XVIII INTRODUCTION
régente de son fils Charles-Emmanuel II, duc d( Savoie, Le TelUer y trouva Mazarin en qualité d'ambassadeur, à qui il avait été recommandé par de Bullion. « Je vous suis très-obligé, écrit » Le Tellier à ce dernier, de ce qu'il vous a plu n me procurer cet emploi, mais encore plus des » témoignages de bienveillance que je reçois » tous les jours de M. Mazarin, en votre con- » sidération ('). ^> Il sut bientôt se faire apprécier du futur ministre qui se connaissait en homme, et obtenir- toute sa confiance. Le but essentiel de la mission de Mazarin en Savoie étant atteint, il fut bientôt rappelé en France, et, en partant, il pria Le Tellier de le tenir au courant de tout ce qui, à l'armée, intéressait le service du roi.
La confiance que Le Tellier sut inspirer à Mazarin a été jusqu'à des confidences intimes, et date de leur commun séjour à Turin': deux lettres de Mazarin nous en fournissent la preuve. Dans la première , il écrit à Le Telher, à son arrivée à la cour, et lui dit : « Vous ayant pro- » mis amitié , je pense qu'il est inutile que je » vous renouvelle les assurances de mon ser- » vice (^). » C'est simplement pour la forme
(1) Le Tellier à de Bullion', 27 novembre 1640, p. 19,
(2) Mazarin à Le Tellier, 13 juin 1641, p. 78.
IXTRODUGTIOX. XIX
qu'il se croit dispensé de renouveler ses assurances de service, car, dans toutes les lettres qui vont suivre, nous lirons des compliments analogues. Dans Vautre lettre, il parle à mots couverts, mais les choses paraissent sérieuses, et il tient un langage qui ne lui est pas ordi- 11 lire. Habituellement il nemploie que des épitliètes douces et flatteuses, ici il semble se fâcher et parle impérativement. « Quant aux avis que ^> vous me mandez, dit-il, je vous avoue qu'ils « m'ont surpris, s'étant passé autrefois ce que n vous savez. Vous devez être satisfait de faire » de votre coté , ce à quoi vous êtes obligé du » reste. Il faut prendre patience, quand le rei) mède ne vient pas de nous ('). » De quoi s'agit-il donc? Il y a là certainement quelque péché de jeunesse dont AJazarin ne peut pas s'occuper et dont il faut que Le Tellier le débarrasse , en y mettant de la patience. Il y a longtemps que nous avons lu pour la première fois ce fait rapporté dans un livre dont le titre s'est effacé de notre mémoire.
(1) Mazarin à Le Tellier, 19 novembre IGil, p. 137. — Mazarin répond ici à une lettre de Le Tellier, du 3 novembre. A cette date, nous en avons une adressée à Des Noyers (p. i-lH). La lettre à Mazarin est une copie de celle de Des Noyers, sauf le parafçrapbe cité plus haut, concernant spécialement Mazarin, et qui nous manque aujourd'hui. Il est probable que ce paragraphe a été ajouté par Le Tellier lui-même sur le double destiné à Mazarin.