‹ Michel Le TellierChapitre 169 sur 179 · LE TELLIER AU CHAKCELIER · texte numérisé non relu

LE TELLIER AU CHAKCELIER

4 septembre 1642

Monseigneur, j'ai appris ptir les lettres de M. le procureur du roi du Ghatelet de Paris que vous avez agréable d'être informé de ce qui se passe en Piémont. Je vous rendrai compte a Tavenir de ce qui sera de ma connaissance si exactement que j'ose me permettre de votre bonté que vous demeurerez satisfait de mes soins.

L'armée est demeurée presque inutile jusqu'à la fin de juillet , tant par la prise de M. le duc de Bouillon, que par l'incertitude du parti que MM. les princes de Savoie vouloiènt prendre; enfin leur traité ayant été conclu et ratifié de part et d'autre, M. le prince Thomas est venu à Turin, lorsqu'on y pensoit le moins, et lors on résolut le siège de Gressentino que Son Altesse a fait avec partie des troupes du roi, qui se rendit le 13 du mois passé. Le 17, l'armée en partit et passa le Pô à Casai, arriva devant Nice-de-la-Paille, le 24, en suivant, après avoir fait de fort grandes marches pour trouver une médiocre garnison dans la place, laquelle lut remise entre les mains de M. le duc de Longueville, a cinq heures du soir, aux conditions portées par les articles ci-joints, lesquels sont semblables à ceux que les ennemis accordèrent à celui qui commandoit dans la ville de la part du roi lorsqu'ils la prirent, et mettre hors d'état de service les gens de guerre qui en sont sortis pour tout le reste de cette campagne, dont le nombre diminuera notablement par le chemin.

Le roi tirera grand avantage de la prise de cette place , laquelle servira de place d'armes pour entrer dans le Milanais , donnera du pays pour loger des

troupes pendant l'hiver dans le voisinage des ennemis qui recevront beaucoup d'incommodité de leurs courses, ouvrira le chemin de Gènes pour le trafic du Piémont, et vengera les Montferrains du mauvais traitement qu'ils ont reçu des Espagnols et de l'usurpation qu'ils ont faite de tout leur pays qui est situé au-dessus du Tanaro, et rendra le passage des troupes des ennemis qui débarqueront à Final pour l'Italie trèsdifficile ; outre qu'étant situé entre Nice et Alexandrie,

faudra que, pour y tenir de fortes garnisons, les ennemis dégarnissent les autres places du Piémont, ou que, les voulant conserver, ils hasardent Asti et Alexandrie, dont la perte ruine absolument leurs affaires en Italie.

Pendant le siège de Nice, M. le prince Thomas est demeuré au-delà du Pô avec sa cavalerie et trois mille hommes de pied pour profiter de l'occasion, si les ennemis eussent dégarnis les places qu'ils ont de ce côtélà, ou pour favoriser le siège de Nice en les empêchant, par la jalousie de son voisinage, de tirer des troupes, pour tenter un secours à force ouverte. Présentement M. le duc de Longueville va prendre poste dans le pays ennemi , pour favoriser les entreprises de M. le prince Thomas par la jalousie quTl donnera, et se mettre en état de l'aller soutenir, si ses desseins réussissent qui regardent des places dans l'état de Milan. Voilà maintenant l'état des affaires de la guerre.

Pour le reste, le contrat de mariage avec Monsieur le prince Maurice de Savoie et Madame la princesse de Piémont est signé : Madame la duchesse de Savoie fait état de partir bientôt pour conduire Madame la princesse à Coni , d'où Son Altesse partira quand elle saura que le château de Nice, Villefranche et Saint- Soupir auront été remis entre les mains de ceux

(ju'elle a nommés pour les garder pour Son Altesse de Savoie.

Je vous rendrai compte de ce qui se fera dorénavant, et chercherai les occasions de vous faire connaître que je suis, comme vous m'avez obligé, etc....

LE TELLIER A MAZARIN

5 septembre 1642.

Monseigneur, j'ai reçu les dépêches de Votre Emiii^nce des 18 et 23 août. Je pourvoierai à tous les intt^rets de M. de Castellan, soigneusement, tant pour sa charge de maréchal de camp général de la cavalerie, en sorte qu'il aura occasion d'être satisfait de mes services. Je dois tant à ce qu'il plaît à Votre Eminence de m'ordonner et honore M. de Castellan comme il le mérite.

Les officiers qui ont accompagné M. de Castellan en la conduite de M. de Bouillon seront paj'és de dix pistoles chacun, quand ils seront arrivés, et, quant à M. du Passage, je ferai agréer à M. le duc de Longueville qu'il soit payé de ses montres, de mestre de camp d'infanterie, par quelque voie qui ne tire point à conséquence pour ceux qui ont deux charges comme lui.

J'enverrai au premier jour l'état de la dépense de cette armée; j'espère que par l'examen on jugera que l'argent est bien ménagé. Depuis le 1" juin, j'ai réduit Turin et Chivasso à deux prêts; les autres garnisons à un seul. Les travaux de Cressentino ont coûté douze mille livres ; ceux d'artillerie avec les réparations qu'il convient y faire coûteront vingt mille livres ; la voiture des bateaux et la voiture des munitions que l'artillerie n'a pu conduire, sept mille livres; l'hôpital dans lequel il y a présentement six cens malades, plus

de vingt mille livres; les étapes sont toutes dues. L'année dernière nous avons sauvé beaucoup de sol dats dans l'hôpital; celle-ci j'espère, nous en ferons) autant ; mais cela ne se peut sans dépense, laquelle, quelque soin qu'on y apporte, monte bien haut à la fin d'une campagne. |

Pour ma satisfaction particulière, je désirerois qu'on n'envoyât point d'argent en Piémont, à cause que j'ai grand repos quand il n'y en a point ; mais, pour le ser-f vice du roi, j'estime qu'il seroit plus expédient d'épar-^ gner la dépense des recrues que de laisser périr les troupes faute d'entretien, que ne donnant point dej montre. Il ne se trouvera pas d'argent dans le pays • pour fournir la subsistance pendant l'hiver, dans lequel les gens de guerre exigeront plus que jamais, pour s'acquitter de ce qu'ils auront emprunté durant la campagne et pour se pourvoir à l'avenir contre le traitement qu'ils auront reçu, si bien que, quelque soin qu'on puisse prendre, le pays aura moins de moyen de payer et sera plus foulé que par le passé. Et quand il faudra que le roi envoie de l'argent pour le quartier d'hiver, on trouvera que cette dépense excédera bien celle des montres. Je sais bien qu'il est aisé d'araisonner, et que l'argent ne se trouve pas si aisément ; mais il faudroit plutôt diminuer les troupes et les payer, que d'en mettre un bon nombre sur pied, et les laisser périr sans rien faire, faute d'entretien. On espère que Votre Eminence enverra la montre et que par le moyen , de cette assistance on préviendra tous les inconvéniens que nous prévoyons mutuellement. Mais s'il ne plaît à Messieurs des finances de faire fonds pour les garnisons et notamment pour celle de Nice, je prévois le dépérissement des troupes qui y servent et que Nice retournera bientôt aux Espagnols.

5 SEPTEMBRE iGi^J. 2i7

Votre Eminence apprendra par les papiers ci-joints les nouvelles de la prise de Nice et ce que ya faire M^' le duc de Longueville. Nous avons perdu en ce siège, un capitaine d'Auvergne nommé Treslon, qui étoit fort bon officier, le sieur de Grénault, lieutenant de la compagnie de M. le comte d'Harcourt, qui a été blessé par son imprudence, un capitaine dans Gonor et un lieutenant dans Du Plessis-Praslin.

Si Votre Eminence veut profiter du desboy de la garnison de Nice qu'on conduit en Franche-Comté, elle peut envoyer quelqu'un dans le Dauphiné pour débaucher des soldats qui sont assez dégoûtés, par la longueur du chemin qu'on leur fait faire.

LE TELLIER A DES NOYERS

Au camp de Nice, 5 septembre 1642.

Monseigneur, je viens de recevoir présentement votre dépèche du 22 du passé, sur laquelle je suis obligé de vous dire que le mémoire que j'ai envoj'é pour l'entretien de cette armée est véritable, et si j'avois écrit que trois cent mille livres pourroient suffire pour cette armée d'Italie, j'aurois perdu le sens, quand bien je n'avois entendu parler que des seules garnisons.

Pour la campagne, il faut cent cinquante mille livres pour les appointemens des officiers d'armée ; les sièges de Gressentino et de Nice-de-la-Paille et les réparations de Nice coûteront plus de cinquante mille livres, l'hôpital plus de trente mille livres, et les étapes vingt mille livres au moins, arbitrez ce qu'il vous plaira pour les dépenses extraordinaires, et puis jugez si ce qui restera pourra suffire à l'entretien des garnisons de Turiu, Chivasso, Carmagno], Querasque,

Sayillan, Lauzet, Avigliana et Suse, pendant six mois et plus.

Je vous supplie très-humblement de vouloir ordonner un fonds, notamment pour la garnison de Nice qui est un poste fort avancé et qui sera inquiété perpétuellement par les ennemis, parce qu'il est en leur bienséance.

Je n'ai rien à ajouter, sinon la protestation d'être toute ma vie, etc....

LE TELLIER A MAZARIN

Du camp Daiguille, le 10 septembre 1642.

Monseigneur, la nouvelle de l'arrivée de la montre que l'armée a apprise par la dépêche de Votre Eminence du 30 du passé, a fait dissiper le chagrin que la nécessité avoit mis parmi les troupes qui savent qu'elles doivent cet avantage aux soins de Votre Eminence, qui a pris cette armée à sa protection dont je suis en mon particulier très-obligé, comme de la bonne opinion qu'il lui plaît avoir de ma conduite, à laquelle je me permettrois bien de répondre utilement, si Dieu m'avoit donné autant d'industrie comme j'ai de passion de plaire à Votre Eminence, que je prie très-humblement de vouloir excuser mon insuffisance comme elle a fait pendant que j'ai eu l'honneur de servir auprès d'elle durant son séjour en Piémont.

M. Camus m'a mandé de Lyon que M. Thiaut ou son commis avoit retenu les cent cinquante mille livres qu'il nous a avancés au commencement de cette campagne, bien que M. le surintendant y ait pourvu par assignation à Paris, auquel cas, il faudroit bien étendre le parchemin avec les dents pour satisfaire à tout le iiiunde. M. de Longueviilc Cbt si raisonnable qu'il se

l)ortera volontiers à faire payer un chacun par estimation jusqu'à la concurrence de notre fonds. Il faut (|iie M. le marquis Villa en souffre ; Votre Eminence en recevra des plaintes à bon escient.

Votre Eminence m'a fait beaucoup de grâces de me donner avis de la qualité des espèces dont notre voiture est composée, afin que je puisse faire que les gens de guerre en profitent. Depuis le commencement de cette année, l'or s'expose aux gens de guerre au même prix qu'en France. M'étant trouvé seul ici au mois de janvier, j'en fis l'ordre par écrit aux trésoriers, d'exposer lesdites pistoles aux prix de l'ordonnance du roi, savoir à neuf livres douze sous celles d'Italie, à dix livres celles d'Espagne. A quoi je fus obligé par des avis certains qui me furent donnés, que cette exposition à plus haut prix donnait occasion de faire des profits contre l'intention de Sa Majesté. Et pour ne rien dissimuler à Votre Eminence, on me fournissoit toujours des bordereaux par lesquels, il paroissoit que les voitures étoient composées pour la plus grande partie de monnoie blanche (dit argent court), au poids sur lequel il n'y avoit rien à profiter, et on faisoit venir des pistoles de poids qu'on débitoit à dix livres quinze sous quand elles étoient d'Italie, et onze livres celles d'Espagne, dont on ne faisoit aucune recette au profit du roi. Bien mieux, cet argent court dont on menace les gens de guerre eût monté à des sommes immenses. Et parce que je faisois observer la quantité de mulets qui apportoient l'argent, on m'assure qu'on en faisoit venir à Suse qui étoient chargés de pierres. Ce que je dis à Votre Eminence pour l'informer de tout, et la prie de tout mon cœur de n'en rien témoigner, crainte que je ne perdisse le moyen de découvrir les choses qui so feront à l'avenir. Voire Eminence peut juger de là

qu'il faut que le roi paye ce qu'a coûté pour avoir quatre cent cinquante mille livres que Sa Majesté nous envoie en or ou monnaie pesant, dont je ferai expédier l'ordonnance de remise, s'il plaît à Votre Eminence de me faire savoir la somme à laquelle monte le convertissement.

Larmée a pris poste ici pour favoriser les desseins de M. le prince Thomas; elle en partira le 12 ou le 13 pour aller soutenir ce qu'il doit entreprendre en ce temps-là, dont M. le chevalier de Sévigny aura rendu compte à Votre Eminence. Je la prie de tout mon cœur, etc....

LE TELLIER A DES NOYERS. — EXTRAIT

Au camp de Villeneuve-de-Casal, ce 14 septembre 1642,

Monseigneur, si j'avois autant d'industrie que d'affection à servir et à vous soulager, vous n'entendriez guères parler de cette armée qui ne peut subsister sans dépense dans ce pays-ci, duquel le roi a tiré les deux dernières années des avantages si notables pour la décharge de ses finances, qu'il est absolument nécessaire de le soulager par le paiement des montres pendant l'été, si vous désirez qu'il continue à fournir aux dépenses de la guerre comme il a fait jusqu'ici. Et quand bien les hommes qui vous coûtent si chèrement à mettre sur pied et à faire passer ici ne se dissiperoient point faute d'entretien, néanmoins, vous serez obligé d'envoyer ici de l'argent pour la conservation du pays, quand bien il ne seroit pas à M. le duc de Savoie, neveu du roi et dans les intérêts de Sa Majesté, même quand il auroit été conquis sur les ennemis, afin de les maintenir en état de vous pouvoir fournir les mêmes avantages que vous en avez tiré les deux dernières

li SEPTEMBRE lu-i2 221

années, pour la subsistance des troupes, pendant l'hiver, à la décharge des finances du roi. La raison est que le Piémont n'est pas un pays de trafic qui tire à soi l'argent de ses voisins par vente des marciiandises, mais qui ne se peut enrichir qu'en consommant les deniers dans le pays même, et le convertissant en argent, lequel il faut apporter. Il se trouvera des denrées pour vivre à bon prix, mais point d'argent et non pour les oflaciers qui ne consomment pas leurs places, et ainsi si vous ne répandez pas de l'argent dans le pays, il est absolument impossible qu'il en trouve pour le paiement de vos troupes qui se monte bien à quatre montres entre les deux campagnes. Et si vous souffrez que l'armée vive absolument aux dépens du pays pendant l'été, laissant la licence de prendre des vivres comme on est obligé quand on n'a point d'argent, il ne se trouvera ni denrées ni argent, et même les officiers voyant qu'ils n'ont pas eu leur compte pendant la campagne, quelque soin qu'on y mette, presseront extraordinairement les habitans pour recouvrer ce qu'ils auront emprunté et suffire à leur quartier d'hiver. Les habitans, à la campagne prochaine, se débcspèreront à tel point qu'ils déserteront et se retireront dans les montagnes, comme ils ont fait. Et alors la dépense du quartier d'hiver que vous ferez par nécessité montera bien plus haut que celle des montres.

J'ose dire que quand l'armée du roi pourroit hiverner dans le Milanais, il faudroit user ainsi pour soutenir le pays duquel on voudroit profiter. Ce que j'ai pris la liberté de vous représenter pour satisfaire à ce que je crois devoir; mais si vous en jugez autrement, je ferai ce que vous m'ordonnerez pour vous soulager de dépense, et faire que les gens de guerre se contentent de si peu que vous leur voudrez ordonner.

Je ne puis vous dissimuler que les garnisons de Piémont vont périr faute d'entretien. Les officiers qui servent dans Turin avoient fait de bonnes recrues, mais les hommes disparoîtront bientôt, n'ayant rien de quoi subsister dans une ville en laquelle tout y est extrêmement cher. Je vous prie de tout mon cœur d'y vouloir pourvoir promptement et de considérer que Turin, Garmagnol, Savillan, Querasque, Ghivasso, Suse, Avigliana, Lauz et Nice qui est un poste fort avancé, muguetté par les ennemis, ne peuvent pas durer sans argent.

Je vous rends grâces, Monseigneur, de la part qu'il vous a plu me donner de la capitulation de Perpignan. Je crois que les armes du roi sont dans la place dès lej 9 du courant, et que suivant les avis que nous avons] eus par le dernier ordinaire, Son Eminence (Richelieu) e<i à Lyon en parfaite santé.

MAZARIN A LE TELLIER

18 septembre 1642.

Monsieur, il faut se souvenir d'envoyer diligemment à Pignerol, les ordres de ce qu'auroient à faire les deux mille hommes qu'on envoie de renfort à l'armée d'Italie.

N'ayant pas de chiffres avec M. le duc de Longueville, étant nécessaire de faire chiffrer quelque mémoire que (je) lui envoie, je me suis servi de celui que j'ai avec vous, m'assurant que vous le lui ferez entendre.

DES KOYERS A LE TELLIER

22 septembre 164-2.

Monsieur, je voudrois bien être assez éloquent pour l .n-suader à M. le surintendant qu'un fonds de un million cent mille livres n'est pas bastant pour paver une montre à une armée qui ne fait compte que de six mille hommes de pied et de mauvaise cavalerie, à ce

;? rapportent au roi ceux qui viennent même soUi-

::er les intérêts de votre armée ; mais en vérité je de-

liieure dans l'impuissance. Et puis, M. Tubeuf avoit

- tellement persuadé que l'on se passeroit de montre .. ate la campagne, que l'on n'a pas eu peu à faire, quand il a été question de lui donner une autre croyance. Et en effet, Son Eminence a été contrainte (le vous envoyer des coffres de son crédit et de celui de ses serviteurs, si que je me trouve fort empêché à vous répondre sur l'article de vos nécessités, et me trouve obligé de remettre mes efforts à l'arrivée de Son Eminence qui sera beaucoup plutôt que je nepensois. Dieu aidant.

Cependant, je vous prie de croire, etc....

LE TELLIER A MAZARIN. — EXTRAIT

Du camp Dauxuniane, 29 septembre 1642.

Monseigneur, Votre Eminence aura su comme l'affaire de Novare n'a pas réussi à cause du mauvais temps; l'armée a séjourné aux environs de Yerceil jusqu'à hier, qu'elle marcha pour aller assiéger (une demi ligne écrite en chiffres). Tout en même temps, les deux mille hommes qu'on envoie ici de renfort y arriveront bien à propos. M. le prince Thomas marche

224 l*-- OCTOBRE 1542.

avec ses troupes, il a dîné aujourd'hui dans Casai où il a reçu tous les honneurs qu'on a accoutumé de rendre aux généraux des armes de Sa Majesté.

Soixante maîtres de la garnison de Casai allant à la guerre ces jours passés, ont défait deux cens maîtres ennemis , et en ont tué quarante sur la place , entre lesquels se trouve un capitaine; deux lieutenans des cavaliers ont tait prisonnier celui qui commandoit le parti, qui est capitaine et major, avec vingt-deux cavaliers et pris cinquante-cinq chevaux. M. de Vil lanoire commandait les soixante maîtres de Casai, lequel a lait en ce rencontre une action fort généreuse, que M. le duc de Longuevillea beaucoup estimée. Ces deux cens maîtres escortoient des munitions que les Espagnols tirent de Villeneuve et conduisent en Asti ; on tient pour certain qu'ils ont miné les bastions, lesquels ils veulent faire sauter et abandonner la place.

DES NOYERS A LE TELLIER

l" octobre 1G42.

Monsieur, bien que je ne doute pas que M. le duc de Longueville ne vous communique la dépêche que je lui écris sur le sujet des officiers, tant de cavalerie que d'infanterie qui ont tellement négligé leurs compagnies, qu'après les avoir fait entretenir durant tout le quartier d'hiver et touché de bonnes sommes de deniers pour les employer à leurs recrues, ils ont été si lâches que de les amener à l'armée plus foibles qu'elles n'étoient, avant qu'ils eussent touché l'argent de leurs dites recrues, d'oîi s'est ensuivi le misérable état auquel on a vu toutes nos armées durant cette compagne et les malheurs qui s'en sont ensuivis, au grand pré-

JLulice des affaires du roi, à la honte d'aucuns des généraux qui les commandoient. Néanmoins, je ne puis m'empêcher de vous faire part de la douleur que cette pensée me cause, et vous prier de travailler avec soin et affection à l'état que Sa Majesté commande à M. le duc de lui envoyer les noms et les demeures de ceux que vous estimerez les plus dignes de punition. Vous y avez, Monsieur, autant d'intérêts que qui que ce puisse être, puisque Sa Majesté attribue la principale cause de ces manquemens à l'incurie de MM. les intendans. Et, puisque l'occasion de vous en découlper (disculper) se présente, je vous prie de ne la pas négliger et de me croire, etc....

LETTRE DU ROI A LE TELLIER

9 octobre 1(342.

Monsieur Le Teliier, ayant fait expédier une ordonnance pour empêcher qu'il ne soit payé dans mes armées pliis de deux aides de camp auprès du général et un auprès de chaque maréchal de camp, et, en outre, pour faire qu'il ne soit paj'é aux officiers d'armée que la moitié des appointemens de capitaine des compagnies qui sont sous leur charge, et qui sont commandées en leur absence par d'autres officiers auxquels j'ordonne que TcUitre moitié desdits appoiutemens sera payée, j'ai bien voulu vous en donner avis par cette lettre et vous dire que mon intention est que vous fassiez exactement garder et observer lesdites ordonnances, et ne doutant pas que vous ne vous conformiez à ce qui est en cela de ma volonté, je ne vous la ferai plus longue que pour prier Dieu, etc....

MAZARIN A LE TELLIER

23 octobre 1642.

Monsieur, je ne vous ferai pour le présent un long discours, me remettant pour les nouvelles de deçà à ce que j'en écris à M. le duc de Longueville, duquel vous les pourrez apprendre, et vous dirai seulement que vous avez grande raison de me mander que le meilleur et le plus facile moyen de faire quelque progrès dans le Milanais, est d'établir une bonne discipline et un bon ordre parmi les troupes, afin que ces gens-là recevant bon traitement d'icelles, ils aient plus de sujet de donner eux-mêmes la main à nos progrès. J'en écris déjà en cette conformité à M. le duc de Longueville comme étant l'intention du roi et de Son Eminence, attendant qu'au premier jour on donne les ordres bien précis là- dessus.

DES NOYERS A LE TELLIER

24 octobre 16 i2.

Monsieur, vous ne pouvez pas me mander une meilleure nouvelle que celle de la prise de Tortone pour l'avantage qui en revient aux affaires du roi, et j'espère que bientôt vous nous manderez la prise de la citadelle, afin que au moins établissant vos troupes en quartier d'hiver dans le pays ennemi, vous puissiez soulager le pauvre Piémont.

Je vous envoie l'ordonnance que vous avez demandée pour empêcher que les gens de guerre fassent des exactions et commettent des désordres durant le quartier d'hiver.

Il faut, dès à présent, prévoir par quelles voies nous

ÎÎ4 OCTOBRE 1G42. 227

pouvons faire de meilleures recrues l'année prochaine que nous n'en avons eu celle-ci, car si Dieu nous ouvre le chemin du ^Milanais, il ne faut le négliger, et pour correspondre à ses hénédictions , autant qu'il est en nous, il faut faire de bonnes armées, ce que nous ne pouvons sans vos bons conseils. Méditez donc, je TOUS prie, sur ce sujet et me mandez vos sentimens, afin qu'ensuite je dispose toutes choses pour en diligenter l'exécution et travailler, dès cette heure, à fortifier nos troupes.

Il faut concerter en particulier avec les mestres de camp et tous les autres officiers, quoique subalternes, surtout avec ceux d'infanterie, afin que par leurs propres inventions et mouvemens on les assure desdites recrues, et que le roi soit mieux servi par eux qu'il n'a été par le passé. Mais l'on ne croit pas par deçà que cela puisse être, si, durant hiver, l'on ne fait exemple de ceux qui ont été notés de plus grande négligence, tant dans la levée de leurs recrues que en l'entretien de leurs compagnies. C'est ce qui a obligé le roi et Son Eminence à me recommander de vous écrire que vous m'envoyiez un rôle de ceux que vous avez remarqués, tant au commencement do la campagne que dans la suite d'icelle, les plus faibles et les plus négligens, pour ne pas dire mal afi'ectionnés, afin que Sa Majesté choisisse ceux qui mériteront de servir d'exemple.

Songez de bonne heure au traité du pain de munition pour l'année qui vient, et faites en sorte que vous ayez plus d'une corde à votre arc, autrement ils vous gehenneront à l'ordinaire.

Mandez-moi de quel nombre de cavalerie et d'infanterie nous devons former l'armée, de quels corps vous êtes d'avis que l'on la compose, et prenez la peine

228 22 NOVEMBRE i642.

d'examiner ceux qui méritent d'être entretenus, et au contraire ceux qu'il faut casser. Voyez ce que chacun pourra faire, ce qu'ils vous prometteront et quelles assurances ils vous donneront de l'exécution de leurs promesses : dans quelque temps l'on en pourra faire état. Car il ne faut pas attendre au printemps, comme les années passées, autrement vous ne trouverez rien.

Il faut qu'ils travaillent dès cette heure, et que tous les mois un officier ou un sergent, mène dix, vingt hommes, en sorte que, dans la fin de janvier au plus tard, tout soit passé (c'est-à-dire, soient en Piémont) et que vous n'ayez plus rien à attendre. Je vous le dis encore une fois, vous n'aurez point d'armée, si vous en usez autrement.

Dressez un état de la dépense qu'il conviendra de faire pour que les recrues soient effectives, et me; l'envoyez, s'il vous plaît, au plus tôt.

Il s'est passé une chose insupportable à Turin, dont le roi vous demande raison : un commissaire a reçu un soufflet, faisant la revue d'un régiment, et ensuite a cuidé être assassiné. Le gouverneur n'en a fait aucune justice, ni vous. Monsieur, qui en êtes le chef; rendez-en , je vous prie , compte à Sa Majesté, si vous voulez qu'elle ait satisfaction de votre conduite, et me faites l'honneur de me croire, etc....

LETTRE DU ROI A LE TELLIER

22 novembre 1642.

Monsieur Le Tellier, considérant la dépense à laquelle le séjour de Paris engage les officiers de mes armées pendant l'hiver, et que la plus grande part d'entre eux consomme en débauche l'argent que je leur fais donner pour leurs troupes, j'ai fait expédier

une ordonnance pour défendre aux chefs et ofliciers de mon armée dltaiie de venir à Paris et à ma cour, pour quelque cause que ce puisse être et de quitter leurs charges , à l'exception seulement de ceux qui auront ordre de mon cousin le duc de Longue- \ille de faire les recrues de leurs corps, auxquels je permets d'aller à Lyon pour en toucher l'argent et de là aux lieux d'assemblée de leurs recrues, ayant pourvu à ce que ce fonds des recrues de madite armée soit porté audit Lyon pour leur être distribué dans le mois de janvier prochain. Et j'ai bien voulu vous envoyer le duplicata de ladite ordonnance avec cette lettre, pour vous dire que mon intention est que vous teniez la main, en ce qui dépendra de vous, à ce qu'elle soit ponctuellement observée. Et la présente n'étant à autre fin, je prie Dieu, etc.... Ecrit à Saint- Germain-en-Laye, le 22 novembre 1642.

DES NOYERS A LE TELLIER

2ô novembre 1642.

Monsieur, je viens de recevoir présentement la vôtre du 3 de ce mois qui est la seule qui nous a appris des nouvelles du siège de Tortone, ce qui n'a pas mis un peu en peine Sa Majesté de voir le peu de soin que l'on prend par delà de lui rendre compte de ses affaires, étant certain que, quand nos gens étoient assiégés dans Aire, nous recevions plus souvent de leurs nouvelles que nous ne faisons des vôtres, qui êtes en liberté d'envoyer à toute heure des messagers, du moins jusques à Turin, d'où elles passent facilement jusques à nous. Je vous prie d'y faire réflexion et de considérer que vous êtes le seul intendant duquel je

reçoive si rarement des avis, ce qui ne m'empêclie pas d'être autant que qui que ce soit, etc....

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