‹ Michel Le TellierChapitre 177 sur 179 · LE COMTE DE CHA VIGNY A LE TELLIER · texte numérisé non relu

LE COMTE DE CHA VIGNY A LE TELLIER

Paris, 11 avril t6i3.

La lettre du roi vous apprendra le sujet pour lequel ce courrier vous est dépêché, et comme Sa Majesté

VOUS choisit pour vous mettre dans l'emploi qu'avoit M. Des Noyers, le roi lui ayant accordé la très-humble prière qu'il lui a faite de lui permettre de se retirer en sa maison. Quoique je sois assuré que vous ne doutiez pas des bons offices que M. le cardinal Mazarin vous a rendus en ce rencontre, je dois vous dire que Sa Majesté a considéré seulement le témoignage qu'il a rendu de vous, pour vous faire la grâce que vous recevez présentement, et que vous lui êtes obligé tout autant qu'on le peut être. Pour moi, Monsieur, si quelque chose est capable de me consoler dans ce déplaisir que j'ai de l'éloignement de M. Des Noyers, c'est de voir approcher auprès du roi une personne que j'estime tant que vous et à qui je désire témoigner en toute occasion que je suis, etc....

MAZARIN A LE TELLIER

Paris, 11 avril 1643.

Monsieur, celle-ci sera pour vous dire que le roi ayant accordé à M. Des Noyers la permission de se retirer qu'il lui a instamment demandée, il a jeté les yeux sur votre personne pour exercer sa chaîge de secrétaire d'Etat par commission. La satisfaction qu'il a de votre capacité et de vos services lui ont donné cette pensée, et je vous puis assurer que M. de Ghavigny n'a rien oublié pour l'y confirmer. Vous ne douterez point que je n'aie rendu le témoignage que la vérité et l'affection que j*ai pour vous m'obligeoient de rendre. Vous vous mettrez donc en état de partir, dès que vous aurez reçu la présente que vous porte un gentilhomme qui est à moi. Et vous donnerez à M. de Grémonville, en le rencontrant (en route), toutes les lumières et instructions dont il importe qu'il soit muni.

a AVRIL 1643. 313

pour succéder dignement à votre emploi auquel Sa Majesté l'a nommé (*). Que si néanmoins, il étoit absolument nécessaire, pour le secours de Tortone, que vous fissiez encore un peu de séjour en Italie, vous n'en devez point faire de difficulté, et la considération d'une affaire si importante à l'Etat doit l'emporter sur toutes les autres. J'ai fait des avances de votre part à M. Leroy, que je me promets que vous ne désavouerez pas, et en cela j'ai considéré son mérite et l'apparente amitié qui est entre vous deux (2). Pour ce qui ^st de la passion qe j'ai pour ce qui vous touche, vous pouvez mieux juger par les effets que par mes paroles, et verrez encore avec le temps que je suis, etc. Je crois que vous ne me désavouerez point des avances que j'ai faites à M. de Chavigny en votre nom. Quand je vous ai parlé du séjour que vous pouvez faire après la présente reçue, j'entends qu'il soit de huit ou dix jours au plus. Nous espérons bien de deçà du secours de Tortone. Je ne réponds pas ici à vos dernières dépêches, d'autant que l'occasion en est passée.

« (1) M. de Grémonviîle qui est destiné à remplacer M. Le Tel- » lier est un gentilhomme aimable, très-capable, plein de bonnes » qualités, et je compte qu'il se rendra prés de vous incontinent. » (Lettre de Mazarin à M'^'" le prince Thomas de Savoie, du 11 avril 1643). (Documents inédits relalils à l'Histoire de France, i'" vol., p. 156. Cheruel).

(2) Leroy, Nicola?, parent de Michel Le Tellier, devint dans la suite son premier commis. « G'étoit, dit l'abbé de Choisy, un homme » d'une capacité consommée, fort estimé de Mazarin; il eût été » nommé secrétaire d'Etat, si Le Tellier avait manqué. » (Lettres de Mazarin... Documents inédits. — Table analytique, p. 938).

314 n AVRIL 1643.

LETTRE DU ROI A LE TELLIER

Monsieur Le Tellier, avant été obligé d'accorder au sieur Des Noyers, secrétaire de mes commandemens, la permission qu'il m'a demandée de se retirer en sa maison pour certaines considérations qui ne m'empêclient pourtant de le tenir toujours en mes bonnes grâces, je vous fais cette lettre pour vous dire qu'ayant été informé particulièrement de vos bonnes qualités et du soin et de l'assiduité que vous avez apportés à mon service depuis que vous êtes en Piémont, j'ai jeté les yeux sur vous pour vous mettre dans cet emploi ; et que je désire, si votre présence dans mon armée n'est pas absolument nécessaire pour le secours de Tortone, que vous partiez en toute diligence pour vous rendre auprès de moi, après avoir donné tous les ordres nécessaires, et instruit quelqu'un de mes affaires, en sorte qu'elles ne puissent recevoir de préjudice par votre absence. Je dépêche présentement au sieur de Grémonville, intendant de ma justice en Languedoc, et lui commande de partir en poste aussitôt qu'il aura reçu mon ordre, sans attendre son équipage qui viendra après lui, pour aller en Piémont en toute diligence et y faire la charge que vous quittez. Il doit passer par Valence, Gap, Embrun, Montgenèvre et Pignerol. Je serai bien aise que vous le puissiez rencontrer en l'un de ces lieux, afin de l'informer de tout ce que vous jugerez être important au bien de mon service. Et la présente n'étant à autre fin, je prie Dieu, etc.... Ecrit à Saint-Germain-en-Laye, le 11 avril 1G43.

Signé : Louis, et plus bas, Bouthilier.

19 AVRIL iG43. 315

LE TELLIER A MAZARIN

Asti, 19 avril 1G43.

Monseigneur, je n'entreprends pas, par une dépêche, de remercier Votre Eminence de la grâce qu'il lui a plu me procurer auprès du roi, mais bien de lui faire connoître par une longue suite d'actions, que j'en ai tous ressentimens que je dois et qu'elle ne pouvoit pas choisir personne qui fût plus attaché à ses intérêts ni plus fidèle à son service. J'appréhende seulement que mon industrie ne réponde pas à l'opinion qu'il lui a plu en concevoir ; mais comme elle n'a pour fondement que la bonté de Votre Eminence, j'espère qu'elle se contentera que j'essaie à réparer ce qui me manque, par travail, assiduité et bonne intention pour l'exécution de tout ce qu'il lui plaira me commander.

Votre Eminence apprendra l'état des choses de deçà par les lettres de M. le comte Du Plessis-Praslin, lequel ne m'estime pas nécessaire à l'armée. Je partirai demain. Dieu aidant, du Piémont pour Lyon, par le chemin qui m'est marqué par la dépêche du roi, quoique je n'estime pouvoir donner à M. de Grémonville, par une simple conférence, les lumières de ce qu'il convient faire ici. Je laisse un de mes parens qui sert avec moi depuis deux ans, qui l'informera de tout, et je ferai rédiger par écrit des mémoires, lesquels je lui enverrai, quand il aura pris la première teinture des affaires du paj's.

Il ne manque rien ici que de l'argent, auquel je pourvoirai en passant à Lyon. J'ai donné l'ordre nécessaire pour le prix des armes, suivant la lettre de

3i6 19 AVRIL 1643.

M. Des Noyers, ou en faire tenir l'argent où Votre Eminence le commandera.

Je répute entre les grâces que je reçois de Votre Eminence l'ordre qu'il lui a plu donner à M. Leroy de continuer à servir en son emploi, tant pour la part que je suis obligé en toute façon de prendre, en ce qui le regarde, que pour l'avantage que j'en recevrai. C'est pourquoi je l'en remercie de tout mon cœur, et lui proteste que je serai toute ma vie fidèlement, etc....

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