LE COMTE DE GHA VIGNY A LE TELLIER
16 juillet 1642.
Il y a trois cavaliers de la ville d'Alexandrie dans l'armée du roi, lesquels ont eu dessein ci-devant, de rendre un service considérable à Sa Majesté touchant ladite ville. Mais comme il n'a pas réussi, ils ont été obligés de se retirer de leur pays et de se mettre sous la protection de Sa Majesté. Ils 'se nomment : Lanz Avecchia, Gambarota, et Gamalessi. Depuis qu'ils sont dans l'armée on n'a pas eu grand soin d'eux, ce qui les a dégoûtés; en sorte que l'un des trois vouloit se rajuster avec les Espagnols et leur découvrir tous ceux qui avoient eu part au dessein d'Alexandrie, mais quelqu'un l'en a adverti (*). Il seroit donc bon dorénavant de ne leur donner pas lieu de mécontentement, mais de les traiter favorablement, en leur donnant moyen de subsister dans l'armée. Sur quoi j'ai eu ordre de vous écrire la présente, afin que vous trouviez, s'il vous plaît, les moyens de leur ménager quelque chose pour cet efïet. Il vous plaira avoir soin de cette affaire, étant important de bien traiter ces gens-là, quand ce ne seroit que pour l'exemple qui seroit mauvais et de conséquence, si des personnes qui se sont retirées de leur pays pour avoir voulu servir Sa Majesté demeuroient négligées et abandonnées. Sur ce, etc....
(1) C'est pour la seconde fois, dans cette correspondance, que le mot adverti est employé dans le sens de détourné, voir page 150.
LETTRE DU ROI A LE TELLIER
16 juillet 1642.
Monsieur LeTellier, ayant su que les congés que Ton a donnés ès-années dernières à une infinité d'officiers de mon armée d'Italie, ont causé une notable diminution en madite armée et un grand préjudice à mon service, je mande aux maréchaux de camp qui commandent présentement en madite armée de ne donner aucun congé, si ce n'est pour blessures ou maladies très grièves. Et je vous fais cette lettre pour vous en donner avis, et vous dire que vous ayez à y tenir la main et que vous n'envoyez aucun, qui ne soit pour l'une des causes susdites, et m'assurant que vous y satisferez selon vos soins et votre affection accoutumée, je prie Dieu, etc.... Ecrit à Rouanne, le 10 juillet 1642. Signé Louis, et plus bas, Sublet.
LE TELLIER A MAZARIN
19 juillet 1642.
Monseigneur, je n*ai rien mandé à Votre Eminence de ce qui s'est passé lorsque M. le duc de Bouillon a été arrêté dans Casai, parce que ces Messieurs ont envoyé exprès un gentilliomme à la cour qui a eu charge d'en informer Votre Eminence. Depuis, l'armée a séjourné quelque temps à Mons, depuis dix ou douze jours vis-à-vis de Verrue dont elle partit mardi dernier, 15 du courant, pour aller prendre M. de Bouillon à Casai et le conduire à Pignerol où je crois qu'il arrivera le 22 courant. Il seroit bien à désirer que M8' le duc de Longueville pût arriver promptement en Piémont, pour employer les troupes qui sont en nombre
bien considérable, crainte que la multiplicité des cornmandans n'empêche ou ne recule les entreprises que l'armée pourroit faire sur les places que les ennemis tiennent en Piémont, quoique je puisse assurer Votre Eminence qu'on ne peut pas plus désirer d'union et de bonne correspondance que celle qui a été jusqu'ici entre ces Messieurs, qui commandent l'armée alternativement ; mais Votre Eminence sait trop mieux que cette forme de gouvernement ne peut pas réussir pour la conduite des gens de guerre.
La cavalerie de M. le marquis Villa a paru belle lorsqu'on s'est mis en campagne ; j'en ai fait moi-même la revue en détail. Il s'y est trouvé deux, mille cinquante chevaux, tant cuirassiers que carabins, aussi bien montés et équipés qu'étoit autrefois la cavalerie, au commencement de la guerre. Mais pour ne rien dissimuler à Votre Eminence, tous ces gens-là qui (figurent) à une revue, ne demeurent pas dans le service : les uns se retirent au temps des foins, les autres au temps des moissons, et la meilleure partie au temps des vendanges. M. le marquis Villa impute cette diminution à ce que l'on ne paye point de militaires. En cela, il peut avoir quelque raison ; je crois qu'il a écrit plusieurs fois à Votre Eminence, en cette conformité.
Je demande à Votre Eminence la continuation, etc.
LETTRE DU ROI A LE TELLIER
22 juillet 1642.
Monsieur Le Tellier, il y a longtemps que je vois par tous les extraits (des revues) qui me sont envoyés, et les avis qui me sont donnés de l'état des troupes qui me servent en Italie, comme les compagnies de carabins sont très-foibles, et vous savez comme il m'a voit été
JUILLET l.l.'i2.
, .-posé par le duc de Bouillon de les convertir en ]iiousquetaires à cheval, et les faisant armer de bons mousquets et arquebuses de trois pieds et demi de long. Je vous dirai maintenant que je trouve bon que l'on fasse ce convertissement de toutes les compagnies qui servent tant en mon armée que dans les places de Piémont, si mon cousin le duc de Longueville l'estime à propos, à la charge que les capitaines d'icelles les mettront et entretiendront du moins à cinquante hommes chacune, et les armeront de la façon susdite, à leurs dépens, l'avantage qu'ils en ont reçu jusqu'ici étant assez grand pour leur en donner moyen. Smun, je remets à mon cousin de les faire casser.
Je vous dirai aussi qu'ayant su l'extrême licence que prennent les soldats des troupes de delà, de passer de l'une à l'autre sans congé, et les officiers de les recevoir, j'ai fait expédier une ordonnance pour l'empêcher à l'avenir. Laquelle j'envoie au sieur Du Plessis- Praslin et aux autres maréchaux de camp de mon armée d'Italie, en attendant l'arrivée de mon cousin le duc de Longueville, mon lieutenant général en icelle. Et je vous recommande de tenir exactement la main, en ce qui dépendra de vous, à l'exécution d'icelle.
Et par ce que j'ai vu par les états du paiement du quartier d'hiver dernier, comme les olïiciers des régimens qui n'avoient pas deux cens soldats n'ont pas laissé d'être entretenus, ce qui a causé une dépense extraordinaire au pays, sans aucune utilité pour mon service, j'ai aussi fait expédier une ordonnance dont je vous envoie le duplicata, pour empêcher cet abus ; de laquelle ainsi que celle du 20 mars que le sieur Talon vous aura rendue pour la réformation des compagnies qui seront au-dessous de trente hommes, je vous recommande l'observation bien particulièrement.
Sur ce, je prie Dieu, elc... Ecrit à Lyon, le 22 juillet 1642. Signé : Louis, et plus bas, Sublet.
LE TELLIER A DES KOYERS
28 juillet 1642.
Monseigneur, M. de Bouillon est arrivé à Pignerol le 21 du courant, dont M. de Gastellanfait état de le sortir le dernier de ce mois, pour le conduire à Lyon, suivant les ordres que vous en avez envoyés. Il prend pour escorte la compagnie des gens d'armes de M. le duc de Lesdiguières, le régiment de dragons d'artillers, une compagnie de chevau-légers et trente officiers de Tarmée. J'ai envoyé à Briançon pour faire préparer les étapes par La Grave et le bourg d'Oisans, pour abréger le chemin, quoique ce ne soit pas lieu:s ordinaires pour le passage des troupes.
Le 25 du courant, les ratifications du traité fait par le roi et Madame la duchesse de Savoie avec ALM. les princes ont été délivrées de part et d'autre. Mercredi prochain qui sera le 30, la paix doit être publiée à Turin, Nice et Ivrée; samedi soir, M. le prince se rendit avec quatre des siens seulement tout proche de cette ville (Turin), où il rencontra Madame qui le salua, puis entra dans Turin, dans le carosse de Son Altesse; il y séjourna bier 27 et y demeurera jusqu'à demain matin, pour assister aujourd'hui à la fête de la naissance de Madame la princesse de Piémont.
Hier, après dîner, MM. les maréchaux de camp conférèrent avec le prince de ce qui se pou voit entreprendre sur les ennemis par les armes du roi. Son Altesse discourut pertinemment de toutes les affaires de deçà; expliqua l'état des forces des Espagnols qu'il fait monter pour la campagne à quatre mille chevaux
et à quatre mille hommes de pied ; proposa d'aller droit dans le Milanais , pour profiter de l'occasion qu'ont les peuples|contre le gouvernement d'Espagne ; dit que Novarre pourroit être emporté facilement, et que, pourvu qu'on fît faire une fausse marche à l'armée, on pourroit entreprendre utilement sur Yerceil ou sur Trin. Mais parce qu'on avoit résolu de ne s'embarquer à aucun grand dessein que M. le duc de Longueville ne soit arrivé ici, et que le principal fruit qu'on s'étoit proposé de désirer cette conférence pour le service du roi, étoit d'obliger M. le prince Thomas à faire quelques exploits de guerre contre les Espagnols, qui puissent marquer ses bonnes inclinations au service de Sa Majesté et le rendre irréconciliable avec les ennemis. Ces Messieurs lui proposèrent d'investir Cressentino qui est au-delà de la Doire avec sa cavalerie qui en est proche et partie de l'infanterie de l'armée qu'on lui offrit, ce qu'il accepta de bonne grâce, et dit qu'il n'auroit pas estimé ce dessein convenable à la force des armes du roi. On a envoyé reconnoître si la Doire peut gaver, poi;r y faire passer la cavalerie, pour soutenir celle de M. le prince Thomas contre les efforts que pourroient faire les Espagnols, en attendant que l'infanterie la puisse joindre. Si bien que par la conférence qu'il a témoignée en venant à Turin de son bon gré, et la résolution qu'il témoigne d'attaquer Cressentino , il semble qu'on puisse espérer cette fois quelque fruit de son accommodement. De quoi j'ai bien voulu vous rendre compte, ayant estimé que vous aurez contentement d'être informé de tout ce détail, qui semble promettre quelque chose d'avantageux en ce pays, pour le service de Sa Majesté.
Je profite aussi de cette occasion pour vous prier, comme je fais de tout mon cœur, de vous vouloir bien
VOUS ressouvenir de la nécessité de cette armée, et de, commander à Messieurs de l'extraordinaire d'y faire voiturer de l'argent , afin qu'à l'arrivée de M»"" le duc de Lougueville, rien ne puisse empêcher les progrès que l'armée peut vraisemblablement faire sous sa conduite, pendant le reste de cette campagne, et qu'on puisse conserver les troupes qui sont dans les garnisons qui sont en fort bon état.
Je vous rendrai compte bien soigneusement de tout ce qui se passera, n'ayant rien de plus à cœur, etc....
LE TELLTER A DES NOYERS
29 juillet 1642.
Monseigneur, votre dépêche du 9 du mois passé m'a été rendue le i®' du courant, avec les dépêches du roi concernant le sieur de La Noue et sa compagnie de carabins. Je me servirai donc desdites dépêches pour le licenciement de sa compagnie qui n'afFoiblira point l'armée, et ôtera prétexte à tous les officiers de mesdire du capitaine par l'envie qu'ils ont des quartiers qu'occupe cette compagnie qu'ils croient toujours meilleurs que ceux qu'on leur donne, et certainement il n'est pas séant dans une armée qu'un maréchal des logis ait une troupe à lui, laquelle ne sert jamais qu'à manger des quartiers, et de prétexte au capitaine de prendre sur le pays pour peu qu'il ait d'inclinaison de profiter, dont peu de personnes manquent.
L'apologie de M. le préfet de Sena n'a point été vue dans le pays, je ne l'aurois pas souffert; mais j'ai cru vous le devoir envoj-er comme un échantillon de l'humeur des gens du pays, entre lesquels je reconnois celui-ci pour un homme d'esprit et de grand service, mais qui a ses défauts comme les autres hommes.
Quand il vous a promis que Madame donneroit quatre mille hommes de pied pour l'armée de campagne, il en a bien su l'impossibilité , mais il a cru servir Son Altesse en tirant l'argent que vous avez ordonné pour les recrues d'infanterie, sous quelque prétexte que ce fut.
Je vous envoie l'état des recrues qui sont arrivées en Piémont jusques ici, le nombre n'est pas tout à fait égal à l'état que vous avez fait dresser, mais je vous assure qu'il étoit bien plus fort que celui de l'année dernière, et que les hommes sont forts et bien faits, en sorte que je crois que vous serez satisfait des soins de la meilleure partie de l'infanterie. Quant à la cavalerie, je n'en augure pas de même. Vous jugerez, à la fin de la compagne, sur l'état que je vous enverrai, si j'ai bien deviné.
Depuis que M. de Bouillon a été arrêté, l'armée a séjourné dix jours proche de Verrue, en attendant le retour du sieur Dalunnard, pendant lesquels j'ai fait distribuer aux majors de chaque régiment d'infanterie qui sert à la campagne, quatre mille quatre cent trente-quatre paires d'habits de munition pour être distribuées aux soldats effectifs de chaque corps qui ont hiverné dans le Piémont , à l'exclusion des valets des officiers et des soldats de recrues, suivant l'ordre qui en a été publié. Je vous envoie l'état de distribution. Et parce que, des six mille paires d'habits dont j'avois fait prix avec un marchand de Lyon, il ne m'en a été livré que cinq mille quatre cens, les autres ayant été rebutés pour n'avoir pas été trouvés de la qualité portée par le marché; il reste justement huit cent soixante-six paires d'habits , lesquels seroient à mon avis très-utilement employés , s'il vous plaisoit en faire un présent à la garnison de Casai, laquelle est
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composée de fort bons hommes mais mal vêtus. Je les ai fait emballer tout prêts à les envoyer, quand il vous plaira me faire savoir que vous le trouvez bon.
J'ai pressé Messieurs de l'extraordinaire de la guerre de nous envoyer de l'argent pour subvenir à l'entretien des garnisons et au paiement des prêts et montres de l'armée, pour empêcher la désolation du pays, ainsi qu'il vous avoit plû me mander par une dernière dépêche. Mais ils m'ont fait réponse qu'ils n'avoient aucun ordre pour l'armée ni pour les garnisons d'Italie. Je vous supplie très-humblement, Monseigneur, de leur donner des ordres pour cela, et de considérer qu'il n'est pas possible d'entretenir la discipline parmi les troupes sans leur donner un peu d'argent, quelle que soit la sévérité qu'on y apporte.
Je vous demande instamment la continuation, etc.
MAZARIN A LE TELLTER.
2 août 1642.
Monsieur, je vous ai tant de fois assuré de la continuation de mes services, qu'il n'est nécessaire de vous en donner à présent de nouvelles confirmations, et la présente est pour vous remercier des nouvelles que vous m'écrivez et vous dire que je ne manque pas en toutes les occasions qui se présentent de faire valoir vos services, faisant entendre avec quelle affection et diligence vous vous comportez, en tout ce qui regarde le service du roi.
J'ai procuré, le plus qu'il m'a été possible, le prompt en^'t)i d'un général en l'armée de Piémont. M. le duc de Longueville partira demain d'ici pour se rendre en diligence au lieu où vous êtes. Il sollicite que l'on vous envoie de l'argent, et je m'assure qu'il yen aura pour
subvenir à toutes les choses nécessaires. J'ai parlé en votre faveur à monJit sieur de Longueville, et je crois qu'il aura égard à la recommandation que je lui ai faite de votre personne. Je l'ai pleinement informé par ordre de Son Eminence de tout ce qui sepourroit faire en Italie. Et parce que vous en pourrez apprendre les particularités de lui, je ne vous en entretiendrai (pas), et je finirai la présente en vous donnant avis que la santé de Son Eminence se fortifiant de jour en jour, nous espérons continuer bientôt notre voyage pour nous rendre près de la personne du roi. Sur quoi, etc....
(Passage d'une lettre du 6 août, du même).
Il n'y a rien qui importe le plus pour le service du roi comme la bonne intelligence et union de ceux, qui le servent; c'est pourquoi je vous conjure d'y apporter tous les soins de votre côté, en écrivant tout de mesure à MM. d'Aiguebonne et Du Plessis-Praslin.
LE TELLIER A MAZARIN. — EXTRAIT
12 août 1642.
Monseigneur, j'ai vu par la lettre de Votre Eminence à M. Du Plessis qu'elle trouve à redire qu'on ait tenu un conseil de guerre dans Turin sans y avoir appelé M. d'Aiguebonne, ce qui m'a étonné, car il ne s'est tenu aucun conseil de guerre de ma connoissance, que la conférence qu'ont eue ces Messieurs avec M. le prince Thomas qui nous assembla dans son logis, et ce fut M. d'Aiguebonne qui prit l'ordre de M. le prince Thomas, nous expliqua les propositions que feroit M. le prince Thomas, et trouva bon qu'on ne s'engageât point à aucun grand dessein, mais qu'on invitât
seulement M. le prince à attaquer Gressen tin o, afin de lui donner occasion de se déclarer pour le service du roi contre les Espagnols. Et après cette résolution nous fit partir pour nous rendre au palais où M. le prince Thomas avoit son logement, de sorte que si M. d'Aiguebonne n'a pas assisté à cette conférence, il ne s'en peut prendre qu'à lui-même, puisque c'étoit lui qui prenoit le soin de la provoquer ; ce qui est si véritable que j'en prends pour témoin M. de Gastellan, qui est homme d'honneur et auquel avec raison Votre Eminence a grande confiance.
Je me suis bien aperçu de la recommandation de Votre Eminence en ma faveur auprès de M. de Longueville à son arrivée. C'est une continuation des témoignages de la bienveillance que je ne mérite pas, dont je lui rends grâces très-humbles en lui protestant que j'essaierai à vivre en sorte qu'elle n'aura pas de reproches de ma conduite et qu'elle connoîtra que je suis avec tout respect, etc....
MAZARIN A LE TELLIER
15 août 1612.
Je vous fais ces lignes pour vous prier de faire payer dix pistoles à chacun des oflîciers qui sont venus avec M. de Gastellan pour conduire en cette ville M. le duc de Bouillon, suivant le rôle que vous en donnera M. de Montpezat, vous assurant que je procurerai que vous soyez remboursé au plus tôt de ce que vous fournirez pour ce sujet, et (je) vous en réponds en mon particulier. Vous prendrez garde, s'il vous plaît, de ne payer les dix pistoles qu'aux officiers q'ii repassent les monts et s'en retournent à l'armée d'Italie.
Ledit rôle sera signé de M. de Gastellan, et lesdits
ofiiciers seront au nombre de vingl-six. Mais j'entends que l'on (ne) paie qu'à ceux qui repasseront les monts comme dessus. Et de plus, je vous prie que cela ne leur soit (pas) précompté sur leur montre. Cela leur étant accordé en considération du service qu'ils ont rendu en cette occasion.
MAZARIX A LE TELLIER.
18 août 1642.
Monsieur, j'ai reçu avec une grande joie votre dépêche du douzième du présent mois, par laquelle j'ai appris la prise de la ville de Gressentino, et je vois par même moyen des témoignages de la continuation de votre bienveillance en mon endroit, dont je vous remercie et du soin que vous prenez de me tenir informé de tout ce qui se passe par delà.
Pour réponse à votre autre dépêche du 30 passé, je n'ai autre chose à vous dire, sinon que je procurerai que M. de Gastellan soit remboursé, ainsi qu'il est raisonnable, des frais par lui avancés, en la conduite qu'il a faite en cette ville de la personne de M. le duc de Bouillon, et tiendrai la main à ce qu'il ait satisfaction.
M. de Montpezat vous rendra une lettre par laquelle je vous priois de payer dix pistoles à chacun des ofiiciers d'infanterie qui ont accompagné M. de Bouillon et que M. de Gastellan m'a dit être au nombre de vingtsix, suivant le rôle qu'il vous a envoyé ; bien entendu pourtant que l'on ne devra payer les dix pistoles qu'à ceux qui effectivement seront retournés de delà. Le sieur de la Motte qui vous rendra cette dépêche (est) je crois compris dans ledit nombre. G'est pourquoi lui ayant fait donner cinquante pistoles pour son voyage,
il ne sera pas nécessaire de lui donner dix pistoles comme aux autres.
Je suis satisfait de tout ce que vous m'écrivez touchant le conseil de guerre qui fut tenu à Turin. M. de Castellan m'a dit là-dessus les mêmes choses que vous m'écrivez.
Son Eminence est déjà partie de Tarascon.
LE TELLIER A DES NOYERS
22 août 1642.
Monseigneur, hier M. le duc de Longueville arriva en cette ville d'où il partira demain matin pour se rendre au camp de Fontenay, où est la meilleure partie de l'armée; le reste est devant Gressentino auprès de M. le prince Thomas , qui espère d'emporter cette place dans la fin de cette semaine. M. de Saint- André y est aussi qui commande une attaque.
Ms' le duc de Longueville fait état en passant au camp de M. le prince Thomas de résoudre avec lui en quoi il emploiera l'armée après la prise de Gressentino, et afin que rien ne soit retardé faute d'argent, il a séjourné ici aujourd'hui pour me donner temps d'emprunter soixante-un mille huit cens livres, de Ganet, banquier, en attendant la voiture destinée pour cette armée (*). Nous sommes en un poste ruiné par les ennemis, la nécessité est si grande que les soldats n'osent s'écarter à cause des garnisons de Trin, Verceil et Samet Jean-Joseph, où ils vont se rendre aux ennemis contre leur coutume. Nous en avons perdu vingtneuf d'une bande en un jour, et dix-neuf en un autre.
(1) Ce passage-là n'est pas clair dans le manuscrit N* 5159, p. 42, nous l'avons un peu modifié.
Tour empêcher que les cavaliers ne courent et que les ennemis ne profitent de leurs chevaux, ces Messieurs ont fait donner du pain à la cavalerie depuis le 8 du courant, et on continuera jusqu'à ce que nous ayons changé de quartier. Et parce que, s'il n'y a dans la voiture de quoi suffire à la dépense du tiers d'une montre, ce qu'on envoie ici d'argent ne profitera pas comme il devroit, notamment à cause qu'il faut paj^er les troupes de Son Altesse et de MM. les princes en même temps, pour ôter tout sujet de mécontentement. Je vous envoie un état de la dépense qu'il convient faire promptement, et je vous supplie très-humblement, Monseigneur, de vouloir bien vous souvenir des garnisons en même temps, lesquelles languissent depuis trois mois. Le régiment du colonel Rhoon fait grand besoin. Je l'ai entretenu le moins mal que j'ai pu jusqu'ici; pourvu que l'argent ne tarde plus guère à venir, je crois que les officiers auront patience, ils sont encore moins traitables que les François.
Il y a plusieurs ofiîciers d'infanterie qui n'ont pas fait des hommes pour l'argent qu'ils ont reçu pour les recrues, lesquels m'ont offert de prendre l'argent, et entre autres M. de Navailles, dont les officiers n'ont passé que cent cinquante-huit hommes en tout, au lieu de cinq cens qu'ils doivent faire. Mais je n'ai pas voulu souffrir qu'ils le restituassent sans votre ordre sur cela : ils craignent d'en être recherchés à la fin de la campagne. Je vous supplie très-humblement, Monseigneur, de me faire savoir votre intention et de croire que je suis toujours comme je dois, etc....
MAZARI^' A LE TELLIER.
23 août 1642»
Je vous fais la présente pour vous prier d'avoir en particulière recommandation les intérêts de M. de Castellan, et particulièrement que vous lui fassiez payer par mois les appointemens de mestre de camp général de la cavalerie légère sur le même pied et conformément qu'en étoit payé M. le vicomte de Turenne, prenant garde, s'il vous plaît, que ledit paiement se commence du jour de la commission que le roi lui en a accordée. Vous m'obligerez aussi de lui faire donner la subsistance pour ses chevaux, pendant le voyage qu'il a fait, comme on a accoutumé de les donner aux maréchaux de camp, conformément à une lettre du roi que vous en avez reçue. Et me remettant audit sieur de Castellan à vous entretenir au long de l'état des affaires de deçà, je demeure, etc....
MAZARIN A LE TELLIER
30 août 1642.
Monsieur, vous n'avez pas de commis qui travaille plus que moi pour vous faire tenir de l'argent, et je crois aussi pouvoir dire avec vérité que le roi n'a pas beaucoup de serviteurs qui le ménagent comme vous faites pour son service. De vous le dire ce n'est pas grand'chose, c'est pourquoi vous pouvez être assuré que je ne perds pas l'occasion de déclarer cela. (Le reste traite du régiment d'Italiens que recrute Mazarin.)