‹ Michel Le Tellier, son administration comme intendant d'armée en Piémont, 1640-1643Chapitre 141 sur 178 · DES FINANCES · texte numérisé non relu

DES FINANCES

M. Le Tellier s'insinuera, le plus doucement qu'il lui sera possible, aux bonnes grâces de M. le comte d'Harcourt, et lui fera connoître que l'on est trèscontent de deçk de ses services et qu'on le prie, au nom de Dieu, en ménageant doucement les gens de guerre, de savoir le nombre effectif de toutes les troupes, tant de cavalerie que d'infanterie.

M. d'Argenson écrit que toutes les troupes qui étoient lors de sa prison (captivité), montoient à 22,832 hommes d'infanterie, savoir :

Hommes effectifs et servant sous

les armes 12,360

Et d'hommes passés dans la der- ^ 22,832

nière revue, qu'on prétend être malades 10,472

il SEPTEMBRE 1640. 5

et, depuis ladite revue, on prétend qu'il est encore tombé 2,000 hommes malades.

Pour la cavalerie , compris celle de Madame , 9,471 hommes, savoir :

La cavalerie en état de servir 4,183

Et la cavalerie malade et démontée 5,288

Nota qu'en ce, ne sont pas compris les gardes françoises et suisses à qui ne doit pas être fourni le pain aux dépens du roi, comme étant payées d'ailleurs de leurs montres, sur lesquelles il doivent payer leur pain.

M. Le Tellier fera ce qu'il pourra pour tâcher de découvrir la vérité du nombre effectif des troupes, afin que le roi puisse être servi, et que M. le comte d'Harcourt ne soit trompé au nombre que Ton lui veut faire croire être dans lesdites troupes, soit sains, soit malades.

Ménagera l'honneur des maréchaux de camp qui ne sont peut-être pas les plus traitables du monde. M. le vicomte de Turenne en est un, l'autre M. de la Motte- Houdancourt, M. le comte du Plessis-Praslin. Il y a le marquis Villa qui conduit les troupes de Madame, qui est à ce que j'ai pu reconnoitre franc homme, et avec lequel, comme avec les autres, j'estime que l'on peut établir quelque confiance.

Fera compter par état les commis du trésorier de l'extraordinaire, et arrêtera la dépense jusqu'au jour de son arrivée, et, après s'être donné quelque loisir, établira le meilleur ordre qu'il pourra pour le paiement des prêts, distribution du pain et autres dépenses qui se pourront présenter dans l'armée, et, de six semaines en six semaines, fera compter le commis de l'extraordinaire par état, lequel il eh verra

(le deçà, afm que Ton puisse voir la vérité desJites dépenses, ce qui n'a pas été fait jusqu'à présent.

Et parce que le temps des subsistances approche, réglera la dépense pendant le quartier d'hiver et Tordre qu'il y faudra tenir, faisant grande considération du soulagement que le pays de Piémont peut apporter aux finances du roi, et en enverra autant de deçà. Fera venir devant lui tous les officiers des vivres et, après avoir ouï particulièrement le garde qui est à Pont, le contrôleur et autres qui lui voudront dire la vérité, s'informera de ce qui s'est passé.

Mandera les sieurs Bourguignon et Dreux auxquels il donnera les lettres que je leur écris, afin qu'ils donnent tous les avis et mémoires concernant le service du roi, tant sur la distribution des prêts aux gens de guerre que monstres pour cavalerie et infanterie, et pour le pain dont ils ont déjà écrit qu'ils avoient quelque connoissance.

S'il y a quelque difficulté en l'exécution de la commission de M. Le Tellier, il en avertira de deçà, afin que sur les occasions nécessaires on lui envoie les dépêches qu il conviendra pour maintenir l'autorité de sa charge.

L'ordre que M. Le Tellier peut prendre pour avoir connoissance du nombre effectif, soit de la cavalerie, soit de l'infanterie, est en chaque régiment de prendre quelque connoissance particulière d'un capitaine ou du sergent-major (*).

Et surtout prendre garde aux revues et montres, soit pour les prêts ou autrement, tant de cavalerie que

(1) Garçon-major ou sergent-major «st un officier choisi parmi les lieutenans d*un régiment et établi sans brevet et sans appointemeDs, pour aider les aides-majors dans la grosse besogne (Dict. mil. de Lachenaye-Desboys au mot «ergent-major).

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de rinfanterie, et à cela M. le comte d'Harcourt est nécessaire.

Aux occasions qui se présenteront pour les affaires d'Etat, il en traitera en particulier avec M. le comte d'Harcourt, et selon qu'il sera avisé avec lui, prendra la résolution sur telles affaires, et en communiquera au conseil de guerre, si mon dit sieur le Comte le juge raisonnable. •

Réglera la séance au conseil de guerre en la même forme qu'en a usé M. d'Argenson.

Entendra aux occasions qui se présenteront le sieur Dorée sur les affaires de finances, ainsi qu'il le jugera à propos pour le service du roi.

Fait à Paris, le onzième jour de septembre 1640.

Signé : Bullion.

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