MADAME ROYALE A LE TELLIER
23 novembre 1641.
M. Le Tellier, je vous remercie de la diligence dont vous avez usé à faire avertir le commandant dans Sena, en absence du sieur de MaroUes, du dessein qu'ont les ennemis de surprendre cette place. J'en ai fait de même en suite des avis que j'en ai eus. Et je pense que le château étant bien garni d'hommes et de munition, pourvu qu'on le garde de surprise, il n'y a rien à craindre. Mais pour la ville, vous savez qu'il est impossible présentement de donner aucun ordre. Je suis bien aise que l'on ait renforcé le quartier de Vervani, afin qu'ils se puissent défendre au cas que l'on les voulut attaquer. Je vous ai de l'obligation de la peine que vous prenez à régler les quartiers d'hiver et à remédier aux désordres qui s'y commettent.
J'enverrai une personne d'autorité au quartier de mes troupes pour faire contenir les soldats dans les bornes du devoir pour le soulagement de cet état. Cependant je désire que vous me fassiez la faveur de me continuer vos avis et de croire que je suis véritabiement, ]\I. Le Tellier, votre bien bonne amie.
Signé : Christine.
LE TELLIER A DES NOYERS
Turin, l" décembre 1641.
Monseigneur, votre dépêche du 19 précédent me fut rendue le 29 avec le paquet de Me' le comte d'Har- (i)urt, que j'ouvris en présence de MM. Du Plessis- Praslin et de Semet-André, suivant Tordre qu'il m'en avoit laissé; nous y trouvâmes des ordres pour faire marcher le régiment du colonel Monti, en Roussillon ; envoyer des hommes et de l'argent à Casai ; faire joindre deux compagnies restées du régiment Magalotti et faire repasser La Motte, Corcelle et La Tour, en France, en l'état qu'ils sont à présent.
Les ordres avoient été donnés auxdits trois régimens, de repasser en France dès le 27 du précédent. Je crois que La Motte et Corcelle sont à présent hors du Piémont et que le tout en sortira dans deux jours au plus tard.
L'argent avoit aussi été envoyé à Casai; on lit l'ordre à la compagnie de Bianet d'aller joindre le régiment de Magalotti dans la vallée de Barcelone, où il doit séjourner jusqu'au dernier du mois de janvier prochain, et, quant à la compagnie de Billy, on la fera joindre audit régiment, si vous l'ordonnez, après» avoir conféré avec M*"" le comte d'Harcourt qui vous dira
les raisons pour lesquelles il l'a retenue en Piémont Il ne périra rien en attendant en cela, parce que le régiment ne doit partir encore de deux mois pour aller en France.
J'ai fait prêter à M. Lliermite six mille livres de fonds de l'armée pour l'entretien desdits cinq cens hommes dans Casai, afin de les y retenir en attendant l'arrivée de la voiture destinée pour cette garnison là.
Quant au châtiment de ceux qui n'ont pas fait leurs recrues comme ils dévoient, j'y procéderai le moins mal que je pourrai. Le Roi m'ordonne de les ju^er au conseil de guerre, et c'est pour cela que j'eusse^désiré qu'il vous eut plu expliquer le genre de la peine, afin que les sentimens n'eussent pas été différens. Dans cette semaine, j'espère de mettre les choses en tel état qu'on en jugera des plus coupables, au moins qu'il ne tiendra pas à moi qui suis de tout mon cœur, etc....
MAZARIN A LE TELLIER
8 décembre 16H.
Monsieur, cette lettre vous sera rendue par M. Magalotti auquel je me remettrai avec votre permission à vous dire plus particulièrement que je ne puis faire par lettre, l'estime que je tais de l'amitié qu'il vous a plus me permettre et la passion que j'avois de la mériter par quelque service considérable. Il s'en rêva par delà pour voir en quel état est le régiment du colonel Isola, dont Sa Majesté veut composer une compagnie royale et en même temps essayer de faire quelque levée de Monferrins. Il mène avec lui le sieur Octavio del Buffalo que l'on a choisi pour être l'un des capitaines-lieutenans de ladite compagnie, et
pour le resfe des officiers, oa a trouvé bon de se remettre au choix qu'en fera ledit sieur Magalotti, lequel est chargé des brevets en blanc q l'il pourra remplir sur les lieux comme il avisera. Vous lui ferez, s'il vous plaît, fournir l'argent dont il aura besoin pour cet effet, et cette lettre vous servira de caution pour le remboursement. Enfin, il vous plaira ajouter entière créance audit sieur Magalotti, à tout ce qu'il vous dira à ce sujet.
J'ai à vous prier, avant que finir, de me faire la faveur de bailler audit sieur Magalotti deux cens pistoles à mon compte dont nous nous entendrons ensemble. Cependant je vous supplie de croire que je suis avec plus d'affection que je ne puis exprimer, Monsieur, etc.
.J'ai consigné trente marcs d'or d'Espagne à M. Magalotti pour vous remettre et destinés particulièrement pour le paiement des mille sacs de Molla ; mais je vous prie que cela ne retarde point le paiement des deux cens pistoles de Magalotti et le peu qui peut être nécessaire pour la levée de ces soldats dans le Piémont et Monferrat.
Vous pourrez cependant me faire la taveur de payer entièrement les mille pistoles audit Molla et m'en tenir un petit compte, afin que je donne à satisfaire à ce que je pourrai vous devoir de reste. On prendra son blé dans les sacs qui sont à moi, et je vous prie de le faire porter à Turin, conférant du tout, s'il vous plaît, avec M. Talon qui a lesdits sacs et sait q-ie mon intention seroit de les transporter de Fossan à Turin, mais en temps qu'il n'y ait nul danger.
LETTRE DU ROI A LE TBLLIER
9 décembre 1641.
M. Le Tellier, ayant donné au sieur del Buffalo le commandement d'une compagnie royale italienne, je vous écris cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous fassiez entrer en ladite compagnie les soldats qui pourront rester du régiment licencié d'Isola, et que vous teniez la main à l'exécution de ce qui est en cela ma volonté, en sorte qu'il n'y ait aucun manquement. Je vous dirai aussi que mon intention est que, lorsque ladite compagnie sera en état de marcher, vous en donniez avis à mon cousin, le comte d' Allais auquel je mande de la recevoir en Provence, afin qu'il envoie au devant d'icelle un commissaire pour les faire loger es lieux où il estimera à propos, en attendant l'ordre d'aller au lieu où elle devra servir. C'est ce que je vous dirai par cette lettre, priant Dieu, etc....
Ecrit à Saint-Germain-en-Laye, le 9 décembre 1G41, et plus bas, Sublet.
MAZARTN A LE TELLIER.
15 décembre.
Monsieur, j'ai vu par la lettre dont il vous a plu me favoriser, comme M. Magalotti s'étoit trouvé parti de Piémont, lorsque le dernier paquet que je lui adressois y arriva. Vous l'avez ouvert et ensuite retenu, son régiment conformément à l'ordre qui étoit dans la dépêche, et quoique depuis on lui ait retiré le commandement de passer en France, il n'y a pas eu grand inconvénient. Et je vous en demeure obligé, sachant bien que vous n'avez rien fait qu'à bonne intention.
Je crois que M. le marquis Villa sera de retour avant que les compagnies de Madame soient parties pour le Roussillon. Mais, en quelque façon que ce <oit, je vous supplie d'employer vos soins, afin qu'elles passent les plus fortes et au meilleur équipage qu'il sera possible. M. le colonel Monti a grand intérêt d'y tenir la main, s'il a ordre de Madame de les venir commander.
J'oubliois à vous supplier d'emplo3'er votre crédit et vos instances pour faire donner le meilleur quartier qu'il vous sera possible pour l'assemblée de la compagnie royale. Je vous en aurai une très-sensible obligation, prenant grand intérêt à rendre en bon état ce petit corps d'Italiens qui doivent venir servir en France.
Au reste, Monsieur, je ne veux pas finir sans me plaindre à vous, de ce que vous ne me demandez rien pour vos intérêts et que vous laissez longtemps inutile une très-véritable et très-forte passion de vous rendre service. Ne prenez pas garde, je vous prie, à ma foiblesse et assurez-vous que je passerai mes forces, quand il sera question de vous faire connoître par quelque etïort, combien je suis, Monsieur, etc....
Depuis ma lettre écrite, j'ai eu l'honneur de parler à Son Eminence touchant la marche des troupes de Madame, qui viennent en Roussillon : on a demeuré d'accord par deçà qu'elles ne partent qu'au 10 du mois prochain.
LE COMTE DE CIIAVIG^'Y A LE TliLLÏER.
16 décembre 1641.
Monsieur, les dernières dépêches de M. d'Aiguebonne nous ont confirmé que MM. les Princes de Savoie
146 23 DÉCEMBRE 164i.
continuent de témoigner de la disposition à s'accomi moder avec Madame, et qu'ils désirent en même temps se remettre aux bonnes grâces du Roi, sur quoi ils demandent des conditions fort disproportionnées à l'état présent de leurs affaires et de celles de Sa Majesté. C'est beaucoup qu'elle leur veuille accorder celles qui sont portées par le traité qui fut fait l'année passée comme elle s'y est résolue. Estimant qu'ils les accepteront volontiers, Sa Majesté envoie présentement ses ordres à M. d'Aiguebonne sur ce sujet, qui consiste en un projet du traité qui est à faire entre Sa Majesté et lesdits sieurs Princes, et un mémoire contenant particulièrement ses sentimens touchant celui que Madame doit conclure en même temps avec eux. Je vous communique l'un et l'autre et tout ce qui se fera dorénavant en cette affaire. Sur ce, je vous supplie très-humblement de croire que je suis toujours, Monsieur, etc....
LETTRE DE LA REINE A LE TELLIER
23 décembre 1641.
Monsieur Le Tellier, Pierre et Antoine du Halle, marchands, fournissant ma maison avec Grépin Le Noir, leur associé, m'ayant représenté qu'il leur est dû la somme de six mille livres par Joseph Renaud, Nicolas et Charles Pontenni, marchands, demeurant à Turin, lesquels, pour éviter le paiement de leur dette et frustrer leurs créanciers, ont pris des lettres de répit ou sauf-conduit de ma sœur la duchesse de Savoie, pour deux ans, ce qui causeroit la ruine desdits du Halle et Le Noir, principalement si, ledit temps expiré, ma sœur leur continuoit leur lettre de sauf-conduit. Ce qui me fait vous écrire pour vous donner ordre de lui
parler de cette affaire de ma part, et la prier de permettre à ces pauvres marchands de se pourvoir par les voies de la justice, pour recouvrer leurs dettes et de ne plus accorder de nouvelles lettres de répit auxdits Renaud et Pontenni, après l'expiration de celles qu'ils ont maintenant. Tous me ferez plaisir bien agréable de protéger' ceux que je vous recommande avec la même affection que j'ai pour vous et les vôtres. Je prie Dieu, etc....
Signé : Anne, et plus bas, Le Gras.
DES NOYERS A LE TELLIEB
24 décembre 1641.
Monsieur, ces lignes sont pour vous dire que le roi a résolu de faire payer une demi-montre aux huit compagnies de cavalerie que Madame envoie au roi, pour servir en Roussillon, sous M. le colonel Monti. Ne faites donc pas difficulté, Monsieur, de les faire payer avant qu'ils partent, et je ferai donner toutes les décharges nécessaires au trésorier. La présente n'étant à autre fin, je reste, Monsieur, etc. ..
DES NOYERS A LE TELLIER
27 décembre 1G41.
Monsieur, le roi ayant prié Madame de lui envoyer huit compagnies de sa cavalerie pour servir dans le Roussillon, et Son Altesse Royale l'ayant eu bien agréable, je vous prie de prendre un soin particulier de leur passage, alin que les étapes leur soient ponctuellement fournies, et qu'ainsi n'y ayant rien qui les retarde, ils puissent se rendre au plus tôt dans le service. Sa Majesté s'en repose sur votre vigilance.
Ne manquez pas d'avertir de bonne heure les intendans des provinces par où ladite cavalerie passera, afin que chacun ait à préparer les étapes.