LE CHANCELIER SÉGUIER A LE TELLIER
39 novembre 1640.
Monsieur, j'ai été bien aise d'apprendre par votre lettre du 16 de ce mois, que toutes choses soient de
delà en fort bon état. Au sujet de l'ordre que vous avez eu pour informer du meurtre du sieur de la Becheville, je m'étonne que vous ayez tant de peine à en découvrir la vérité. Si vous faites quelques procédures à ce sujet, vous prendrez, s'il vous plait, la peine de me les envoyer afin d'en donner connoissance ensuite à M. le Cardinal qui témoigne prendre soin de cette affaire. Je vous remercie cependant des nouvelles dont vous me faites part. Je n'eusse pas cru que les Espagnols eussent fait tant d'état d'un intendant de justice. Mais, comme vous dites, c'est plus leurs intérêts que la qualité qu'ils estiment. Je veux croire qu'avec un peu de patience, ils pourront rabattre beaucoup de la somme qu'ils demandent. Je vous prie, aux occasions, de me faire savoir ce qui se passera. En revanche, qu'en ce qui vous regardera, vous connoîtrez que je suis toujours avec affection, etc..
LE TELLIER A DES NOYERS
Turin, 4 décembre 1640.
Monseigneur, je vous envoie l'état des forces des régimens de cavalerie qu'on a retenus ici pour servir à la campagne, et dans les places déposées, suivant la déclaration de ceux qui commandent les corps pour servir aux recrues. Ils ne se contentent pas de huit écus pour chacun fantassin ni de deux cens livres pour cavalier, à cause de la difficulté qu'ils ont à trouver des soldats qui veuillent venir ici, et de la grande dépense qu'ils font pour les y amener. Ceux qui ont maintenu leur corps en bon état par leurs soins, aux dépens de leur bourse, trouvent bien dur de recevoir moins d'argent que ceux qui les ont laissé périr par avarice. Et ceux qui ont pardu leurs soldats
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et équipages en gardant des postes avancés pour s'opposer à l'effort des ennemis, croient qu'on doive faire considération sur les pertes qu'ils ont faites en servant utilement. C'est pourquoi Me*" le comte d'Harcourt, M. Mazarin et MM. les maréchaux de camp qui sont ici, ont estimé qu'il est plus utile, pour le service du roi, de donner une certaine somme à la cavalerie par compagnie et à l'infanterie par régiment, pour les aider à faire des recrues et se mettre en état de servir. On a perdu ici tant de chevaux la campagne dernière, non-seulement par fatigue, mais par mauvaise nourriture, que s'il ne plait au roi d'aider extraordinairement les cavaliers qui doivent servir ici, il ne pourront pas faire toutes les recrues qu'on désire d'eux. Vous lîtes donner Tannée dernière six mille livres à chaque compagnie; l'infortune qu'ils ont eue en cette armée, monte bien à quelque chose de plus. Outre cela, ils estiment qu'il est nécessaire qu'il plaise au roi d'ordonner un fonds pour être distribué par Tordre de Ms' le comte d'Harcourt, à ceux qui se sont conservés par leurs soins ou qui ont perdu leurs hommes en servant utilement; afin que dorénavant les gens de guerre sachent qu'on ne les traite pas tous également et que chacun travaille pour avoir la récompense et éviter la honte du châtiment.
Le sieur Falcombel est parti d'ici pour aller solliciter le paiement de ce qu'il prétend lui être dû du reste de sa fourniture. Il est nécessaire, pour le bien des affaires du roi, au cas qu'on s'en veuille servir Tannée prochaine, de traiter promptement et de le renvoyer ici pour faire les provisions de blé nécessaires ès-lieux qu'il vous plaira lui marquer, afin que, prenant ses mesures de bonne heure, rien ne leur manque au fort du travail. Il est homme de service, fort intelligent et
n 15-90 DÉCEMBRE 1640.
a tout crédit et adresse dans le pays. Le blé devient fort rare et enchérit ; le prix des conduites (transport) est si haut qu'il augmente de beaucoup celui du blé.
DES NOYERS A LE TELLIER
15 décembre 1640.
Monsieur, il est venu ici un nommé Bourguignon, commissaire des guerres qui, pour reconnoissance de remploi que je lui ai donné en Piémont, a voulu jeter de mauvaises impressions de M. d'Argenson et de M. Talon dansTesprit deM. deBullion; or comme vous pouvez tomber dans les mêmes calomnies, il vous importe et au public d'éclaircir la vérité de ce qu'il a vomi contre ces messieurs que j'estime tous deux gens de bien. Que s'ils le sont, nous leur devons toute protection, sinon ils méritent d'être reconnus pour autres qu'on ne les croit. Faites-moi, je vous prie, une faveur de vous informer secrètement et prudemment de la conduite de M. d'Argenson et de celle de M. Talon, et ne les épargnez pas, je vous prie, si vous y trouvez du mal. Car je serai le premier à jeter la pierre sur eux ; que si aussi vous les trouvez gens de bien comme on le croit, quœso veritatem in înjustîciâ detenere. Faites-la connoitre et récrivez à M. de Bullion, ce que vous en aurez reconnu. Vous ne sauriez jamais rendre un plus grand témoignage de l'amitié que vous avez promise, Monsieur, etc..