‹ Michel Le TellierChapitre 147 sur 179 · LE CHANCELIER SÉGUIER A LE TELLIER · texte numérisé non relu

LE CHANCELIER SÉGUIER A LE TELLIER

Paria, 13 janvier 1641.

Moni>ieur, j'ai reçu votre lettre du 25 du mois passé qui est en réponse de celle que je vous avois écrite an

(1) Ceci est l'abrégé sommaire d'un passage du texte un peu embrouillé, page 26, manuscrit 4196.

précédent. La pauvre M"'^ de la Bécliereile avoit toujours espéré que l'on découvriroit quelque chose de l'assassinat de son fils qui la pourroit contenter. Mais il sera difficile de la détromper de son attente que par le retour de celui qu'elle a envoyé exprès sur les lieux. Quant à la licence des gens de guerre qui sont dans Turin et à la campagne, il importe grandement de tenir la main qu'ils vivent avec la plus grande discipline qu'il se pourra. Vous avez très-bien fait d'avoir fait ce châtiment, afin d'obliger chacun par cet exemple à se tenir dans le devoir. Il est fâcheux que le prévôt que vous avez de delà soit si peu capable de son emploi, et sera bon que vous en écriviez un mot à M. des Noyers, afin qu'il prenne soin qu'il y soit envoyé quelque autre personne bien entendue. Cependant je vous remercie des nouvelles que vous me mandez. J'avois bien su l'accommodement du prince Thomas. Je crois qu'il est bien conseillé de se ranger de notre côté, quoique j'estime que c'est la nécessité qui l'y oblige le plus, n'ayant pas été trop bien traité des Espagnols depuis qu'il nous a quittés, et sans doute il le seroit ci-après encore mcâns, vu le peu de satisfaction qu'ils doivent avoir de ce qui s'est passé en Italie, sous sa conduite. Il en est de même de son frère le cardinal. De sorte que je ne pense pas qu'il ait grande peine à le persuader de terminer son traité. Nous verrons bien tout ce qui réussira de cette affaire dont vous me ferez plaisir de me faire savoir ce qui se passera comme étant plus près, et aussi de ce qui arrivera de delà de considérable. Vous assurant que le soin que vous en voudrez prendre me sera très-cher, et je serai très-aise de vous en témoigner en revanche aux occasions que je suis, etc.

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LE TELLIER A DES NOYERS

Turin, 16 janvier 1641,

Monseigneur, la dépêche du roi, et la vôtre des 10 et 18 du mois passé m'ont été rendues par M. Talon le 8 du courant ; celle du roi concerne le règlement de la subsistance pour les effectifs seulement et le licenciement des compagnies de carabins qui servent dans les places. Pour la subsistance, vous aurez connu par ma dépêche qu'on a satisfait entièrement à l'intention du roi et qu'on a donné pour le soulagement du pays tous les ordres nécessaires en cette levée. Je n'ai rien à y ajouter, sinon qu'on a fait publier de nouveau des défenses de contrevenir aux ordres, lesquels M. de Gastellan qui va servir à la campagne est bien résolu de faire exécuter à son égard. J'y emploierai de ma part toute l'autorité qu'il a plu au roi de me confier, tant au fait de la justice que des finances.

Je n'ai plus rien à dire touchant MM. d'Argenson et Talon; puisqu'il a plu à Dieu d'ôter M. de Bullion de ce monde, M. Pelletier que vous connoissez et estimez vous peut dire ce que je lui ai mandé depuis que ..e suis ici, et il le peut justifier par les lettres qu'il a entre ses mains. Le sieur Bourguignon ne me trompera jamais; je lui ai vu faire son apprentissage sous Martin, greffier du lieutenant de robe courte au Ghàtelet de Paris. Je n'ai pas trouvé qu'il se soit amendé ici, en sorte que j'ose dire avec la liberté qu'il vous plaît me donner, que si vous lui avez autrefois accordé de l'emploi en Piémont par gratification, vous lui pouvez à présent ôter avec justice pour plusieurs considérations desquelles M. d'Argenson vous entretiendra, qui peut vous donner M. Mazarin pour caution de la bonne conduite de ce brave censeur.

DES NOYERS A LE TELLIER

Paris, 27 janvier 1641.

Monsieur, je viens de recevoir et de lire avec grande satisfaction la vôtre du 11 de ce mois ; elle est longue, mais remplie d'instructions si utiles pour la connoissance de ce qui se passe par delà, qu'elle m'a laissé avec désir d'un plus long entretien. J'avoue que je n'ai point encore vu travailler avec tant d'ordre e1 avec tant de justice depuis que la guerre est en Piémont, et je m'assure que le roi n'aura point de meilleures troupes que celles de votre armée, et que les habitans seront encore en état de subsister. L'ordre que j'apprends par votre dépêche avoir été établi, subsistant, comme il y en a grande apparence, par les soins que vous projetez d'y apporter, je donnerai ordre que l'on vous envoie quelque somme d'argent pour le supplément de la subsistance des garnisons. Étant hors de doute que si la nécessité ne vous oblige à l'employer pour lesdites garnisons, vous saurez bien le conserver pour des dépenses plus nécessaires.

Je ne répliquerai point ici par le menu sur tous les articles de votre lettre, parce qu'en la plupart, il n'y a qu'à vous donner des louanges qui chargeroient votre modestie. Je m'assure que vous trouverez bon que je m'arrête seulement à ce qui requiert quelque lumière, pour ce que vous ne vous éloigniez des intentions du roi.

Sa Majesté trouvera très-bon que vous fassiez faire justice, more castrensi, des désordres connus, sans vous arrêter à la longueur des formes qui ne servent souvent qu'à autoriser ou du moins donner lieu au

vice ou aux vicieux d'écliapper la juste punition, de leurs crimes.

Nous n'avons garde de rien clianger aux ordres que M. le comte d'Harcourt a établis en Piémont en partant. Nous lui devons plus de respect, et il est trop juste que celui qui a vu les services d'un chacun, soit arbitre de la récompense et gratification.

J'estime que le roi aura satistait par prévention (d'avance) aux avis qu'il vous plaît me donner pour la manutention des troupes (le recrutement). Sa Majesté ayant donné ordre à M. de Champigny et à M. Imbert, qui sont chargés des recrues d'Italie, de faire payer tous les officiers qui seront en France employés auxdites recrues, ainsi que les autres qui sont destinés pour servir dans les armées de deçà, au prorata du temps qu'ils seront en France, n'étant pas raisonnable qu'ils aient subsistance deçà et delà les monts.

Le ménage que vous destinez de faire sur le paiement de la cavalerie qui est en garnison à Turin, au }jrofit des autres garnisons, sera très-utile.

Je vais faire mes instances pour le paiem'^nt du sieur Tarin ; je m'assure que je lui ferai donner contentement.

Je ne trouve pas étrange la cherté des souliers, vu que c'est une querelle générale (une plainte) ; et Dieu nous garde de plus grande perte. Je serai toujours, etc....

DES NOYERS A LE TELLIER

Paris, "21 janvier 1641.

Monsieur, les demandes extravagantes des munitionnaires, tant de l'armée que des garnisons de Pié-

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mont, nous obligent avons faire cette dépêclie exprès, afin d'être guidé par les lumières que vous prendrez la peine de nous donner sur le sujet du prix et la fourniture dudit pain de munition.

Ces gens ici ont eu l'imprudence de demander jusqu'à cinquante-deux deniers pour ration, tant pour les , troupes de campagne que pour celles de garnison , et '■ j'estime qu'il vous sera facile de vérifier l'injustice de cette demande par la connoissance particulière que vous avez du prix et de la valeur de toutes choses mêmes; main en main , quantité de personnes dignes de foi qui vous en peuvent éclaircir. Ils supposent que le sac de blé vaudra plus de seize livres , qu'il ne rendra que quatre-vingt-neuf ou quatre-vingt-dix rations ; bref, ils réforment la nature des choses pour l'accommoder à leurs sens. Ce qui. m'étonne d'autant plus qu'ils doivent bien savoir que ce n'est pas là le moyen d'obtenir le paiement de ce qui leur est dû des fournitures passées, et qu'ils peuvent bien s'assurer que nous n'avons garde de rien conclure avec eux, sans avoir sur ce, vos avis auparavant.

J'écris, par le même courrier, à M. Alazarin, afin qu'il ait agréable que vous en confériez ensemble, et que vous nous mandiez d'un commun accord à quoi vous estimerez qu'il se faudra résoudre. Il y a deux voies à tenir pour nous décharger de l'inquiétude où cet embarras nous met : l'une que trouvant par delà des munitionnairss plus raisonnables qu'iceux, vous fassiez avec eux un bon traité pour la fourniture des troupes de campagne et de celles des garnisons, conjointement ou séparément, suivant le pouvoir que Sa Majesté vous en donne; l'autre que vous nous fassiez savoir positivement jusqu'où nous nous devons relâcher avec ceux de deçà, puisque, d'une façon ou

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d'autre, l'on ne peut pas différer davantage à conclure un traité de cette importance et qui empire notablement par le délai.

M. Lhermite vous peut informer au vrai de ce qui se peut faire a Casai, M. de la Cour doit faire de même pour Pignerol, et vous pouvez envoyer M. Talon pour reconnoître au vrai ce que coûtera la munition pour les garnisons de Turin et les autres places. De sorte qu'il ne restera plus qu'à faire le compte de la compagnie ; après quoi ayant ainsi examiné les choses par le détail, l'on pourra conclure hardiment et sans crainte d'être trompé.

Je vous demande instamment réponse sur tous ces articles par le retour de ce courrier, et que vous me fassiez toujours l'honneur de me croire, etc..

LE TELLIER A DES NOYERS

Turin, 4 février 1641.

Monseigneur, j'ai reçu vos dépêches des 4 et 7 du mois passé avec les expéditions concernant l'interdiction des commissaires Dreux et Bourguignon , et des contrôleurs qui ont fait la revue des troupes avec eux l'année dernière.

.J'ai cherché des munitionnaires pour la présente année, autres que ceux qui ont ci-devant servi ; j'en ai trouvé qui veulent bien entreprendre de fournir les garnisons, à raison de quatre sols de France par ration et cent mille livres d'avance, mais ils ne veulent point entreprendre la fourniture à l'armée pour la campagne, n'ayant point fait de provision de blé, duquel le prix augmente tous les jours notablement, en sorte qu'il y a apparence de grande cherté pendant l'été.

Si les princes n'entrent point dans le parti du roi,

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il seroit dangereux de se confier à un Piémontois, il n'y en a point entre eux qui ne crut bien faire en se perdant pour procurer avantage au parti de leur prince, tant ils ont d'inclination pour leur service et la prospérité de leurs affaires.

Je vous ai ci-devant mandé que le sieur Tarin promettoit de livrer dans la fin du mois passé les dix raille sacs de blé dont il a entrepris la fourniture. Mais voyant qu'il n'avançoit en rien, quoique je n'aie su son traité que par bruit commun, je l'y ai fait signifier une ordonnance portant injonction de satisfaire ; par la signification de laquelle j'ai appris que son intention n'étoit pas de fournir, ainsi que vous connoîtrez par sa réponse dont je vous envoie copie ; sur laquelle je vous supplie de me faire savoir ce qui est de son traité et ce qu'il vous plaît que je fasse pour le faire exécuter.

Les choses sont en tel état en ce pays, qu'il ne faut rien omettre pour la conservation des places et notamment de celle-ci. Le traité des princes tirant en longueur, les ennemis du roi ont peut-être quelque dessein fâcheux, pour l'exécution duquel ils ne manqueront du ministère de ceux qui nous font le plus d'accueil.

L'argent et les habits qu'on a envoyés à Casai y sont arrivés heureusement par le soin que M. de Castellan a pris du convoi. On avoit commandé trois cent vingt-neuf hommes de différents corps pour y jeter, à la place du régiment de la Tour qu'on en a tiré. Il n'en est demeuré que deux cent quarante hommes dont soixante qu'a fourni le régiment de la Tour en sortant, qui est encore de cinq cens hommes conduits par de* officiers bien disciplinés.

J'ai été dans quelques quartiers informer des dépor-

temens des gens de guerre. Je n'ai pu trouver de crime ni de violence, mais des traités avec les habitans, signés des officiers par lesquels j'ai appris que les cavaliers se font payer à plus haut prix que ne portent les ordres de Madame. J'ai fait voir ce que j'en ai appris à M. l'ambassadeur et MM. du Plessiset de Castellan, maréchaux de camp, pendant que M. Mazarin est à Mce ; lesquels ayant vu qu'une compagnie de dragons vivoit avec désordre, l'ont tirée du quartier et l'ont envoyée en garnison à Quérasque où je leur fais donner leur subsistance si modérément, que le séjour qu'ils y leront leur pourra servir de pénitence. Ce petit châtiment a donné de la terreur aux autres, en sorte que je vois qu'au moins on peut espérer de diminuer beaucoup le mal qui ne peut être imputé qu'aux oificiers, en ce que faisant leurs conditions pour leurs places plus haut qu'ils ne devroient, ils sont obligés de stipuler un avantage pour leurs cavaliers proportionnés à celui qu'ils tirent pour eux. C'est pourquoi je crois qu'on peut avec justice les rendre responsables civilement de ce que leurs cavaliers recevront du pays plus que ne portent les ordres. Outre ce qu'on tire du pays, il y a des cavaliers qui se mêlent d'aller sur les grands chemins troubler le commerce qui seul peut entretenir le Piémont, en volant les marchands, prenant leurs voitures. J'en ai reçu plusieurs plaintes qui sont demeurées inutiles au public; mais entin, Dieu ayant permis que deux cavaliers de la compagnie de Pontbrenot du régiment de la Luzerne aient été arrêtés à Carmagnole, saisis delà marchandise qu'ils avoient volée le même jour sur le chemin de Sommernie del Bosco, leur quartier, je me rendis à Carmagnole le dernier jour de ce mois au soir, et le lendemain, premier du courant, instruisis

le procès, et les jugeai le matin avec les officiers, et les lis exécuter l'après-dinée. Leurs corps sont aux avenues des grands chemins avec des écriteaux pour la satisfaction du pays et servir d'exemple aux autres. Il ont accusé six cavaliers du même régiment de la compagnie de la Mézangère, desquels ils en ont nommé deux, contre lesquels j'ai décrété, et ai donné avis en même temps à celui qui commande la compagnie de les faire arrêter. S'il fait son devoir, je ne manquerai pas au mien.

J'ai fait signifier au sieur Bourguignon son interdiction, et ai fait mettre l'acte au dos de l'ordonnance du roi que je vous renvoie. Au lieu de s'en aller promptement, j'ai découvert qu'il a été à Carmagnole recevoir l'argent de quatre places par jour qu'il s'est fait ordonner sur les babitans de cette ville, auxquels il a donné quittance de six vingts livres. Il vous dira pour excuse, à ce que j'en ai appris, qu'ayant, à son retour de France, rendu votre lettre à Madame, de la part du roi. Son Altesse n'ayant pas de quoi lui bienfaire, commandât qu'on lui expédiât un ordre pour quatre places sur Carmagnole. M. l'ambassadeur qui le présenta n'en entendit rien du tout. J'estime qu'il ne doit pas être loisible aux officiers qui servent en cette armée de recevoir de l'argent du pays par forme de contribution, que par les ordres de ceux qui y commandent. Si on expédie ceux de Madame autrement, on fera ouverture à toutes les friponneries qu'on peut l'aire en cette matière qui ruineront le paj^s infailliblement. Si je l'eusse trouvé en cette ville, à mon retour, il n'auroit pas profité de cet argent au préjudice des pauvres babitans qui servent le roi si fidèlement et contribuent beaucoup de leurs biens et de leurs soins pour l'entretien des troupes qui y sont en garnison.

Quant au sieur Dreux, il n'est pas en ce pays; je ^avde son expédition pour la faire valoir quand il retournera. Pour les contrôleurs, j'ai conféré avec M. Talon, qui m'a dit que ceux qui sont ici ne sont l' jint de la cabale, et ont toujours travaillé fidèlement, et ainsi je n'ai rien fait à leur égard.

Je dois à la vertu de M. d'Argenson les sentimens ([ue j'ai pour lui, et à votre bonté, Monseigneur, ceux «[ii'il vous plait avoir pour moi; c'est un effet de votre charité que d'excuser les défauts d'autrui et d'imputer à modestie la connoissance véritable que j'ai de mon insufiisance, de laquelle vous n'avez déjà reçu que trop de témoignages depuis que j'ai l'honneur de servir ici.

LE TELLIER A DES NOYERS

Turin, 9 février 1641.

Monseigneur, vos dépèches du 27 du passé m'ont été rendues le 6 du courant, par un courrier que M. de Champigny nous a dépêché exprès de Lyon. Je vous avois écrit, deux jours auparavant, tout ce que j'avois fait en conséquence de vos ordres sur le lait de la munition, et vous avois fait savoir que nous ne trouvions personne qui voulût entreprendre la fourniture de la campagne, et que ceux qui se présentent pour les garnisons demandent quarante-huit deniers par ration.

Depuis, j'ai conféré avec M. Mazarin, et j'étois présent quand il a pris la peine de parler à Tarin et Falcombel, frère de celui qui est à présent à la cour, lesquels enfin ont avoué que le traité se pou voit faire à quarante-cinq deniers, et qu'ils l'écriroient ainsi à leurs correspondans. Vous verrez le détail de tout ce

qui a été fait et de tous les avis que nous pouvons vous donner de deçà dans le mémoire que M. Mazarin a lait dresser en ma présence, et auquel je me remets, parce que tout ce que je pourrois vous mander ne seroit qu'une répétition inutile qui vous feroit perdre du temps. A'ous connoîtrez par ce mémoire le prix du blé par ce qu'en a payé M. Mazarin ; ce que doit rendre de rations chaque sac de blé de l'année dernière et qu'il y en a peu de celte qualité-là et beaucoup de Tannée précédente, qui rendra cent vingt rations par sac. Je n'ai rien à ajouter, sinon qu'il vous plaise pourvoir pour le mois de mars promptement, au cas que le traité tire encore en longueur.

J'ai vu la commission qu'il vous a plu accorder à M. Talon, de commissaire à la résidence de Turin, qui lui donne pouvoir de laire payer les gens de guerre sur les extraits des revues qu'il fera. Elle m'a laissé un scrupule dans l'esprit, de savoir si vous entendez qu'il ordonne des finances et lournisse des décharges aux trésoriers de l'extraordinaire de la guerre qui n'ont aucun fonds que celui que vous avez envoyé pour l'entretien de cetle garnison, sur le ménage duquel nous prenons ce qu'il faut pour Tiiôpital et pour toutes les autres dépenses extraordinaires de cette armée. Je vous sujiplie très-humblement de me vouloir faire savoir sur ce, votre intention, laquelle j'exécuterai ponctuellement, n'ayant d'autre passion que de vous témoigner en toutes choses que je suis, etc....

Turin, J9 février 1641.

Monseigneur, la conduite de M. le prince Thomas, en l'exécution du traité qu'il a fait avec le roi, donne

(le si violents soupçons à sa fidélité que chacun s'applique ici à pourvoir les places de toutes choses nécessaires, pour empêcher que les Espagnols ne profitent de sa perfidie aux dépens des affaires de Sa Majesté, et, comme la citadelle de Turin est la plus importante, M. Mazarin m'a chargé de faire faire un état des munitions qui y manquent et de le vous envoyer, il accompagne la présente. Si vous jugez que cette dépense soit nécessaire pour la conservation de la place, -omrne on l'a estimé de deçà, vous ordonnerez, s'il vous plaît, un fonds pour y pourvoir; il faut qu'il soit de quarante-cinq mille livres, ainsi que j'ai pu appreu'lre de gens qui savent le cours du marché et la différence du prix des monnoies de France avec celle de ce pays.

Nous attendons avec impatience de vos nouvelles sur le traité de la munition et notamment pour la provision du mois prochain, n'ayant ici aucun argent pour donner au munitionnaire, pour lui faciliter le moyen de servir, les finances étant réduites à tel point, que s'il ne nous arrive quelque voiture dans la fin de ce mois, il faut que la garnison de Turin demeure sans prêt, par la dépense de Montcalvo que nous n'avions pas prévue.

Sitôt que vous aurez renouvelé le traité des munitionnaires, il est nécessaire qu'il vous plaise renvoyer promptement le sieur Falcombel ; ceux qui servent en son absence n'ont pas les mêmes habitudes que lui dans le pays, ni les facilités pour fournir l'armée, ainsi que je le reconnois dans la marche que font les ti'oupes présentement.

DES ^'OYERS A LE TELLIER

Paris, 22 février 1641.

Monsieur, nous faisons par deçà tout notre possible pour réduire les munitionnaires à la raison, mais les nouvelles qu'ils ont de recherches, que l'on a faites inutilement par delà, d'autres personnes qui voulussent entreprendre la munition, les rend plus difficiles. Si j'avois reçu la dépêche à laquelle est joint le mémoire des prix du blé et de toutes les autres dépenses qui concernent ledit pain, je serois plus hardi à trancher avec eux, et de terminer cette affaire, mais je l'attends encore. Bien vous puis-je dire que je vois tant de choses qui les obligent à continuer le service qu'il leur sera bien difficile de se dispenser de le faire.

Je vous fais envoyer cent mille livres pour employer aux dépenses les plus pressées de delà, et une autre somme pour acquitter les trente-six mille livres que vous avez promises au munitionnaire, à la charge de remplacer dans Pignerol les blés qu'il y a pris. L'on a envoyé déjà à Lyon quatre cent quarante mille livres sur les fonds des recrues , et bientôt il en partira encore deux cent mille livres, afin que vous ne veniez à manquer d'hommes faute d'argent.

Vous n'avez que ces lignes par cette occasion et me pardonnez si, pour abréger ce compliment, je vous dis seulement que je suis, etc....

DES ^'OYERS A LE TELLIER

Paris, 1" mars 1641.

Monsieur, après vous avoir remercié des soins que vous avez pris de me faire particulièrement informer (le tout ce qui concerne la fourniture du pain de l'armée et des places, à la réserve de Casai, je vous dirai que, bien que les mémoires concernant lesdits erains ne m'aient été rendus que longtemps après 1 ur date, je n'ai laissé d'en tirer grand avantage, les munitionnaires ne s'étant voulu relâcher depuis leur première demande de cinquante-deux deniers que jusqu'à quarante-cinq, nonobstant toutes mes persuasions, ainsi je demeurais dans de grandes perplexités de ce, à quoi nous nous devions arrêter (*), jusqu'à ce que mes ténèbres aient été éclairées par vos lumières. J'ai donné les ordres pour le remplacement des soixante- six mille livres empruntées pour le munitionnaire sur le fonds de la garnison de Turin, afin que rien ne demeure et que les blés pris dans les magasins de réserve soient remplacés.

M. Imbert ayant maintenant reçu une partie du fonds de nos recrues, y va travailler sans relâche et j'espère que nous en sortirons heureusement, si Dieu daigne nous considérer, ainsi qu'il l'a fait jusqu'à présent. Ce seroit un surcroît de joie si l'entreprise projetée venoit à réussir, ou qu'à son défaut, l'autre proposition eut succès favorable. Vous aurez au premier ordinaire une plus particulière instruction de tout ce que nous aurons fait et ensuite des vôtres. Et toujours je resterai, etc.

(1) 11 y a dans le texte fruner; ne connaissant pas ce mot, j'ai mis à la place arrêter (Manuscrit, 5iS8 page 22' v°., ligne 10*.

LE TELLIER A DES NOYERS

Turin, 2 mars 1641.

Monseigneur, il se faut préparer contre les Espagnols, les princes et le pays et ne pas perdre de temps. Les officiers sont si négligens pour les recrues qu'il n'y a pas apparence qu'elles passent ici de bonne heure.

jNous avons l}esoin de faire des provisions de bateaux, de chariots, couvertures, matelas, médicamens et vieux linge pour l'hôpital; d'avancer aux étapiers de quoi faire leurs provisions pour fournir aux recrues et leur payer seize mille livres qu'on leur doit de vieil. Tout cela demeure faute d'argent; nous sommes réduits à tel point que les munitionnaires ayant désiré huit mille cinq cens livres d'avance, en attendant votre courrier sur le fait de la munition, je ne leur ai pu faire payer que quatre mille livres à reprendre sur les premiers deniers qu'il vous plaira envoyer. La garnison de Turin est payée jusqu'au 6 du courant, et après cela elle se débandera en un temps que nous aurions besoin de la fortifier.

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