CXXXII '^ INTRODUCTION
» rieur, parce que le prix de transport est » supposé égal au prix nu de la ration (*).
Il faut louer bien haut cette pensée toute moderne, « allègue-t-on... » que la restauration a mise en pratique au retour de la paix après 1815, et qui a été continuée jusqu'à ce jour; on n'en était pas là au temps de Des Noyers, et assurément il promettait plus qu'il ne pouvait faire. Mais à part cette belle pensée, dont il faut lui tenir compte, le reste de sa proposition ne repose sur rien de solide. Le Tellier a déjà dit plusieurs fois qu'il n'y avait pas à se fier aux Piémontais, il n'y a donc pas à chercher là le boulanger dont Des Noyers dispose en France. Le Tellier, dans sa réponse, dit qu'il ne pense pas que les communes se contenteraient des quarante-deux deniers du munitionnaire , il y a loin de là à une réduction de prix à vingt-six deniers. Le Tellier reconnaît cependant qu'il serait bon de faire deux prix : l'un pour les troupes de garnison, l'autre pour celles en campagne. Mais ce seraient alors des conditions nouvelles à proposer aux munitionnaires (^).
Des Noyers ne s'arrête pas à ces difficultés qu'il ne prévoit pas; sa proposition, fraîche
(1) Des Noyers à Le Tellier, 6 février 1643, p. 277.
(2) Le Tellier â Des Noyers^ 36 février 1643, p. 303.
INTRODUCTION. - GXXXIII
éclose, réchauffe au point qu'il dit à Le Tellier : « Cette article est de telle conséquence que » j'avois presque résolu de vous faire porter » celle-ci par courrier exprès; » puis il se calme et pense que cela pourra tout au moins conduire à un traité raisonnable. Et content de lui, il finit par une expression assez originale : « C'est » trop parler de pain sans manger. »
Si l'histoire consistait à finir sur un joli mot , nous pourrions en rester là sur la question des vivres, mais elle a mission d'enregistrer des choses plus sérieuses. Le Tellier, dans une lettre du 4 décembre 1640 à Des Noyers, apprécie et juge Falcombel en ces termes : « Il est homme » de service, fort intelligent, et a tout crédit et j» adresse dans le pays (*). »
En 1648, Falcombel est munitionnaire de l'armée du maréchal Du Plessis assiégeant Crémone ; nous avons vu plus haut , page XXV, à quelle détresse cette troupe était réduite au moment de lever le siège. Falcombel va concourir à son salut en élevant jusqu'à l'héroïsme ces qualités que Le Tellier signalait en lui en 1640. Voici ce que le maréchal Du Plessis rapporte dans ses mémoires :
(0 Le Tellier à Dei Noyera, 4 décembre 1640, p.- 21.
GXXXIV INTRODUCTION.
« Il n y avoit pour faire notre retraite que la » roule des Génois dont on put se prévaloir. La » condition que posa la république fut de ne pas- » ser que mille à douze cens hommes à la fois, » en payant. Passer treize ou quatorze jours de » cette manière, dans un pays où Ton paie bien » plus chèrement et même au double qu'en » aucun autre, il n'est pas facile d'y réussir » sans désordre. Le munitionnaire Falcombel , * affectionné au service du roi , et fort attaché » au maréchal Du Plessis, facilita extrêmement » ce passage, par le crédit qu'il eut à Gênes, où » il trouva moyen d'avoir du pain pour toute » cette marche... Il est certain que sans la » confiance que Falcombel eut au maréchal » Du Plessis , pour le faire rembourser de ses » avances, l'armée n'auroit pu se sauver, n'y » ayant point remède contre la faim ni de » moyen de s'en garantir. » Le siège fut levé le 6 octobre 1648 (*).
Le service hospitalier de l'armée est le sujet des premières lettres de Le Tellier en arrivant à Turin. Voici ce qu'il écrit à Des Noyers : « L'une des choses qui semblent plus néces- » saires en ce pays est l'établissement d'un
(I) Page 288. Dans ses Mémoires, le maréchal Du Plessis parle âe]m à la troisième personne.