoyée vers eux , ne saurait s'éloigner du sujet que je traite , me donner, de moins en moins, l'occasion de me préoccuper des redoutables intérêts que j'ai la mission de défendre.

Je n'ai rien changé, on le voit, et je prie qu'on me le pardonne, à l'expression, au tour même de ma pensée première, alors que je l'adressais uniquement à ma circonscription juridique.

Le cadre n'est pour rien dans l'appréciation des doctrines ; la même pratique , le même respect de la loi sont des nécessités pour toutes nos provinces.

Je ne sais s'il serait bien exact d'appliquer aux français cet éloge significatif accordé aux romains par l'historien Tacite, et que j'ai déjà rappelé : «dans la plupart des causes criminelles, le peuple romain considérait ce qui serait jugé comme l'intéressant, d'une manière directe.» *

11 n'est peut-être pas très certain qu'entre les qualités remarquables de notre race, brille au même degré qu'à Rome, l'intelligence du sentiment civique. L'imagination, la sensibilité, un penchant à la controverse viennent , quelquefois, altérer, parmi nous, le libre choix de

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