LE TELLIER AU COMTE DE CHA VIGNY
Asti, 19 avril 1643.
Monseigneur, la dépêche du roi et la vôtre m'ont été rendues dans la ville d'Asti, le 17 du courant à la pointe du jour. La retraite de M. Des Noyers m'a surpris, mais bien plus ma promotion en son emploi, duquel je me sens très-incapable. Je sais bien que je dois cette grâce à Mn^ le cardinal Mazarin , et à la déférence que vous avez pour les sentimens de Son Eminence, laquelle tournant à mon avantage en cette occasion, m'oblige à vous rendre mes services toute ma vie, qui puissent égaler les remercîmens dont je vous suis obligé, seulement vous puis-je assurer que je me conduirai en sorte que vous ne m'en jugerez point méconnoissant.
L'armée n'étant point en état d'aller à Tortone présentement, je partirai demain d'ici pour Lyon, par le chemin qu'il vous a plu me marquer, qui me retardera deux ou trois Jours pour rencontrer M. de Grémonville, quoique je ne pense pas une simple conférence lui être fort utile.
Je ne vous mande rien de la prise d'Asti, parce que vous l'apprendrez par les dépêches de M. le comte Du Plessis. Recevez parcelle-ci, s'il vous plaît, les assurances de mes obéissances et de la passion que j'ai de vous pouvoir faire connoître que je suis véritablement, etc....
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Lettres qidj par erreur^ n'ont pas été classées à leirr o'dre de date.
DES NOYERS A LE TELLIER
Turin, 17 juillet 1641.
Monsieur, M. de Moyroux s'en retourne si bien instruit des intentions de la cour sur le sujet des desseins de l'armée du Piémont et de tous les autres points des mémoires dont il étoit chargé, que je n'estime pas être beaucoup nécessaire de vous entretenir par cette lettre, remettant à lui à ce faire de yive voix.
J'envoie à M. le comte d'Harcourt des commissions en blanc et d'autres remplies par les gouvernemens qui vaquent en Piémont, afin que choisissant de braves gens pour leur donner ces charges , le service du roi s'en fasse mieux.
Je fais tout ce que je puis pour vous renvoyer vos munitionnaires, sachant combien ils vous sont nécessaires par delà. Mais comme nous sommes un peu éloignés de Messieurs des finances, j'ai prié M. de Moyroux de ne point partir de Paris, qu'après en avoir fait auprès d'eux les instances nécessaires de la part de M. le comte d'Harcourt , afin que les unes jointes aux autres en puissent obtenir l'effort.
Je suis, etc....
LE TELLIER A MAZARIN
Turin, 24 décembre 1642.
Monseigneur, j'ai dressé, sous Ms'' de Longueville, l'état des troupes qu'on juge nécessaire pour la campagne prochaine et la garde des places qui reconnoissent les armes du roi, lesquels états contiennent les noms des régimens qu'on n'estime pas de service, et ce qu'il faut faire pour la manutention de ceux qu'on destine pour servir ici. Ensemble l'état des munitions de guerre et équipage de l'artillerie nécessaire pour la campagne, avec les mémoires concernant les recrues et la conservation de la ville et citadelle de Tortone, lesquels j'envoie à M. Des Noyers par le retour de ce courrier qui les fera voir à Votre Eminence. Sur lesquels je la supplie de considérer que Tortone est si avancé dans le pays ennemi, et si éloigné de notre communication, qu'il n'est pas possible de le pouvoir conserver jusqu'au mois de mai, qu'à force d'argent, en envoyant un nombre considérable de troupes qui nous donne moyen de donner telle jalousie aux ennemis qu'ils n'osent dégarnir leurs places pour s'attacher à la reprise de cette place, laquelle certainement coûtera cher au roi, tant pour rétablir les troupes diminuées notablement par le long travail, que pour l'entretien de la garnison, réparation des brèches, fortifications, provisions de vivres et munitions de guerre; mais si elle peut demeurer à Sa Majesté, elle en tirera de très-grands avantages et tels que Votre Eminence sait mieux que personne du monde.
Les ennemis ont témoigné beaucoup de joie du si-
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nistre accident arrivé à la France par la mort de W le cardinal duc de Riciielieu , dans laquelle je prends toute la part que je dois comme François et intéressé en tout ce qui regarde Votre Eminence. Mais puisqu'il a plu au roi de nommer Votre Eminence pour la conduite des affaires de l'Etat, j'espère que les Espagnols apprendront, par le temps, que ce changement-là ne leur sera point avantageux. Votre Eminence m'a témoigné beaucoup de bienveillance, je la supplie de tout mon cœur de me la vouloir continuer et de croire, etc....
DES NOYERS A LE TELLIER
il février 1G43.
Monsieur, sur l'avis que M. Talon m'a donné que le garde des magasins de la citadelle de Turin étoit malade, en sorte qu'il ne pouvoit continuer à vaquer à cette charge, et que l'on y en pouvoit établir un qui n'auroit pas tout le soin qu'il faudroit de la garde et conservation des provisions de la place, j'ai expédié un ordre pour le sieur de la Richardière, duquel le sieur Talon m'a rendu beaucoup de bons témoignages, et qu'il m'a dit être connu de vous pour capable de cette charge et de mieux encore; alin que cela étant, vous fassiez mettre ledit ordre ès-mains dudit de la Richardière et le fassiez établir en cette charge.
Et ce mot n'étant pour autre fin, etc.