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fieront employés et qui est à mon avis le sentiment de la vôtre.
Sur quoi je me trouve obligé de vous dire que ^ladame a envoyé par deçà d'étranges mémoires des levées que l'on fait sur ses sujets pour la subsistance des troupes du roi ; l'on les fait monter à six millions de livres, monnoie de France. Jugez, Monsieur, si cet excès seroit supportable, et si ce ne seroit pas mettre le pays hors d'état de supporter la guerre plus d'une année. J'en écris à M. Mazarin, et je vous en donne avis, afin que, ou vous arrêtiez le cours de ce désordre, ou que vous en détrompiez Madame, l'un et l'autre étant également nécessaires. Je vais presser l'envoi de l'argent que nous avons fait ordonner, si déjà il n'est parti, et ferai la même diligence pour le fonds de vos garnisons qui ne subsistent pas par les contributions.
Le traité de vos munitionnaires est enfin passé à quarante-deux deniers la ration, et ils se promettent de bien servir.
J'aurai soin en taisant l'état de l'armée d'y faire employer un fonds raisonnable pour l'entretien de vos hôpitaux. Mais vous devez prendre garde que , si le soldat est malade dans l'hôpital, son prêt ne lui est pas payé dans l'armée, et qu'ainsi étant mis en deniers revenant bon, je fais fonds pour l'hôpital. Je suis du meilleur de mon cœur, etc....
LE TELLIER A DES ^'OYERS
Turin, IG mars 1641.
Monseigneur, vous m'avez fait beaucoup de grâce de me donner avis par votre dépêche du premier du courant, de ce qu'il vous a plu résoudre pour la fourni-
ture du pain des gens de guérie, pendant la présent^ année. Je m'en suis aidé pour me parer de la presse que me faisoit le paiement de la dépense extraordinaire qu'il a fait à Moncalvo, en la distribution du pain ordonnée à la cavalerie du roi et aux troupes de Son Altesse Royale, qui mon*e à une somme asse2 considérable pour l'état présent de nos finances. J'ai encore baillé ma promesse à M. Mazarin pour millei pistoles, et faudra que je lui en donne encore une de pareille somme demain, pour faire payer un prêt à la garnison de cette ville qu'il est nécessaire d'entretenir.
M. Mazarin ayant eu des accès de fièvre tierce, m'a chargé de vous représenter qu'il a vu passer une partie de l'infanterie de cette armée, passant par cette ville pour aller loger à Canavez, vers Ivrée ; qu'il l'a trouvée très-bonne , et composée de gens bien faits et bien aguerris, mais qu'ils manquent de vêtemens , desquels il seroit besoin que le roi fit la dépense pour les soulager des incommodités de cette vie et les rendre plus propres à servir cette campagne , observant qu'il y a six mois qu'ils n'ont rien coûté au roi, que le pain et une paire de souliers, et que soixante mille livres peuvent suffire pour avoir quatre mille cinq cens paires d'habits pour leur distribuer. Si vous jugez que le roi doive faire cette dépense, et qu'il vous plaise en envoyer les ordres à Lyon, mon dit sieur Mazarin retournant en France, chargera quelqu'un de faire faire ces habits et de nous les faire tenir en diligence.
LETTRE DU ROI A LE TELLIER
17 mars I1341.
M. Le Tellier, ayant fait expédier une ordonnance portant que les capitaines et officiers qui ne serviront en personne en leurs charges seront cassés et qu'il en sera établi d'autres en leurs places dans le présent mois de mars; que ceux qui auront plusieurs charges seront tenus d'opter dans ledit mois, et n'en pourront garder qu'une seule ; qu'aucun ne sera passé aux montres qu'il n'ait provision de moi, et que ceux qui se présenteront, possédant des charges dont ils ne seront pourvus, seront punis comme passevolant. J'ai bien voulu vous adresser copie de ladite ordonnance avec la présente, et vous dire que vous ayez à la faire publier en toutes les garnisons qui sont en Italie, même que vous en donniez et envoyiez copie à ceux qui commanderont les corps , atin qu'ils n'en prétendent cause d'ignorance, et que vous teniez exactement la main à ce qu'elle soit observée à l'égard des troupes qui sont dans l'étendue de votre charge, et me rendant compte du soin que vous en aurez pris et de ce qui aura effectivement été fait en conséquence. Et sur ce je prie Dieu, etc....
A Saint-Germain-en-Laye, le 17 mars iOli.
Signé : Louis, et plus bas, Sublet.
P. S. — Ayant fait expédier une autre ordonnance pour le paiement des officiers de mes troupes qui travailleront à leurs recrues, tout ainsi que s'ils étoient présens aux corps d'icelles, je vous adresse aussi lailite ordonnance afin que vous la fassiez suivre dans votre département.
Signé : Louis.
M. Des Noyers. J'ajoute ce billet pour vous dire que nous avons présentement conclu le marché des munitionnaires d'Italie à quarante-deux deniers , à l'exception de la garnison de Casai qui ne sera comprise dans leur traité ; qu'on leur baillera en paiement les quinze cens sacs de blé que M. Mazarin a achetés, pour le même prix qu'ils ont coûté.
Signé : Des Noyers.
LETTRE DU ROI A LE TELLIER
21 mars 1641.
M. Le Tellier, ayant donné au sieur d'Aiguebonne le commandement en la citadelle de Turin qu'avoit le sieur Counonge, et ayant jugé à propos de confier le commandement de la ville de Turin, ainsi que de la citadelle, à une même personne, j'ai fait expédier la commission nécessaire pour cet effet au sieur d'Aiguebonne. Considérant même que le sieur Du Plessis- Praslin, m'ayant dignement et utilement servi à la campagne en mes armées d'Italie, depuis l'ouverture de la présente guerre, il lui seroit avantageux et à mon service, de continuer à l'y employer, si bien que je donne ordre à mon cousin le comte d'Harcourt de l'appeler en l'armée, et d'établir ledit sieur d'Aiguebonne audit commandement de la ville de Turin. De quoi, donnant avis et des raisons qui m'y ont obligé à ma sœur, la duchesse de Savoie, j'ai aussi voulu vous faire savoir par cette lettre, et vous dire que vous ayez à donner audit d'Aiguebonne toute l'assistance qui dépendra de vous, et à tenir bonne correspondance avec lui en toutes choses qui regarderont la sûreté et conservation de ladite place, ainsi que je lui ai ordonné de faire avec vous. A quoi m'assurant que vous
satisferez, je ne vous ferai la présente plus longue que pour prier Dieu, etc.... Écrit à Saint-Germainen-Laye, le 21 mars 1641 .
Signé : Louis, et plu< bas, Sublet.
LE TELLIER A DES yOV'ERS.
Turin, 10 avril 1641.
Monseigneur, hier soir, M. Mazarin et MM. les maréchaux de camp jugèrent à propos, pour le service du roi, d'aller attaquer^ Ivrée. rs'ayant point d'équipage d'artillerie , Fatïaire sembloit impossible , mais nous avons résolu de nous servir de tous les chevaux des vivandiers pour le canon, de mulets du pays pour porter les munitions de guerre, et de bœufs pour tirer les charriots qui porteront les bateaux pour faire un pont. La dépense en sera un petit grande par jour, mais l'argent ne peut être employé plus utilement qu'en des entreprises de cette nature qui vont à la gloire des armes du roi et avantage de son service.
MM. de Turenne et de Castellan partent demain pour disposer toutes les troupes et les faire avancer vers Ivrée.
Cependant nous avons dépêché courrier exprès à M^"" le comte d'Harcourt que nous croyons encore à Lyon, pour l'informer de ce dessein et de tout ce qui se passe, alin qu'il puisse être ici à temps pour le fort de la besogne. J'ai profité du même courrier pour vous en donner compte, comme je ferai de toutes choses aux occurrences qui se présenteront, n'ayant point de passion plus forte que devons faire connoitre que je suis, etc....
56 d8 AVRIL !641,
LE TELLIER A DES NOYERS
Turin, 18 avril 1641.
Mon.seigneur, depuis ma dernière dépêche du 28 du mois passé, j'ai reçu deux dépêches du roi , l'une desquelles m'ordonne de dresser l'état de ce qui a été levé pendant l'hiver en Piémont et pour la subsistance au compte de Sa Majesté, et l'autre accompagnoit l'ordre aux officiers de représenter leurs provisions ou commissions de leurs charges, et à ceux qui en ont plusieurs d'opter celle qu'ils voudront retenir et de résigner les autres.
Quant à l'état de la dépense des troupes pendant cet hiver, je le dresserai et vous l'enverrai au plus t(3t. M. Mazarin sait particulièrement tout ce qui s'y est passé, et vous en entretiendra à son retour. J'ai retiré des mains de M. le préfet de Sena autant de mémoires que madame la duchesse de Savoie a envoyés à son ambassadeur, pour faire entendre au roi et à Son Eminence (Richelieu) des levées qui se sont faites dans son pays. Je vous assure que ce sont parties d'apothicaire, et qu'il n'y a point d'article qui soit véritable, aux termes qu'il est couché. Il faut qu'ils aient été dressés par des personnes mal affectionnées, qui n'aient eu autre but que de faire monter bien haut cette dépense.
J'ai lait imprimer l'ordre pour les deux charges et l'ai envoj^é à ceux qui commandent les corps, afin qu'ils le fassent savoir à ceux qui sont sous leurs charges, et me donnent l'état de ceux qu'ils estiment exercer sans commission. Chacun trouve ce règlement fort raisonnable et utile pour le service, mais je
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m'assure que, quaivl il faudra veiiir à la stipulation, cliacuu voudra conserver ses avantages. Je tiendrai la main de ma part à rexécution, en sorte que, s'il vous plaît de m'autoriser, je vous assure qu'il ne sera pas violé en cette armée.
Je vois que vous n'avez pas eu intention d'y comprendre MM. les maréchaux de camp, et que vous trouverez bon que les aides-de-camp soient capitaines d'infanterie et que les majors aient aussi une autre charge dans le même régiment.
Par les avis que j'ai de Lyon, on travaille puissamment aux recrues sur lesquelles je suis obligé de vous dire que j'ai découvert qu'il y a des officiers en cette armée qui ont écrit à leurs camarades, en France, qu'ils prissent leur argent à Lyon et ne leur fissent guère de recrues. Ce qui me fait appréhender qu'ils ne fassent guère d'hommes cette année. Ce désordre a pour fondement, que ceux qui firent passer grand nombre de soldats l'année dernière ne furent pas mieux traités que ceux qui n'en firent que fort peu et qui se sont enrichis aux dépens du ro: impunément. J'esîime que pour faire cesser ce désordre qui est presque universel, il seroit nécessaire qu'il vous plût de faire un ordre sévère contre ceux qui ne satisferont pas à leurs traités, et qu'il fût exécuté, en la personne deceluiqui se présentera des premiers pour faire passer sa recrue, en lui faisant ressentir l'indignation du l'oi, tant en ses biens qu'en ses charges. Gela sans doute satisferait les bons officiers, et feroit amender ceux qui ne se sont pas mis en peine de bien taire.
DES ^'OYERS A LE TELLIER
Paris, 20 avril 1641
Monsieur, j'ai plaisir par avance d'apprendre que les levées des subsistances faites sur les sujets de Madame n'aient été portées dans l'excès qu'on avoit voulu nous faire croire par deçà. La vue de l'état qu'il vous plaît me promettre par le retour de M. Mazarin, fermera la bouche aux officiers de Madame qui en font ici raisonner leurs plaintes comme d'une extrême vexation.
Ne feignez pas, s'il vous plaît, de tenir rigidement la main à l'exécution de l'ordonnance que je vous ai envoyée pour faire opter les officiers qui ont plusieurs charges, dans l'assurance que je vous donne que tout ce que vous ferez par delà, sera maintenu hautement par ceux qui ont l'autorité du roi en main. Bien entendu que les gouverneurs, les maréchaux et les aides-de-camp qui ne sont que capitaines dans leurs corps, non plus que les majors, n'y doivent èlre compris.
L'avis qu'il vous plaît me donner touchant la mauvaise intention des gens de guerre pour les recrues, sera suivi exactement, comme étant très-utile au service du roi. Vous m'obligerez trop de me faire part des nouvelles de vos quartiers. Si vous exterminez souvent de la sorte cette malheureuse race de bandits, j'espère que vous en nettoierez bientôt le pays, et si M. le prince Thomas se fie longtemps à ses promenades, je pronostique qu'il pourroit bien tomber entre les mains de son vainqueur. Assurez-vous que vous avez en moi, etc.
Du 22. J'ajoute ce mot à ce qui vous est écrit, pour vous dire que le roi a trouvé fort mauvais que vous
n'ayez pas fait mettre la main sur le collet aux officiers qui ont eu assez d'imprudence et de malignité pour écrire à leurs compagnons qui sont en France, de retenir le plus d'argent de leurs recrues qu'ils pourront, et de faire passer ainsi peu d'hommes. Ce qui est si criminel que Sa Majesté ne sauroit seulement en entendre le rapport, sans entrer dans une extrême indignation contre eux, et en vérité elle vous a fort blâmé de ce qu'ayant appris le mal, vous n'en aj'ez aussi fait faire un exemplaire châtiment.
LETTRE DU ROI A LE TELLIER
M. Le Tellier, envoyant le sieur Xaberat pour servir de commissaire en mon armée d'Italie, tant avec le sieur Talon qu'avec les autres qui pourront être à ce départis, j'ai bien voulu l'accompagner de cette lettre et vous dire que mon intention est que vous l'assistiez en tout ce qui sera de l'autorité de votre charge et aux occasions qui s'en présenteront, et lui donnerez moyen, en tout ce qui dépendra de vous, de se bien acquitter de cet emploi, ainsi qu'il a fait des autres semblables qui lui ont été dounés. Et la présente n'étant pour autre sujet, je prie Dieu, etc. Ecrit à Saint-Germain-en-Laye, le 23 avril 1G41.
Signé Louis, et plus bas, Sublet.
LE TELLIER A DES ^^OYERS
Turin, 28 avril 1641.
Monseigneur, je suis en grande peine pour le fait de la munition, ceux qui se sont obligés de la fourniture cette année donnent si peu d'ordre à leurs affaires,
qu'ils n'ont à présent aucune voiture, en sorte que si l'armée faisoit deux lieues, en un pays auquel ils ne trouvassent point de blé à vendre, ils ne pourroient pas y faire voiturer des vivres pour un jour. Quand je les presse de se mettre en équipage, ils me demandent de l'argent, me menacent tous les jours de cesser de fournir, et, au plus fort du travail du siège d'Ivrée. Ils ont dit à M. de Turenne que je donnasse de l'argent à leur commis, si je voulois; sinon qu'ils ne fourniroient plus, et que leurs correspondans qui sont en France leur auroient défendu de ne plus fournir sans argent : ils en sont venus à ce point de refuser du pain à la garnison de Turin. En sorte que si je n'eusse usé d'autorité, il fut arrivé du bruit dans la ville.
Je vous supplie très-humblement. Monseigneur, de vouloir me faire savoir les conditions de leur traité et d'ordonner le fonds que vous leur avez promis, soit en Piémont, ou en France, afin qu'ils se mettent en état de servir. Je cr'ois bien qu'il pourra arriver du désordre, notamment le sieur Falcombel étant toujours absent, ou au moins, qu'on pourra manquer quelque occasion avantageuse, faute de voitures pour les vivres.
Je fis arrêter aux portes de Turin, le 12 du courant, deux cavaliers qui exposoient en vente douze bêtes à cornes qu'ils avoient dérobées à Montcalvo. Je fis le procès sur le champ à ces deux cavaliers et en condamnai un à mort, contre lequel il y avoit bonne preuve. Mon jugement ayant été lu au condamné et mis entre les mains de l'exécuteur, madame la duchesse de Savoie m'envoya un de ses valets de j chambre me dire qu'elle désiroit faire grâce à ce criminel, et qu'elle lui vouloit sauver la vie. Je fis sur-
V\ MAI 1641. Gl
seoir rexécution, et en donnai avis à M. Mazarin et à M. de la Cour, qui trouvèrent bon de représenter à Madame la qualité du crime et que le châtiment étoit nécessaire pour conserver le Piémont. M. de la Cour fut à l'instant voir Son Altesse et lui parla conformément à ce qui avoit été arrêté. Madame blâma celui qui m'avoit dit qu'elle faisoit grâce à ce condamné, et dit qu'elle avoit donné charge de me prier de procurer qu'on lui fit grâce, et qu'elle avoit cru que M. l'ambassadeur et MM. les maréchaux de camp qui commandent les armées du roi en l'absence de M. le comte d'Harcourt, ne lui refuseroieut pas de donner la vie à ce misérable qui étoit chargé de sept enfans, desquels Son Altesse avoit compassion. MM. Mazarin et de la Cour trouvèrent bon de faire garder l'accusé dans la prison, jusqu'au retour de M-' le comte d'Harcourt, qu'ils jugèrent pouvoir seul donner grâce à ceux qui ont été condamnés à mort. Ce petit rencontre empêchera que Madame ni ceux de la Cour ne se plaignissent de la justice du roi ou de ceux qui en ont l'administration en Piémont, quand il arrivera que les gens de guerre feront désordre dans les terres qui leur auront été données pour logement.
LE TELLTER A DES >'OYERS.
Turin, 1" mai 1641.
Monseigneur, j'appréhende tellement que les affaires de la munition de cette armée n'aillent pas si bien qu'elles ont fait par le passé, qu'encore que je vous en aie écrit par l'ordinaire qui partit d'ici le 29 du passé, je prends encore néanmoins la liberté de vous faire celle-ci, pour vous représenter que les munitionnaires