PROPOSE
Le Tellier, dans une foule de passages de sa correspondance, signale des vices administratifs dont il propose le redressement , proposition qui le plus souvent est acceptée, quand lui-môme n'en prend pas Tinitiative. Mais il en est d'autres, d'une importance particulière, que nous voulons noter ici, parce qu'ils tiennent ou à la routine, ou à l'organisation sociale; et bien que Le Tellier soit de son temps, il a cependant l'esprit trop élevé et trop indépendant , pour ne pas dire le mal qu'il voit et le remède qu'il faut donner. Les ordonnances portaient qu'un capitaine de cavalerie recevait pour chaque homme de recrue une prime d'engagement assez élevée pour permettre au cavalier d'avoir ses armes à son compte. L'ordonnance du 27 février 1639 porte :
Sa Majesté voulant pourvoir à ce que toute sa cavalerie soit armée conformément à ses précédentes ordonnances... ordonne et enjoint très-expressément à tous mestres de camp, colonels et capitaines de cavalerie, de faire armer leurs cavaliers de la cuirasse devant et derrière, du pot, de deux pistolets
INTRODUCTION. CLXHI
et de répée, sans que ceux de qui les cavaliers ne se trouveront point armés en la manière susdite, puissent être réputés avoir satisfait aux ordonnances ni aux conditions des traités qu'ils ont faits pour la subsistance de leur compagnie, et, pour les rendre plus complètes, veut et ordonne Sa Majesté que tous les capitaines dont les cavaliers ne seront point armés comme il est dit ci-dessus, soient contraints, non-seulement à payer les armes qui leur défaudront, mais aussi à restituer tout ce qu'ils auront touché pour leur subsistance dans leurs quartiers d'hiver (*).
L'application d'une semblable disposition ne devait donner que de mauvais résultats. Le Tellier le déclare nettement à Mazarin : • Quelque chose qu'on fasse, la cavalerie ne » sera jamais armée, si on ne prend le soin » d'envoyer des armes en Piémont, les faire » distribuer à chaque corps au commencement » de la campagne, et d'en retenir le prix sur » les deniers de leurs recrues... (^) » Ceci, à la rigueur, peut être classé dans les réformes faciles à faire; mais en voici une autre d'une nature plus complexe et présentant de bien grandes difficultés dans son application. Dans la même lettre, Le Tellier dit un peu plus loin :
(1) La grande Conférence des ordonnances et édits royaux, «te, par Pierre Guénois et Charondas. — Paris, 1660.
(2) Le Tellier à Mazarin, 4 octobre 1641» p. ii<i.