SUBLBT DES NOYERS, SEGRÉTAIRB D'ÉTAT DB LA
GUERRE, A LE TELLIBR.
Paris, 15 septembre 1640,
Monsieur, nous sommes en un siècle où les mérites sollicitent pour les hommes, et il n'y a qu'à se rendre capable d'emploi pour en avoir. Vous avez donc obligation de celui d'Italie qu'à Dieu qui vous a donné de quoi vous en faire juger digne, et à continuer dans la pratique de la vertu pour monter à de plus grands. J'ai consolation de pouvoir dire cette vérité sans flatterie ni complaisance, mais par ce seulement que je sais que je le puis, et que je dois dire : ne veritatem in injvLstitiâ ieneam. Allez donc. Monsieur, bonis avibits, et, après que vous aurez reconnu à nu l'état de toutes choses en ce pays-là, rendez, je vous prie, en homme de bien comme vous êtes, le témoignage que vous devez au bien et le blâme au mal, afin que le
Conseil, en étant éclairé, châtie l'un et récompense lautre.
J'écrivis hier à M. le comte d'Harcourt, du choix que le roi a fait de votre personne pour aller servir près de lui, et l'ai assuré de la satisfaction qu'il aura de votre conduite. Je prie Dieu qu'il vous conserve en parfaite santé et qu'il me donne moyen de vous servir par deçà comme le désire, etc.
LE TELLIER A DES NOYERS
Turin, 3 novembre 1640.
Monseigneur, le 26 du mois passé, on a fait la revue générale des troupes de la campagne et des garnisons de Piémont, sur laquelle on a réduit la distribution du pain à vingt-cinq mille rations, ou environ, suivant l'état que je vous envoie. Je vous envoie aussi autant des extraits des commissaires qui ont fait les revues de la cavalerie, desquels vous connoitrez sur la grande perte de chevaux qui s'est faite en Italie pendant cette campagne.
Les régimens qui sont en garnison en la ville et citadelle de Turin, prétendent devoir être payés par prêt de dix jours en dix jours règlement, parce que les soldat? ne tirent aucun avantage que celui de leur solde. La dépense en va par mois à trente mille livres pour les soldats seulement. Je vous supplie. Monseigneur, de me faire savoir l'intention du roi sur ce. M. Du Plessis, qui commande la garnison, presse fort qu'on la paie, sur ce qu'il prétend que les soldats ne peuvent subsister autrement.
M. de Senantes a un régiment de trois cens hommes en garnison dans la ville. Il m'a fait voir que le traité qu'il a ci-devant fait avec Madame est fini dès le 15 du
mois passé, il demande qu'il soit payé comme les autres, puisqu'il plaît au roi de s'en servir.
Sur la plainte qu'ont faite les gens de guerre de la perte qu'ils font sur le débit en détail de l'or léger, M. Mazarin a proposé de le faire convertir en monnoie de Savoie. J'en ai fait faire l'essai, par lequel j'ai trouvé qu'il y a plus de cinquante livres à gagner sur mille livres. Mais parce qu'il peut avoir inconvénient de convertir cet or en une monnoie qui ne puisse retourner dans le royaume, à cause de quinze livres de perte qu'il y auroit à faire sur chacune pistole, je différerai de faire ce ménage, jusqu'à ce que vous m'en ayez donné ordre. Il y auroit bien, par cette voie, plus de trente mille livres à profiter sur la voiture qui vient pour l'Italie, lesquelles serviroient à faire des dépenses très-utiles pour le service du roi.
L'une des choses qui semblent plus nécessaires en ce pays, est l'établissement d'un hôpital dans lequel les soldats malades puissent être bien soulagés, tant pour les conserver au roi que pour en faire passer d'autres de France plus aisément, et pour satisfaire à ce que la charité nous oblige de rendre à notre prochain.
Ceux qui ont servi sous M. d'Argenson ces années passées, désirent se retirer en France pendant l'hiver, on* peut y donner ordre aisément, mais, pour l'été, il est besoin d'avoir une personne d'expérience et de pi*obité qui puisse et veuille ménager les deniers qu'on lui confiera pour cet usage. S'il vous plaît. Monseigneur, de faire choix de quelqu'un pour en prend ce soin, vous feriez chose très-agréable à Dieu et utile au service de Sa Majesté. M. Mazarin vous en parlera à son retour à la Cour, et vous expliquera les avantages que le roi trouvera de cet établissement en ce pays.