‹ Michel Le Tellier, son administration comme intendant d'armée en Piémont, 1640-1643Chapitre 153 sur 178 · A LE TELLIER · texte numérisé non relu

A LE TELLIER

17 octobre 1641.

Monsieur, ayant su particulièrement le soin et l'affection avec laquelle vous servez le roi au lieu où vous êtes, je ne puis que vous témoigner par ces lignes le gré que Sa Majesté vous en sait, et la satisfaction que j'en ai qui est plus grande que je ne vous le saurois représenter. Je vous prie de continuer à agir ainsi que vous avez fait jusqu'ici , et de vous assurer qu'on reconnoîtra vos services. Je vous prie de m'envoyer un mémoire des officiers de l'armée d'Italie qui ont touché l'argent de leurs recrues de la présente année et qui ne les ont point faites, afin que je les puisse connoître, sans néanmoins que ledit mémoire que je vous demande, vous empêche ni retarde un moment le châtiment que vous devez faire faire de ces messieurs, à quoi je vous conjure de tenir exactement la main. Je vous conjure aussi d'avoir l'œil à ce que les gouverneurs des places du Piémont tiennent leurs garnisons complètes de soldats et d'officiers pour éviter les inconvéniens qui en peuvent arriver, ce que me promettant de votre zèle au bien des affaires du roi, je ne vous y convierai pas davantage, me contentant de vous assurer que je suis et serai toujours. Monsieur, etc....

J'écris à M. le comte d'Harcourt comme Tintention

du roi n'est pas qu'il laisse moins de dix capitaines aux régimens dMnfanterie, durant l'hiver : tenez-y, s'il vous plaît, la main.

DES NOYERS A LE TELLIER

18 octobre 1641.

Monsieur, vous apprendrez par celle-ci que Son Eminence vous écrit l'effet des soins de vos amis, et reconnoître par leurs témoignages de satisfaction dont sa dépêche est remplie, que l'on ne perd point d'occasion de vous servir auprès d'Elle. Et je vous vois si bien établi dans son esprit que vous n'avez qu'à continuer dans les affaires de delà, pour mériter tout ce que vous sauriez déôirer de son appui et affection.

Je laisse ce discours, bien que je ne doute pas qu'il ne vous soit agréable, pour venir aux affaires et vous dire que c'est agir en véritable intendant, lorsque vous nous avez déchargé des quartiers d'hiver de toute l'armée d'Italie.

Je mande à M. le comte d'Harcourt que l'intention du roi est qu'il demeure à chaque régiment d'infanterie, dix capitaines , dix lieutenans et dix enseignes durant l'hiver, donnant seulement congé à ceux qui s'y trouveront au-dessus de ce nombre, afin que les corps se puissent maintenir par la présence de leurs officiers et être toujours en état de servir en cas que l'occasion s'en présentât.

Il est bon de faire payer les quartiers d'hiver aux ofllciers qui reviendront maintenant par congé, après avoir servi la campagne ; aussi n'est-il pas raisonnable que ceux qui n'ont point servi ou qui ont quitté, pour autres raisons que blessures ou maladies, re-

17 OCTOBRE 1641. lld

çoivent pareil traitement que les gens de bien; n'y ayant rien qui les désespère davantage que de voir les lâches et les faquins traités comme eux. Vous y prendrez garde, s'il vous plaît.

Les troupes ayant été bien grassement traitées durant le siège de Goni et étant à présent dans de bons quartiers, au sortir desquels ils entreront encore dans d'autres aussi gras et abondans, il n'y a point d'apparence de prodiguer l'argent de Sa Majesté dans l'extrême rareté où il est ; et vous devez sans difficulté retenir les fonds de la montre pour l'employer ainsi qu'il sera par Elle ordonné. Je vous écris ceci par son commandement exprès, et mande le même à M. le comte d'Harcourt, afin que d'un côté ni d'autre, il ne se trouve aucune difficulté en cette exécution, et qu'il vous assiste de son autorité, autant qu'il en sera besoin. Vous assurant que Son Eminence vous en saura beaucoup de gré, et considérera ce service au-delà de tout ce qu'on pourroit, Monsieur, etc....

LETTRE DU ROI A LE TELLIER

27 octobre 1641.

Monsieur Le Tellier, ayant eu avis que la garnison de Ghivasso a besoin de paillasses et de couvertures, je vous fais cette lettre pour vous dire que vous ayez à prendre connoissance de la quantité qu'il y en faudra et les fassiez acheter au plus tôt, vous assurant que sur l'avis que vous donnerez de ce à quoi montera cette dépense, je ferai faire au plus tôt le fonds qu'il faudra pour y satisfaire. Et la présente n'étant pour autre fin, je prie Dieu, etc.... Ecrit à Chantilly, le 27 octobre 1641.

Signé : Louis, et plus bas, Sublet.

MAZARIN A LE TELLIER

27 octobre 1641.

Monsieur, une fièvre double tierce qui m'a tenu au lit dix ou douze jours, et dont je commence. Dieu merci, à me remettre, quoiqu'il m'en soit demeuré beaucoup de foiblesse, m'empêcha de répondre aux lettres dont il vous a plu me favoriser par le gentilhomme de M. le comte d'Harcourt qui partit d'ici, il y a quelques jours. Maintenant je commencerai la réponse que je vous dois par les grâces très-humbles que je vous rends de la ponctualité avec laquelle il vous a plu me faire part de tout ce qui se passe par delà, et du soin que vous avez pris de m'envoyer les extraits des revues de vos troupes que j'ai eu grand plaisir à considérer.

Je crois que vous recevrez Tordre de faire faire des habits à tous les fantassins de l'armée, qui sera un grand bien. On a pris cette résolution sur ce que voua m'en avez mandé; j'en ai donné un mémoire à M. Des Noyers. Je crois que vous ne tarderez pas d'en recevoir les ordres ensuite.

Je ne sais pas si je pourrai mettre à couvert les quatre mille et tant de livres que j'ai avancées à bon compte des recrues de la compagnie de cavalerie de M. Du Plessis-Praslin. Je ferai mon possible, afin que Ton donne les ordres sur le fonds que l'on fera pour les recrues de l'année qui vient.

Je vous envoie ci-joint Tordre nécessaire pour

licencier le régiment du colonel Isola, ayant été

informé de beaucoup d'endroits que sa personne

n'étoit pas grand'chose et qu'on ne pourroit pas appa-

remment allendve grand avaulagô d^ ^o\\ •^.^tNvç.^. J'ai

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prié M. des Noyers d'en expédier l'ordre. Mais je vous supplie de ne pas faire connoître audit colonel que je m'en suis mêlé, mais seulement qu'on a résolu de le casser, sur les avis qui sont venus à la cour de toutes parts qu'il n'avoit pas apporté grand soin d'exécuter ses promesses ni de faire une belle levée et bien complète, comme il s'y étoit engagé. Mon but seroit pourtant de conserver tous les soldats italiens qui sont dans le régiment en une ou deux compagnies et davantage, si on pouvoit en mettre trois cens hommes ensemble, en faire une compagnie royale, comme on en fait cette année quantité d'autres. Son Eminence en auroit contentement et en mon particulier je vous en serois extrêmement obligé.

Les moyens pour cela sont remis à votre prudence, et, tout ce- que vous résoudrez, je le ferai approuver par deçà. Je m'imagine qu'il ne vous sera pas malaisé, parmi tous les capitaines qui sont dans ce régiment, de choisir deux des plus accrédités et plus capables de bien servir, qui pourroient demeurer avec tous les soldats ; leur donnant un bon quartier et même les assurant que, lorsqu'il sera question de passer en France , ils y seront traités en sorte qu'ils auront occasion d'être bien contens. Je me repose entièrement sur ce qu'il vous plaira et me promets de votre adresse que Tissue en sera telle que je la puis désirer.

Je vous remercie très-humblement de tous les ordres que vous avez donnés pour mes blés, au premier jour je vous enverrai toutes les résolutions sur cette affaire.

Si vous ne demandez pas congé de venir à la cour ou qu'en le demandant il vous soit refusé, je vous prie de me mander franchement ce que vous désireriez que je fasse en cela pour NoVt^ ^«tN\ç.^\ ^^\^ assurant que yen parlerai de la YiOtvtv^ Iô.<;ot^ ^^ v^^^

tous les termes les plus pressans qu'il me sera possible, après avoir concerté avec M. Leroy, ne désirant rien tant que de vous faire connoître par quels bons efforts je suis, etc.

LETTRE DU ROI A LE TELLIER

27 octobre 1641.

M. Le Tellier, voulant pourvoir à ce que le quartier d'hiver prochain des troupes de mon armée d'Italie soit établi avec le bon ordre nécessaire pour le main* tien d'icelles et la conservation du pays, je vous fais cette dépêche pour vous donner avis, comme je mande à mon cousin le comte d'Harcourt, qu'il ordonne le logement des troupes et quartiers qu'il estimera plus à propos pour la commodité et sûreté d'icelles et celles du pays, et qu'il ait égard avant toutes choses, à mettre dans les places des garnisons que les ennemis ne puissent prendre aucun avantage sur icelles.

Et parce que ma sœur la duchesse de Savoie fait son séjour ordinaire dans la ville de Turin, et que mon armée en tire sa principale assistance, je trouve bon qu'en faisant le département (répartition) des troupes, l'on soulage, autant qu'il se pourra, les lieux voisins de ladite ville.

Il est bien raisonnable que le Piémont porte tout l'hiver la dépense des troupes, puisque durant la campagne j'emploie de si notables sommes de deniers pour leur entretien et de si grande force pour le recouvrement dudit pays. Je désire que vous fassiez les établissemens nécessaires pour faire fournir aux gens de guerre ce qu'il faudra pour leur subsistance pendant l'hiver prochain.

J'estime que les gens de pied seront bien traités en

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donnant à chaque soldat par jour sept sols tournois : deux sols pour le pain et cinq sols pour la subsistance, en les faisant payer par les habitans des quartiers où ils seront logés, par avance de dix en dix jours, par forme de prêt, et aux officiers à la proportion accoutumée. Néanmoins, comme il pourroit arriver qu'en beaucoup de lieux les habitans n'auroient pas d'argent suffisamment pour fournir à cette dépense, il faut laisser à leur choix de donner ledit argent ou partie d'icelui et le surplus en pain, vin et viande, dont la quantité sera réglée pour éviter toutes contestations ou difficultés.

Il faudra aussi par prêt aux gensdarmes, du moins quarante-cinq sols par jour, et aux chevau-légers quarante sols, avec la même faculté aux habitans de leurs quartiers de leur donner, partie en argent, partie en denrées, la valeur de ladite subsistance, ce qui sera aussi réglé pour éviter toute contestation, en donnant aux officiers ce qui leur conviendra en la manière accoutumée.

Qu'il soit empêché par toutes les précautions dont on se pourra aviser, que l'on ne fasse aucun paiement ni fourniture qu'aux présens effectifs, tant officiers qu(3 soldats, et qu'à cet effet l'on n'emploie aux revues que des personnes d'autorité, en qui l'on ait une entière confiance, et seulement au nombre qui sera absolument nécessaire pour cette fin.

Les officiers qui auront servi à la campagne et qui seront absens avec congé signé de mondit cousin et visé de vous, seront payés de leur subsistance absens comme présens, sans qu'ils puissent rien prétendre pour leur équipage par-dessus ce qui leur sera ordonné.

Et quant à ceux qui n'ont point servi en leur3

charges et durant la campagne de la présente année, vous en ferez un rôle général, tant afin de faire le châtiment qu'ils méritent que pour empêcher qu'il ne leur soit payé aucune chose durant tout le quartier d'hiver. Et à cet eflfet sera envoyé un extrait dudit rôle à la garnison où seront les troupes dont les officiers seront absens, avec défense au bas d'icelui de leur fournir aucune subsistance.

Que Ton fasse observer de telle sorte la police des troupes dans les quartiers que, moyennant leur subsistance, elles ne puissent rien exiger du peuple, sous prétexte de Tustonsile ou autrement.

Que si les gens de guerre ont à faire quelque plainte de ce que la subsistance ne leur sera pas ponctuellement fournie, ou pour quelqu'autre occasion que ce soit, auront à s'en adresser à l'intendant, ou en son absence au commissaire, qui se trouvera sur les lieux, qui y pourvoira sur le champ, sans qu'il soit loisible, à aucuns gens de guerre, de prendre le bétail ni aucune autre chose appartenant à leurs hôtes et autres habitans, pour le vendre et en disposer, pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce puisse être.

Après avoir résolu tous les ordres du quartier d'hiver, je trouve bien à propos qu'on en donne part à ma sœur la duchesse de Savoie, ce que je mande à mon cousin de faire, et que s'il arrive quelque difficulté à l'exécution, vous les resoudiez avec les ministres de madite sœur, afin qu'en ayant connaissance, les peuples se portent d'autant plus volontiers à satisfaire ce qu'on désire d'eux.

Que, suivant ce que je vous ai déjà mandé, vous fassiez pour les officiei's qui, ayant reçu l'argent de leurs recrues, n'en ont point fait passer en Italie ,

et particulièrement ceux des régimens de Vaillac et de Busca, s'il est véritable, comme Ton m'en a assuré, qu'ayant reçu trente mille livres et plus pour cet effet, ils n'aient pas mené un seul homme en Piémont, vous chargeant bien expressément de faire qu'une faute, si préjudiciable à mon service, ne demeure pas impunie, et de me rendre compte de ce qui en aura été ordonné et effectué.

Me remettant sur mondit cousin et sur vous de toutes les autres choses que l'on pourroit ajouter à ce que dessus, pour le règlement du quartier d'hiver des gens de guerre étant en Italie. Je prie Dieu, eiCx ••

DES NOYERS A LE TELLIER

2 novembre 1641.

Monsieur, Sa Majesté permettant à M. le comte d'Harcourt de s'en revenir en France dans les conditions et termes portés dans la letlre de Son Eminence, tout le faix des affaires de Piémont va tomber sur vous, ce qui vous oblige à redoubler vos soins. Ne qiiid detrimenti res publica capiat, en l'absence du général.

La première chose, et la plus importante à laquelle Son Eminence désire que vous vous attachiez, est de chercher les moyens d'empêcher les courses que vos gens de guerre font dans toute l'étendue du voisinage de leur logement , où on dit qu'ils vivent dans une licence effrénée, qu'il n'y a plus personne qui ose marcher à la campagne ; qu'aussitôt que les paysans passent conduire leurs bœufs au labourage de la terre, ils sont aussitôt pris de force et enlevés comme dans un pays de conquête, qu'ainsi la campagne de-

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meure déserte et inculte. Par conséquent hors d'espérance de recueillir des fourrages pour la cavalerie, non plus que des blés pour la nourriture de l'infan- ' terie pour les années suivantes, ce qui cause déjà, par avance, Textrême cherté de toute chose, et nous fait voir, par un présage très-déplorable, que- les ennemis tirant leur subsistance du Milanais, et nos troupes ne la pouvant tirer du Piémont, nous serons contraints de sortir honteusement d'une lice dans laquelle, avec un peu de prévoyance et de police, nous pourrions espérer d'en rapporter de grands avantages.

Le mal, à ce que j'appréhende, n'est pas encore déployé, et Ton assure Sa Majesté que, si vous voulez vous appliquer fortement à sa guérison, vous en viendrez facilement à bout.. L'on vous demande de la fermeté à empêcher le mal, de quelque part qu'il vienne sans exception, et à bien traiter ceux qui, par leur exemple, inviteront les autres à vivre dans l'ordre et la modération.

Les officiers de Madame ayant représenté au roi l'impuissance où sont ses sujets, et offert de lever l'été tout ce qu'on leur retranchera sur le quartier (Vliiver, Sa Majesté a trouvé bon de les décharger présentement de sept cens tant de livres qu'ils s'étoient obligés de fournir par chacun jour pour la subsislance des troupes des garnisons, ce qu'ils font monter à cent cinquante mille livres, à la charge que, dès à cette heure, Madame baillera ses mandemens pour la levée de pareille somme durant Tété, pour partie des fonds de la subsistance de nos garnisons, durant le quartier d'hiver.

Ce n'est pas que l'on n'ait fort approuvé l'instance que vous avez faite au contraire, par les raisons que

tous me faites Thonneur de me mander, mais il ne faut pas manier les affaires dans toute l'étendue du pouvoir, ni même faire tout ce que la rigueur de la justice nous dicte, car, après tout, il se trouve des raisons si puissantes au contraire, qu'il y faut céder pour quelque temps, et donner quelque satisfaction de notre conduite à ceux-là même qui, par la leur^ semblent vouloir nous obliger à faire le contraire.

J'attends de vos nouvelles et je demeure. Monsieur, etc. . • •

MAZARIN A LE TELLIER

3 novembre 1641

Monsieur, depuis la dépêche que je vous fls de Chaunes, du 27 du mois passé, par laquelle je répondois à tous les points des lettres que j'ai reçues de votre part, j'ai eu celle dont il vous a plû me favoriser du 21 du passé. 11 ne se peut rien ajouter à la prudence dont vous avez usé dans l'établissement des quartiers d'hiver, soit pour empêcher que le pays ne soit chargé que ce qui se trouvera d'effectif dans les troupes, soit pour donner moyen aux chefs de les remettre en bon état à la prochaine campagne.

L'ordre que vous avez pris aussi pour la subsistance des garnisons pendant l'hiver ne pouvoit être meilleur ni plus avantageux au service du roi. Je suis bien dans vos sentimens qu'il faut que l'argent leur soit distribué peu à peu pendant toute l'année, afin que les officiers aient moins de moyens et de prétextes de retenir la paye des soldats.

Les nouvelles de la prise de Demont, de Leure, ont été reçues à la cour avec la joie que vous vous pouvez imaginer, vu l'importance de ces deux places qui ter-

minent si glorieusement votre campagne. Cependant je demeure, etc....

Je vous prie de prendre la peine de me mander combien se vendroit présentement dans Turin le blé de la condition qu'est celui qu'on fournit là pour la munition, c'est-à-dire deux tiers seigle et un de froment.

Il est arrivé des nouvelles des mésintelligences qui sont nées depuis peu entre Madame et M. le comte sur le sujet de Ré vol. Je vous avoue que j'en suis en p^^ine, ne pouvant rien produire de bon pour le service du roi. J'espère pourtant que la première bonne intelligence se rétablira facilement puisque M. le comte d'IIarcourt, qui en cela n'a eu autre but pour le service de Sa Majesté, s'y disposera aisément après les protestations qu'a fait faire ici Madame, que Sa Majesté en sera toujours le maître au premier mot qu'on lui en dira, et consultant les nécessités et les obligations qu'a Son Altesse Royale de se conformer en tout aux intentions de Sa Majesté, et particulièrement à présent qu'on est sur le point de lui remettre Goni où elle reçoit bien plus d'avantages.

LE TELLIER A DES NOYERS

Turin, 3 novembre 1641.

Monseigneur, je dois à vos bons offices la satisfaction que son Eminence m'a fait l'honneur de me témoigner avoir de mes services, qui ne peuvent être estimés que par le prix que vous leur voulez donner, dont je vous rends grâces très-humbles. Je n'abuserai point de l'indulgence que vous avez pour moi ; elle m'oblige d'essayer de faire moins mal à l'avenir, et d'amender les plus lourdes fautes de mon noviciat qui

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ne peut plus servir d'excuse auprès de vous. Je vous demande, Monseigneur, la continuation de votre protection, et vous supplie très-hurableraent de croire qu'il n'y a personne au monde qui ait plus de passion à vous plaire, qui révèle plus que moi les hautes qualités dont Dieu vous a doué et que vous cultivez si avantageusement par toutes les actions de votre vie.

Au sujet des recrues, M^' le comte d'Harcourt avoit arbitré, sous le bon plaisir du roi et de Son Eminence, le châtiment de ceux qui n'ont pas fait des hommes pour l'argent qu'ils ont reçu du roi, ainsi que vous verrez par le mémoire ci-joint^ sur lequel on attend réponse par le retour de ce courrier. Cependant, je tiendrai les choses en état de faire le châtiment en la forme qu'il vous plaira l'ordonner.

Je vous envoie un état de toutes les recrues, que j'ai dressé sur un mémoire qui m'a été envoyé de Lyon par MM. de Ghampigny et Ambert, et sur les revues qui ont été faites desdites recrues, aux past^ages de Suse ou Pérouse, par lequel vous connoîtrez aisément les fautes de chacun des officiers de cette armée que vous trouverez presque tous coupables. 11 n'y a que le régiment de Touraine seul dont le mestre de camp a fait passer son nombre à vingt-huit presque, son lieutenant-colonel doit, contre lequel il demande justice.

Le grand nombre de criminels rend le châtiment difficile à faire, car il n'est pas question d'exterminer des hommes, mais bien, en les conservant, les induire l'année prochaine utilement, pour le service du roi^ l'argent qui leur sera donné pour faire des recrues, et, pour cela, il faut un genre de peine qui donne de l'effroi et marque l'indignation du roi, pour obliger les hommes à avoir plus de soin de leur honneur que de leur bourse.

Le roi continuant à défendre de payer la deuxième montre, il faut trouver quelque autre châtiment : cette affaire est de telle nature qu'il ne les faut pas flatter; si on ne la veut pas dissimuler, il la faut traiter si sévèrement que les plus durs soient touchés de l'appréhension de la peine, et comme les peines sont arbitraires et qu'il y a peu d'exemples d'affaires de cette qualité, il y pourra avoir diversité d'avis. Pour moi qui suis sur les lieux, et entends tous les jours les plus gens de bien se scandaliser de ce que ceux qui appliquent Targent de leurs recrues à leur profit, demeurent sans reproches, je prends la liberté de vous dire qu'il est nécessaire de faire quelque chose de grand éclat qui donne de la terreur à tout le monde et n'en frappe que fort peu. Pour cela j'estime, sauf correction, qu'il en faudroit choisir cinq ou six des plus coupables de ceux qui sont ici, et les châtier sévèrement, comme de les casser, de les condamner à servir à leurs dépens, comme simples factionnaires dans la citadelle de Casai, les y faire conduire en toute sûreté et les rendre tail labiés et faire procéder par vente de leurs biens, pour la restitution de l'argent qu'ils n'ont pas employé sur le pied de leur traité , et obliger tous les autres à faire passer en Piémont à leurs dépens, dans le commencement du mois de mars prochain , tous les homqu'ils doivent, outre et par-dessus ce qu'il leur sera ordonné pour leurs recrues l'année prochaine, à peine d'encourir l'indignation de Sa Majesté.

Je ne veux pas croire que tous fassent passer les hommes qu'ils doivent, mais vraisemblablement on en profitera de quelqu'un, et, tout au moins, feront-ils exactement le nombre qui leur sera prescrit à l'avenir, qui est le véritable fruit qu'il faut espérer de ce travail-ci.

Ceux qui feront tout le nombre et serviront à la campagne prochaine, pourront obtenir de la bonté du roi la décharge des hommes qu'ils doivent cette année. Et ceux qui seront en faute cette année et le seront encore Tannée prochaine , pourront être châtiés de la perte de la vie, avec l'approbation de tout le monde.

Si ces propositions-là vous agréent, il est besoin qu'il vous plaise lesapprouver, sinon prescrivez, s'il vous plaît, ce qui est à faire et je l'exécuterai avec toute la fidélité que vous pouvez désirer en un homme de ma condition.

LE TELLIER A DES NOYERS

Turin, 12 novembre 1641.

Monseigneur, votre dépêche du 2 du courant m'a été rendue le 10 ensuivant, j'exécuterai le contenu le mieux qu'il me sera possible; ceux qui vous ont parlé des désordres que font les gens de guerre dans le Piémont, ne vous ont pas représenté les choses comme elles se passent. Il est certain que, pendant la campagne, ils ont été que trop licencieusement et qu'ils ont pris des bestiaux dont ils ont vendu partie dans le Piémont et employé l'autre partie à vivre; que, dans la marche de Tarmée, les bestiaux qui se trouvent en chemin, n'échappent pas de leurs mains, mais sur la moindre plainte qu'en font les habitans, on les fait rendre actuellement. Depuis que les troupes sont dans leurs quartiers d'hiver et qu'on leur a donné des terres, pour subsister tant et si longuement qu'ils seront en Piémont, les paysans labourent la terre et font leur profit et trafic en sûreté. A présent chaque corps d'infanterie et de cavalerie travaille à la conservation du bétail des habitans des terres qui leur ont été données pour

hiverner. Ce qui est si vrai que je viens présentement (le recevoir une plainte des officiers du régiment de Roqueservière, qui servent dans Savillan, de ce que le régiment de Samet-André qui est logé à Murel et Villeneuve-Solars, leur a empêché de saisir les bestiaux desdils habitans pour le paiement des arrérages de la contribution dont ils ont été chargés par les ordres de Madame, pour partie de l'entretien des troupes des garnisons pendant cet été : lesijuels arrérages , échus auparavant que les troupes fussent en quartier d'hiver, je leur avois donnés pour partie du paiement de leur montre. Si bien qu'on peut faire état que le paysan aura la liberté de cultiver la terre.

Il y a deux choses à observer, l'une que la cavalerie ne vole point sur les grands chemins; l'autre que l'on n'exige point plus qu'il n'est porté par les ordres, et qu'on ne ccmtraigne point les habitans à payer, par emprisonnement de leurs personnes, ou saisies de leurs bestiaux, sans un ordre donné avec connoissance de cause.

On a pourvu à l'un et à l'autre chef par le règlement dont je vous ai envoyé copie, à Texécution duquel je tiendrai la main, sans distinction de qui que ce soit, et visiterai tous les quartiers si soigneusement, qu'il ne s'y passera rien dont je ne sois informé bien particulièrement. Si mes soins ne produisent pas le fruit que désire le pays, au moins aurai-je la satisfaction d'y avoir fait tout ce que j'aurai pu et qu'on ne me reprochera pas lâcheté.

J'ai fait arrêter un cavalier du régiment de Cournon, soupçonné d'avoir volé sur le grand chemin. Après lui avoir fait son procès, je l'ai fait appliquer à la question, dans laquelle il a confessé d'y avoir assisté; il sera jugé demain définitivement, à une peine

là NOVEMBRE 1641. 133

proportionnée à son crime. Vous n'entendrez point dire que j'épargne personne, pour quelque recommandation que ce soit.

Les ordres, pour la levée des sept cens livres de Piémont pour l'entretien des garnisons, pendant cet hiver, ont été expédiés, mais il ne s'est rien levé du tout. Je demanderai les ordres pour tenir pareille somme cet été, ainsi qu'il vous plaît me prescrire par votre dépêche sur laquelle je prends la liberté de vous dire que si votre intention est, en déchargeant le pays de la contribution pendant Thiver, de vous contenter de la levée de pareille somme Tété prochain, vous faites grande justice au Piémont qui n'a que trop de charges. Mais si vous faites état de lever pendant la campagne ce que vous deviez tirer cet hiver, et encore autant comme vous avez tiré cet été, il eût été plus expédient pour le pays et la subsistance des garnisons, que la levée se fût faite dans le courant de toute Tannée, le pays eût payé plus aisément, et les garnisons, aidées de l'argent du roi, mêlé avec les contributions, eussent subsisté plus avantageusement. Tout ce que vous en ordonnerez feera exécuté de ma part très-fidèlement.

J'irai à Démon et fournirai à M. Talon l'argent dont il aura besoin pour le munir de tout ce qui sera jugé nécessaire pour sa conservation.

J'ai arrêté depuis quelque temps les comptes des munitionnaires dans lesquels ils ont en recette trentesix mille livres pour le prix de trois mille sacs de blé qui leur ont été donnés au commencement de cette année, pour partie de la fourniture du pain de munition du mois de janvier. Je leur ai alloué cet article à condition qu'ils remettroient pareille quantité de trois mille sacs de blé dans les magasins de réserve de

Pignerol, en leur fournissant la somme de trente-six mille livres pour lesquels ils leur ont été engages.

Je vous prie de considérer que ces blés-là valent quinze à seize mille livres de plus que les trente-six mille livres, et que le blé enchérissant comme il fait, il sera avantageux au roi que les munifionnaires en fassent le remplacement.

MAZARIN A LE TELLIER

12 novembre 1641.

Monsieur, depuis ma dernière lettre écrite, j'ai reçu celle dont il vous a plû me favoriser du 3 du courant, avec le mémoire des hommes que doivent de reste au roi de l'année passée, les officiers d'infanterie de son armée. Vous ne vous lassez point de donner de nouveaux sujets de faire louer vos soins et votre diligence qui véritablement ne sauroit être plus grande ni plus utile au service du roi. Je ne perds point d'occasion de la faire valoir, et je vous avoue que je ne serai point en repos que je n'en aie trouvé quelqu'une où par quelque service vous puissiez connoître à quel point je vous suis acquis.

Vous aurez su, je m'assure, les mésintelligences qui sont arrivées en vos quartiers sur l'affaire de Goni, puis sur celle de Revol. Je ne doute nullement, que tout ne s'ajuste avec satisfaction commune, après les lettres que Son Eminence en écrit. Et vous rendrez un service dont on vous saura gré, si vous contribuez quelque chose à faire rétablir une bonne intelligence et ôter les semences de division. Entre vous et- moi, on désire avoir Revol, dont on ne doute nullement, de quelque façon que la chose soit passée, après les protestations qu'a fait faire ici Madame par Messieurs

ses ministres, de la remettre à Sa Majesté toutes les fois qu'elle lui témoignera le désirer, et les nécessités qu'elle a de se conformer en tout aux intentions de Sa Majesté, particulièrement en un temps où elle est sur le point de recevoir Goni de nos mains, qui lui est bien plus avantageux et considérable. Et vous verrez aussi la lettre que Son Eminence écrit à ce sujet à M. le comte d'Harcourt.

Je vous supplie que tout ce que je vous mande sur ce sujet demeure en confidence entre vous et moi, et cependant de me croire, etc....

LE TELLIER A DES NOYERS

Turin, 19 novembre 1641.

Monseigneur, j'ai reçu votre dépêche du 27 du passé avec celles du roi de même date, concernant l'établissement du quartier d'hiver, les six mille paires d'habits pour l'infanterie, des paillasses et des couvertures pour la garnison de Ghivasso. J'ai pourvu à Ghivasso de ce qu'il faut, c'est-à-dire que les ouvriers travaillent et que dans le quinze du mois prochain tout sera en bon état, en sorte que le soldat perdra l'aversion qu'il a eue jusqu'ici pour cette garnison là, qui est traitée, depuis six mois, à l'égal de celle de Turin. Je pourvoirai aussi aux habits de Tinfanterie le plus tôt que je pourrai ; la dépense en sera plus grande que de la montre, mais elle sera bien aussi utile pour le moins.

M. Talon m'a fait voir l'ordre que vous lui avez donné de chercher des munitionnaires qui entreprennent toute la fourniture conjointement ou séparément. Il y a plus d'un mois que j'y travaille, me souvenant fort bien de la peine en laquelle nous avons

été pendant les trois premiers mois de cette année. Il se présente une occasion, la plus favorable que vous puissiez avoir, d'avoir un marché raisonnable, qui est que M. le préfet de Sena s'en va présentement à la cour pour traiter des affaires de Madame la duchesse de Savoie, lequel m'a dit qu'il proposera de donner la munition à c^lui qui fournit les troupes de Son Altesse, lequel il fera cautionner en France et en Piémont de plus de cent mille livres. Et il m'a assuré qu'il en fera meilleur marché que ne voudront faire Carezennes, si bien que vous aurez à choisir.

Ledit sieur de Sena est homme de beaucoup de sens, d'autorité dans le pays et qui sait les adresses nécessaires pour faciliter tout ce qu'il voudra entreprendre. Si bien qu'on peut être en sûreté, quand il aura promis quelque chose. Il est connu de M. Mazarin qui vous pourra dire plus particulièrement ce qu'il vaut, et les assurances qu'on peut prendre en sa parole. Il va en France pour autres affaires, jamais on ne se déflera qu'il traite de la munition. 11 s'en est expliqué à moi, et m'a dit qu'il ne communiquera son dessein à personne.

Il m'a aussi ajouté que celui qu'il proposera a vingt mille sacs de grains de provision qui est une grande avance. Tout ce qui est à observer à mon avis est de prendre garde, s'il se voudra obliger de fournir, eu cas que l'armée sorte de Piémont où il a ses habitudes, qui lui donnent des avantages qu'il ne trouverait pas ailleurs.

En tous cas vous choisirez, mais si les anciens veulent faire pareille condition, je prends la liberté de vous dire qu'il est expédient de les continuer, afin de n'éprouver point l'industrie d'un homme nouveau: pour vous aider, je vous enverrai le prix des blés en

tout le Piémont, par la première occasion. Ledit sieur préfet partant dans trois jours, je me suis pressé de vous faire cette dépèche que je finis par les assurances que je demeurerai toujours, etc.

MAZARIN A LE TELLIER

19 novembre 1641.

Monsieur, j'ai reçu la lettre dont il vous a plu me favoriser du 2 du courant, accompagnée du mémoire que vous m'avez adressé touchant les expédiens qu'on pourroit prendre pour châtier les officiers qui n'ont pas satisfait à \e\it traité Tannée dernière, et faire que le roi en profitât celle-ci pour les recrues. J'ai pris plaisir à le considérer, et de plus il a été examiné en présence de Son Eminence par M. des Noyers. On a extrêmement loué votre zèle et votre diligence; le projet que vous avez fait a été trouvé beau et bien raisonné, mais l'exécution un peu difficile, néanmoins je m'en remets entièrement à ce que vous en écrira M. des Noyers.

Quant aux avis que vous me donnez, je vous avoue qu'ils m'ont surpris, s'étant passé autrefois, ce que vous savez. Vous devez être satisfait de faire de votre côté, ce à quoi vous êtes obligé du reste. Il faut prendre patience, quand les remèdes ne dépendent pas de nous. Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur, etc.

Monsieur, vous recevez, je m'assure, par cette voie, la route (feuille de) que M. des Noyers adresse par delà pour le régiment du colonel Monti, au cas que Madame trouve bon de l'envoyer en Roussillon. Vous aurez aussi ordre de leur faire payer, avant leur départ, la moitié de leur recrue : à quoi je vous sup-

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plie de tenir la main, qu'il ne s'y rencontre point de dinicuUé, et les amener à rendre leurs troupes complètes, en les assurant du bon traitement que l'on est résolu de leur faire en France.

DBS NOYERS A LE TELLIER

19 novembre 1641.

Monsieur, je commence par une confession et vous dis que la lettre dernière que vous écriviez à M»' le Cardinal ayant été perdue entre les mains de ceux qui la lui dévoient bailler, vous m'en renverrez, s'il vous plait, une autre que je lui mettrai moi-même en main propre.

Je viens aux affaires et vous confirme ce que je vous ai déjà écrit souvent : nous ne vous demandons pas si Ion doit châtier ceux qui ont manqué à leurs traités, mais que vous le fassiez, et alors, quand vous nous enverrez des effets et non des avis sur ce sujet, nous vous dresserons des statues. Et si Ton ne vous proposé pas de les châtier aux dépens de notre montre à laquelle on ne veut point absolument que l'on touche, car ce seroit faire la punition d'un crime aux frais de la partie offensée, mais l'intention du roi (est) que cela se fasse à ceux des coupables que, s'ils ne sont pas sur les lieux, je vous assure qu'en m'envoyant vos jugemens, je les ferai exécuter.

Je vous recommande trois choses dont j'écris à M. le comte d'IIarcourt : envoyer de l'infanterie et de l'argent à Casai, faire passer en toute diligence La Motte, Courcelles et La Tour, et remplacer les deux compagnies Magalotti.

Le roi ayant prié Madame de lui prêter le colonel

Monti avec son régiment, et deux compagnies de dragons ou carabins du marquis Villa et d'une autre qui sont au roi, pour une occasion pressante en Roussillon, je vous prie de ne pas faire difficulté de leur faire payer la moitié de leurs recrues à Turin, et je vous en ferai rembourser à Lyon ; il faut deux mille cinq cens livres au colonel, deux mille à chacune des autres compagnies, et lorsqu'elles arriveront à Tarmée avec leur nombre complet comme Tannée passée, elle toucheront leur autre moitié, ainsi que M. Mazarin leur mande.

La décharge de tant de troupes que Ton retire du Piémont vous doit grandement faciliter la levée de la subsistance de celles qui y restent. Vous ne manquerez pas de vous en prévaloir, non plus qu'à me croire, etc.

J'ajoute ces lignes à la lettre que je viens d'écrire pour vous donner part d'une demande que le roi fait à Madame de six de ses compagnies de cavalerie pour aller servir pendant cet hiver dans le Roussillon, lequel ne peut se dédire de tomber nécessairement entre nos mains, si nous ne pouvons empêcher le secours que les Espagnols y destinent et qu'ils préparent avec diligence. Son Eminence en écrit à Madame. Elle jette les yeux sur M. le colonel Monti pour servir en cette occasion et lui en écrit aussi un mot et à M. le marquis Villa. Sa Majesté trouve bon de donner satisfaction au comte Sanctus de mettre sa compagnie de carabins en chevau-légers, à condition pourtant qu'elle continuera de servir en carabins, quoiqu'elle soit traitée pour les paiemens comme celle du comte Braida, comme j'ai cru vous devoir donner avis.

LETTRE DU ROI A LE TELLIER

31 novembre 1641.

Monsieur Le Tellier, désirant reconnoître en la personne du jeune Gaya les services qui m'ont été rendus par feu son père, espérant qu'il continuera dans le même zèle qu'il a fait paroître jusques à la fin, ayant perdu la vie pour mon service, je mande à mon cousin le comte d'IIarcourt qu'il fasse servir à Casai la compagnie de carabins que ledit Gaya doit rétablir. De quoi j'ai bien voulu vous donner avis par cette lettre, et vous dire que mon intention est que vous favorisiez ledit Gaya en tout ce que dépendra de vous, comme une personne que je tiens en particulière considération. Et sur ce je prie Dieu, etc.

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