III. — LES CORRESPONDANTS DE LE TELLIER
Les correspondants les plus ordinaires de Le Tellier sont Sublet Des jN'oyers et Mazarin ; nous ne parlons pas du roi , parce que c'est Des Noyers qui tient la plume. Ce dernier, avant d'être secrétaire d'Etat, avait été intendant d'armée, bien qu'il ne paraisse pas se rappeler toujours les difficultés propres à ces fonctions; il s'en souvient cependant parfois ; c'est ainsi qu'à l'occasion de la prise de Tortone, il écrit h Le Tellier : « .Te ne vous considère pas au dernier * rang de ceux qui ont concouru à cette grande j) entreprise, sachant, par expérience, la part » qu'ont à la peine aussi bien qu'à l'iionneur, » ceux qui remplissent le poste que vous tenez « par delà ('}. » Au fond. Des Noyers était ce qu'on appelle un excellent homme, sa correspondance le prouve. Voici le passage d'une de ses lettres qui le peint tel que ses contemporains nous le font connaître : « J'ai, dit-il, plus de » peine à prendre mauvaise opinion de ceux qui » servent, qu'aucun de ceux qui sont dans » l'emploi (-). » Il n'était pas un aduiinistra-
(0 Des Noyers à Le Tellier, 13 décembre 1G42, p. 241. (2) Des Noyers à Le Tellier, 5 mars i642, p. 181.
INTRODUCTION. XVIl
teur sans mérite, loin de là! Mais il ne valait pas Le Tellier, et, comme chef d'administration, il avait un grand défaut, il ne voyait pas toujours juste, nous le démontrerons bientôt- de plus, son humeur était difficile, inégale, et aussitôt qu'il trouvait à redire à quelque chose, la vivacité de ses lettres tranche avec son style ordinaire qui est souvent emphatique, quoique toujours plein de formules polies. Il était âgé de cinquante-deux ans , et^ en écrivant à Le Tellier qui en avait trente-sept, nous croyons qu'il a cédé quelquefois au désir de faire voir qu'il en savait long ; mal lui en a pris , car chacune des réponses de Le Tellier était une leçon pour lui. Ici Le Tellier paraît toujours le même, froid, restant dans son rôle de subordonné, ne relevant jamais une expression blessante, quoiqu'il la sentît bien, langage très-humble et d'une modestie qui était peut-être naturelle autrefois, mais qui aujourd'hui semble aflectée. En parlant ainsi, nous ne considérons que la forme, car pour le fond, c'est toujours l'homme supérieur ([ui parle. Des Noyers le sent, il l'accable de compliments, mais son humeur chagrine reprend bientôt le dessus, et c'est à recommencer.
En arrivant à Turin oiV l'armée française venait de rétablir l'autorité de Madame Jloyale,