LXXIV INTRODUCTION
» raux qui les commandoient. Néanmoins, je ne » puis m'empècher de vous faire part de la » douleur que cette pensée me cause... Vous y » avez, Monsieur, autant d'intérêt que qui que » ce puisse être, puisque Sa Majesté attribue la » principale cause de ces manquemens à l'in- » curie de MM. les intendans (*). »
Le désordre apporté dans les effectifs et dans le recrutement ne se borne pas à d'énormes gaspillages sur le pain, sur la solde, etc.. il fausse encore le nombre des combattants en cas de siège ou un jour de bataille. A ce sujet, Le Tellier écrit à Des Noyers : « Nous ne saurions « mettre plus de sept mille hommes de pied en » campagne, laissant garnison suffisante dans » les places (^). » Des Noyers répond : « J'avoue » que j'ai été grandement surpris à l'ouverture » de votre dernière lettre toute remplie de la » mauvaise opinion que vous avez des armes du » roi, et ne vous étonnez pas si je vous en écris » et à M. le comte d'Harcourt sur cette matière » avec quelque chaleur... Il faut aider aux af- » faires, au lieu de les rendre difticiles, consi- » dérant que vous n'êtes employé que pour cela, » et de plus, comme bon François, vous devez
(1) Des Noyers à Le Tellier, 1" octobre 1642, p. 225. (•2) Le Tellier à Des Noyers, 28 mai 1641, p. 65.
IXTRODUGTIOX LXXV
» entrer dans les intérêts du roi ^). » Cette lettre est celle d'un homme de cour; nous allons lire dans la réponse de Le Tellier le langage d'un vrai ministre d Etat : « Ce que je vous ai mandé » n"est pas de mon crû, je l'ai pris d'un mé- )) moire qui a été fait en plein conseil de guerre. » Je ne suis pas né à la guerre... mais si je » pou vois augmenter la gloire des armes du roi, * je donnerois ma vie de bien bon cœur. Vous » n'entendrez jamais dire que j'ai fait défaut aux )y affaires, c'est à moi de vaincre les obstacles » qui se trouvent faute d'argent, de vivres, d'at- » lirail. Mais, en vous écrivant, il me semble » qu'il est de mon devoir de vous exprimer » l'état au vrai des choses (-). »
La question des recrues était, en administration militaire, une grande difliculté de lépoque qu'on constatait et qu'on étudiait , à défaut de mieux. Mazarin écrit à Le Tellier : « Le princi- » pal sujet du retour du sieur Talon en Piémont, » c'est de dire de la part du roi à M. le duc de » Longueville et au prince Thomas d'assembler » les principaux chefs de l'armée, et vous y iuler- » venant, examiner et résoudre tout ce qu'il se « pourra faire pour le plus grand service du rui,
(I) Des Noyers a Le Tellivr, j [uin IGil, p. 7-2. Ci; Le Tellier à Des Noyers, 4 juillet 1541, p 84.