‹ Michel Le Tellier, son administration comme intendant d'armée en Piémont, 1640-1643Chapitre 162 sur 178 · RICHELIEU A LE TELLIER · texte numérisé non relu

RICHELIEU A LE TELLIER

10 février 1642.

Monsieur, les plaintes qui ont été faites au roi du mauvais ordre qui a été apporté à l'établissement des quartiers d'hiver dans le Piémont où l'on fait payer le régiment de Normandie à dix-sept cens hommes, ont tellement touché Sa Majesté, qu'elle m'a commandé de vous faire cette lettre pour vous dire qu'elle désire que vous lui fassiez savoir particulièrement qui sont ceux qui ont donné cet ordre et sur quoi on s'est fondé, n'y ayant point d'apparence que ledit régiment ait à beaucoup près de ce nombre d'hommes. Sa Majesté désire aussi que M. Du Plessis-Praslin et vous.

pourvoyez de telle sorte à ce désordre et à tous les autres dont ont se plaint, qu'elle n'en entende plus parler autrement. Elle se prendra à vous des inconvéniens qui en pourront>rriver, ayant l'un et l'autre le pouvoir que vous avez dans l'armée d'Italie. Il vous sera bien aise de régler les choses en sorte que tout le monde soit content. Je vous en prie et pour le bien du service du roi et pour votre intérêt propre qui me sera toujours recommandation comme étant, Monsieur, etc. La plupart des troupes d'Italie recevant pour beaucoup plus d'hommes qu'elles n'en ont, l'intention du roi est que vous les régliez, et réduisiez leur paiement sur le nombre effectif, à quoi vous satisferez, s'il vous plaît.

LE TELLIER A MAZARIN

12 février 1642.

Monseigneur, les agens de MM. les princes tirent toujours la négociation en longueur; on leur a promis ici de résoudre toutes les difficultés dans vingt-quatre heures, tant à l'égard du roi que de Madame; sinon qu'ils aillent quérir des résolutions conformes aux propositions qu'on leur fait et les rapporter dans dix jours, précisément, et, en cas qu'elles n'agréent à MM. les princes, qu'ils ne prennent pas la peine de revenir ni de traiter davantage.

A l'égard du roi, ils demandent toujours du temps, après les ratifications fournies, pour se défaire des Espagnols et se déclarer pour le service du roi. Et M. le prince Thomas encore du temps pour savoir des Espagnols s'ils veulent restituer les places et lui rendre M"" la princesse de Garignan, sa femme, messieurs ses enfans, pendant lequel temps, il ne veut pas porter les

armes contre les Espagnols, Et à l'égard de M. le prince Cardinal, ne veut point restituer Nice et les autres forts, que la dispense pour raison de son mariage avec M""* la princesse ne soit arrivée de Rome, et M. le prince Thomas ne veut point s'accommoder qu'en même temps que M. le Cardinal, son frère.

Si bien qu'il semble qu'ils n'aient autre dessein que d'éviter l'échec qu'ils appréhendent de recevoir pendant cette campagne, pendant laquelle, ils feront naître tant dlncidens, tant à la restitution des places que sur le sujet de l'expédition de la dispense, que M. le prince Cardinal ne se défera point de ses places, et M. le prince Thomas ne réussira point avec les Espagnols, et au commencement du quartier d'hiver leurs traités seront au même état qu'ils sont à présent.

Je rends grâces très-humbles à Votre Eminence dés bons offices qu'il lui a plu me rendre auprès de M. le duc de Bouillon ; je ne doute pas que, quand il saura que Votre Eminence me fait l'honneur de m'avouer pour son serviteur, je ne reçoive de lui en toutes occasions des témoignages de sa bienveillance, et que je ne trouve toute facilité à servir le roi auprès de lui.

Je continue à écrire à Votre Eminence et l'informer de tout ce qui se passe en ces quartiers, pour satisfaire à l'ordre qu'il lui a plu m'en donner en partant d'ici, sans dessein de la surcharger de peine à faire réponse aux lettres, sinon au temps qu'elle jugera nécessaire pour le bien du service du roi et du sien particulier.

Je suis très obligé à Votre Eminence des assurances qu'il lui plaît me donner de la continuation de sa bienveillance : je l'assure qu'elle ne fera jamais part à personne qui la serve avec plus de fidélité que moi, ni qui soit avec plus de passion, etc....

DES NOYERS A LE TELLIER

19 février 1642.

Monsieur, trouvant Toccasion de ce gentilhomme, j'en profite pour vous dire que j*ai reçu toutes les dépenses et les états y joints dont je vous rends grâce du meilleur de mon cœur, aussi bien que des témoignages d'amitié que vous me donnez particulièrement. Je dois vous donner avis qu'en vérité on trouve beaucoup à redire ici,, à la dépense du quartier d'hiver du Piémont et que Sa Majesté a peine à souffrir que l'on ruine le pays de M. de Savoie, sans fruit et sans nécessité. Nous avons remarqué ce désordre de plus près, lorsque nous sommes venus à travailler aux recrues de votre armée, où nous avons trouvé que payant dixhuit cens payes ou places à Normandie, il ne lui falloit point de recrues ; neuf cent et tant à Marette-Gonor, il ne lui en falloit que deux ou trois cens, bien qu'il en demande mille et qu'il proteste n'avoir que deux cens hommes en Piémont. Voyez, je vous prie, quelle proportion il y a entre l'effectif et ce que vous faites payer (par) delà. Vous pouvez voir et juger du reste. Remédiez-y, je vous en prie, pour l'amour de vous-même et me renvoyez un état au vrai du nombre d'hommes dont nous pouvons faire état en Italie, afin que sur cela nous augmentions nos recrues. Car si Ton suivoit celui que M. le préfet de Sena a baillé, il en faudroit bien fort peu ; mais le service du roi veut des hommes et non des troupes imaginaires et en papier; répondez, je vous prie, au plus tôt.

Si l'on met le pain à quarante deniers et que l'on donne caution de la somme que vous m'avez mandée à Lyon, vous pouvez conclure le marché, sans crainte

que les anciens munitionnaires soient préiérés, et ne marchandez point.

Je suis demeuré ici assez embarrassé près de Sa Majesté pour répondre de votre conduite au sujet de ce grand nombre de rations que l'on distribue dans les quartiers, et de la faiblesse que Ton dit être dans les corps des régimens à votre su et à votre vue. Et cela même a donné à Son Eminence de vous en écrire et à M. Du Plessis-Praslin, afin de savoir la cause. Gela m'oblige à vous presser ou d'y remédier ou de m'envoyer de quoi vous défendre.

Un état bien exact au vrai de toutes les troupes, tant de la campagne que des garnisons, sans omettre Turin, Pignerol et Casai, nous mettra hors de peine, et, en attendant que vous puissiez tout avoir, envoyezmoi, par avance, tout ce que vous pourrez voir et apprendre avec quelque certitude, et ne doutez que je ne sois. Monsieur, etc....

Mêmes recommandations, s'il vous plaît, à M. du Plessis-Praslin et à M. d'Aiguebonne , auxquels je n'ai le loisir d'écrire.

LETTRE DU ROI A LE TELLIER

- 25 février 1642.

Monsieur Le Tellier, ayant estiméà propos d'ordonner pour commissaires particuliers en mon armée d'Italie des personnes dont la fidélité soit particulièrement connue, j'ai choisi les sieurs Gitois Depoix et Jouesy pour les employer aux montres et revues des troupes de mon armée d'Italie, sous vos ordres et sous la direction du sieur Talon que j'ai ci-devant commis à faire les revues générales de toutes mes troupes étant en Piémont. De quoi j'ai bien voulu vous donner avis.

afin que vous les assistiez de tout ce qui dépendra de votre autorité pour leur donner moyen de s'acquitter dudit emploi, suivant l'ordre que je leur en ai fait expédier. Auquel me remettant, je prie Dieu, etc.... Ecrit à Saint-Vallier, le 26 février 1642.

Signé : Louis, et plus bas, Sublet.

LE TELLIER A DES NOYERS

27 février 1642.

Monseigneur, si j'avois eu l'honneur d'être auprès de vous lorsque vous avez examiné l'état que vous a donné M. le préfet de Sena, vous n'auriez pas pris si mauvaise opinion de ma conduite en l'établissement du quartier d'hiver de celte année, que vous témoignez avoir, par votre dépêche du 19 du courant. Je m'assure que je vous aurois fait voir que le Piémont n'est pas si chargé et qu'il n'y a pas tant d'abus au fait de la subsistance, comme Ton vous a voulu faire croire. Pour me convaincre , vous cotez les régimens de Normandie et de Lamarette-Gonnor; permettez-moi, s'il vous plaît, que je me serve de ces deux mêmes pour me justifier.

Le régiment de Normandie a pris pendant toute la campagne de l'année dernière dix-neuf cens rations de pain, parce qu'on n'a point fait de revue, sinon au camp de Goni ; l'ayant compté à un effectif trop fort, on fut contraint de le réduire sur l'ancien pied à la fin de la campagne. On fit une revue pour l'établissement du quartier d'hiver des troupes , en laquelle ce régiment passa à dix-sept cent cinquante hommes y compris les hommes commandés pour faire garde dans Quérasque, et ceux qui étoient dans les hôpitaux ; on

les réduisit à quatorze cent pour Coni. Il peut y avoir quelque mécompte, mais non pas bien grand, car je Tai vu entrer et sortir des tranchées sur la fin du siège de Coni avec huit à neuf cens hommes sous les armes. Il avoit dans les hôpitaux et dans le camp deux cens malades ou blessés, à quoi ajoutant les valets de quatre-vingt-dix officiers d'un ancien régiment qui étoient presque tous présens, je ne crois pas qu'on leur ait fait grâce de trois à quatre hommes par com-^ pagnie. En conséquence de cette réduction, on leur a accordé subsistance pour quatorze cens soldats seulement, et parce que le roi fait payer trente-huit sols par jour à chacune compagnie pour appointer les meilleurs soldats, on leur a ordonné neuf places et demie de fantassins pour chacune des trente compagnies, pour les sergens, caporaux et ampessades ; ce qui a enflé Tordre jusqu'à dix-sept cens places, lequel n'a duré que pendant le mois de novembre seulement, et sur ce pied, il lui faudroit sept cens moins dix hommes de recrues.

Pendant les mois de décembre et de janvier, ayant appris par les visites que j'ai fait faire dans les quartiers, ce à quoi on s'étoit mécompte en faisant les ordres du quartier d'hiver, lorsqu'il a plu au roi d'ordonner que les munitionnaires fourniroient le pain à rinfanterie, jai réformé le régiment de jNormandie à mille cinquante, sans comprendre les hautes payes ; et ainsi tous les autres qui sont en quartier d'hiver, selon la connaissance que j'ai eue du nombre effectif d'hommes qu'ils ont, ainsi que vous avez pu voir par rétat que j'en ai fait délivrer au munitionnaire pour le fonds du paiement qu'il prétend.

Mais ce qui retranche toute difficulté, c'est que l'abus qui a pu être dans l'établissement du quartier

d'hiver de l'infanterie n'a point du tout été à charge au pays, parce que nul régiment fors celui de Normandie n'a tiré avantage du nombre des places qui lui a été accordé, les soldats effectifs ayant été seulement nourris sans que les officiers se soient fait payer aucune chose pour les places de fantassins absens : le roi seul y eût eu intérêt, si on eût continué la fourniture du pain sur le pied de leur établissement ; ce qui est si véritable qu'il n'y a pas un des ministres de Madame qui en voulut disconvenir, quelque passion qu'ils aient d'exagérer les avantages que les troupes du roi tirent du Piémont.

C'est sans doute à ce dessein-là qu'on a employé le régiment de Gonnor dans l'état des troupes qui vivent aux dépens du pays et que l'on a fait monter à neuf cens hommes; car je vous assure qu'il a toujours servi à Goni, depuis que le roi en a été maître et qu'il y est entretenu aux dépens des finances de Sa Majesté sur le pied de cinq cens hommes seulement et non pas de neuf cens hommes. Et je m'étonne comment le mestre de camp de ce régiment dit qu'il n'a laissé que deux cens honimes en Piémont; car depuis la mort de M. de Lamarette, je l'ai vu sortir des tranchées devant Goni avec quatre cens hommes effectifs sous les armes, sans compter les valets, les malades et les blessés. G'est un artifice de gens de guerre de faire toujours leurs troupes très-fortes, quand il est question de prêt, de montres ou de quartier d'hiver, et les affoiblir pour les recrues. M. de Salis, qui commande dans Goni et qui peut juger de la force de ce régiment par la garde, m'a écrit depuis peu qu'il dépassoit quatre cens hommes de service. Sans doute que pour enfler le cahier, on n'aura pas manqué d'employer dans votre état les Suisses, lesquels ont tou-

jours servi dans Coni et y vivent aux dépens des montres qu'il plaît au roi leur ordonner. J'espère que vous jugerez de tout cela que le nombre qu'on a accordé au çégiment de Normandie n'est pas exorbitant, que l'abus qu'il y a eu dans l'établissement du quartier d'hiver de l'infanterie n'a pas été à charge au pays, et qu'on peut s'être mépris en faisant Tétat qu'on vous a donné, puisqu'on y emploie le régiment de Gonnor qui ne tire rien du pays.

Mais quand l'abus du quartier d'hiver auroit été plus grand, vous avez trop de justice. Monseigneur, pour me les vouloir imputer, par ce que, comme vous savez trop mieux, MM. les généraux sont plénipotententiaires, et ne veulent pas être contredits en choses qu'ils croient leur pouvoir complice ou pour conserver les bonnes grâces des gens de guerre, comme est le quartier d'hiver que les officiers sollicitent deux bons mois par avance.

Je pense avoir ouï dire à M. Talon qu'on lui a offert de faire la munition à moins de quarante-deux deniers, pourvu qu'on ne donnât point de préférence aux anciens munitionnaires; mais je n'en ai point de connoissance, M. Talon est à présent auprès de vous, qui vous en pourra informer.

Chacun attend avec Impatience l'événement de la négociation de MM. les Princes. M. le comte de Gameray, lils de M. le marquis Villa, allant par le Pô à Ferrare avec toute sa famille, a été arrêté ces jours passés par les troupes de M. le prince Thomas qui l'a renvoyé pour continuer son voyage, sur la promesse qu'il a signée de retourner à Ivrée, au cas que le traité ne se parachève point. Il lui a fait rendre deux mille pistoles et pour neuf mille écus de pierreries qui avoient été prises dans son bagage.

Gepondant, faitos-moi Thonnear de me continuer votre bienveillance comme à celui qui est avec passion, etc..

DES NOYERS A LE TELLIER

5 mars 1642.

Monsieur, j'ai plus de peine à prendre mauvaise opinion de ceux qui servent qu'aucun de ceux qui sont dans l'emploi, et lorsque je vous ai écrit que l'on se plaignoit de la profuiâon des quartiers d'hiver du Piémont, je vous ai mandé que M. le préfet de Sena m'en avait donné les états par le menu et que je vous priois de me mander si vous en conveniez. Non que j'y ajoutasse foi comme à l'évangile, et je m'asbure que, quelque modéré que vous soyez, vous n'en eussiez pas usé autrement que moi. Que si le préfet de Sena a aidé à la lettre, il a tort, car il l'a fait avec des imprécations et sermens qui me faisoient trembler. Enfin, Monsieur, je serai ti ès-aise qu'il ne se trouve point de désordre et que le Piémont n'ait pas eu la moitié de la foule (fouler, opprimer) que l'on nous avoit voulu faire croire. D'autre part, je ne puis avoir aucun sujet de satisfaction qui me chatouille davantage que celui qui me vient de la force de nos troupes. Vous aurez maintenant les sentimens de la cour sur la proposition de l'accommodement des Princes; je désire qu'il soit plus sincère que ce qui s'en est traité jusqu'ici.

Je finis ces lignes, après vous avoir remercié du soin que vous avez eu de m'envoyer l'état de la force de nos troupes du Piémont; si celui de la cavalerie s'y fût trouvé, la diligence étoit parfaite; mais je ne vous laisse pas de vous en rester obligé et de désirer

18i 11-12 MARS 1642.

l'occasion de pouvoir faire connoître par effet que je suis, etc....

Depuis cette lettre écrite, j'ai eu charge de vous prier de m'envoyer un état de la recette et dépense du fonds de la dernière montre de l'armée d'Italie, qui a été retenue aux troupes, afin que nous puissions voir à quoi elle a été employée etce qui en reste ès-mains du trésorier. Il ne faudra pas pour cela m'envoyer un courrier exprès, les ordonnances étant aussi propres pour les affaires de cette nature.

LE TELLIBR A MAZARIN. — EXTRAIT

il mars 1643.

Pendant que Votre Emînence sera à Rome, je prendrai la liberté de lui faire savoir ce qui se passera en ces quartiers-ci. Je la supplie très-humblement, auparavant que partir, de témoigner à M. de Chavigny qu'elle me fait l'honneur de croire que je suis véritablement, etc..,.

LE TELLIER A DES NOYERS

Turin, 12 mara 1642.

Monseigneur, j'ai reçu par les mains de M. le préfet de Sena les ordres du roi qu'il vous a plu expédier touchant la police de cette armée, lesquels j*ai fait imprimer et publier par tous les quartiers chargés du logement des troupes. Je mettrai ma peine à les faire exécuter; si ce qui restera de bien dans le Piémont, après le quartier d'hiver, me devoit appartenir, je ne prendrois pas plus de soin que je fais du soulagement du pays. Ce n'est pas que je connoisse bien qu'il s'y peut mieux faire, mais j'avoue ingénument que mon indus-

trie ne va pas au-delà ce que je fais. Il n'y a pas tant de mal comme on vous a dit.

Le sieur préfet de Sena m'a rendu aussi une lettre du roi, parlaquelle Sa Majesté m'ordonne d'accorder la subsistance seulement aux officiers qui ont servi pendant la campagne et sont partis de Piémont en congé visé de moi. Ce que je ne puis exécuter, d'autant que je n'ai visé aucuns congés accordés par celui qui commande les armées de Sa Majesté, l'usage de cette armée ne portant pas que Tintendant vise les congés, et n'ayant point eu ordre contraire depuis que j'ai l'honneur d'y servir; si bien que ce règlement de viser les congés ne peut avoir lieu, qu'il ne vous ait plu préalablement d'envoyer un ordre du roi bien précis pour cela, qui ait été publié dans l'armée et aux passages du Piémont. Cependant, je vous puis bien répondre qu'aucun officier n'a été employé dans l'établissement du quartier d'hiver qu'il n'ait servi pendant la campagne et ait été passé comme présent dans les revues qui ont été faites, sur lesquelles les ordres ont été donnés.

Je vous envoie l'extrait de la dernière revue qui a été faite de la garnison de Casai que m'a envoyé M. de Counonges, de laquelle vous connoîtrez au vrai sur lequel pied vous leur devez accorder leurs revues.

Je finirai en vous assurant que je suis de tout mon cœur, etc....

MAZARIN A LE TELLIER

28 mars 1649.

Je commencerai bientôt à faire faire la levée d'un régiment d'infanterie italienne, pour lequel le roi m'a accordé le même traitement qu'au régiment de ses gardes françoises.

M. Talon a confirmé de fort bonne grâce tout ce que j'ai dit en diverses rencontres à votre avantage, et je me suis réjoui bien fort de le voir si partial à votre endroit et de vos intérêts. A son retour, il vous entretiendra de beaucoup de choses ; c'est pourquoi je me dispense d'en parler à présent.

En continuant à servir comme vous faites, je vous peux cautionner de la protection de M. des Noyers, et qu'il s'emploiera très-volontiers en tout ce qui vous pourra être avantageux.

L'indisposition de Son Eminence m'a retenu jusqu'à présent à la cour ; j'espère que dans trois ou quatre jours sa santé sera parfaite, et que je partirai en même temps pour Rome, pour retourner en France au mois de septembre, afin de pouvoir assister à l'assemblée générale qui se doit tenir en Allemagne pour le traité de paix. En quelque lieu que je sois , ce sera toujours avec une inclination toute particulière de vous faire connoître que je suis, etc....

LETTRE DU ROI A LE TELLIBR

31 mars 1642.

Monsieur Le Tellier, ayant su le mauvais état auquel est la compagnie de carabins de La Noue, et ayant reçu de grandes plaintes des désordres extrêmes qu'elle a commis en plusieurs lieux de Piémont, j*ai résolu non-seulement de la licencier, mais aussi de faire châtier exemplairement ledit La Noue et ceux de ladite compagnie qui se trouveront coupables des crimes dont il est accusé, et, pour ne pas perdre de bons soldats, s'il y en a, je mande audit sieur La Noue de congédier les officiers d'icelle et d'en faire entrer les soldats dans telle compagnie qu'il lui sera commandé

par mon cousin le duc de Bouillon. De quoi j'ai voulu vous donner avis par cette lettre et vous dire que vous ayez à faire arrêter ledit La Noue et ses complices. S'il y a lieu de vérifier lesdites plaintes contre eux et qu'en ce cas vous ayez à leur faire et parfaire le procès, suivant la rigueur de mes ordonnances, me rendant compte de la diligence que vous avez apportée pour l'exécution de ce qui est en cela de ma volonté. Et la présente n'étant pour autre fin, je prie Dieu, etc.... Ecrit à Narbonne, le 31 mars 1642.

J'ajoute ce mot pour vous dire que je vous adresse cette dépêche pour en user ainsi que vous estimerez être juste et à propos, voulant que si vous savez certainement que l'on puisse vérifier ce dont il a été accusé, vous la fassiez exécuter, sinon que vous la supprimiez à son égard. Et que si la compagnie est hors d'état de servir, vous la faussiez licencier ou mettre en mousquetaires à cheval, suivant ce que mon cousin le duc de Bouillon a proposé sur ce sujet.

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