VI
il ne sera pas nécessaire de lui donner dix pistoles comme aux autres.
Je suis satisfait de tout ce que vous m'écrivez touchant le conseil de guerre qui fut tenu à Turin. M. de Gastellan m*a dit là-dessus les mêmes choses que vous m'écrivez.
Son Eminence est déjà partie de Tarascon.
LE TËLLIER A DES KOYERS.
22 août 1642.
Monseigneur, hier M. le duc de Longueville arriva en cette ville d'où il partira demain matin pour se rendre au camp de Fontenay, où est la meilleure partie de l'armée ; le reste est devant Cressentino au>près de M. le prince Thomas , qui espère d'emporter cette place dans la fin de cette semaine. M. de Saint*' André y est aussi qui commande une attaque.
W le duc de Longueville fait état en passant au camp de M. le prince Thomas de résoudre avec lui en quoi il emploiera l'armée après la prise de Cressen** tino, et aân que rien ne soit retardé faute d'argent, il a séjourné ici aujourd'hui pour me donner temps d'emprunter soixante-un mille huit cens livres, de Canet, banquier, en attendant la voiture destinée pour cette armée (*). Nous sommes en un poste ruiné par les ennemis, la nécessité est si grande que les soldats n'osent s'écarter à cause des garnisons de Trin, Verceil et Samet Jean-Joseph, où ils vont se rendre aux ennemis contre leur coutume. Nous en avons perdu vingtneuf d'une bande en un jour, et dix-neuf en un autre.
(1) Ce passage-là n^est pas clair dans le manuscrit N* 5159, p. 42, nous Tavons un peu modifié.
Pour empêcher que les cavaliers ne courent et que les ennemis ne profitent de leurs chevaux, ces Messieurs ont fait donner du pain à la cavalerie depuis le 8 du courant, et on continuera jusqu'à ce que nous ayons changé de quartier. Et parce que, s'il n'y a dans la Toiture de quoi suffire à la dépense du tiers d'une montre, ce qu'on envoie ici d'argent ne profitera pas comme il devroit, notamment à cause qu'il faut payer les troupes de Son Altesse et de MM. les princes en même temps, pour ôter tout sujet de mécontentement. Je vous envoie un état de la dépense qu'il convient faire promptement, et je vous supplie très-humblement, Monseigneur, de vouloir bien vous souvenir des garnisons en même temps, lesquelles languissent depuis trois mois. Le régiment du colonel Rhoon fait grand besoin. Je l'ai entretenu le moins mal que j'ai pu jusqu'ici; pourvu que l'argent ne tarde plus guère à venir, je crois que les officiers auront patience, ils sont encore moins traitables que les François.
Il y a plusieurs officiers d'infanterie qui n'ont pas fait des hommes pour l'argent qu'ils ont reçu pour les recrues, lesquels m'ont offert de prendre l'argent, et entre autres M. de Navailles, dont les officiers n'ont passé que cent cinquante-huit hommes en tout, au lieu de cinq cens qu'ils doivent faire. Mais je n'ai pas voulu souffrir qu'ils le restituassent sans votre ordre sur cela : ils craignent d'en être recherchés à la fin de la campagne. Je vous supplie très-humblement, Monseigneur, de me faire savoir votre intention et de croire que je suis toujours comme je dois, etc....
MAZARIN A LE TELLIER
33 août 1642.
Je VOUS fais la présente pour vous prier d'avoir en particulière recommandation les intérêts de M. de Castellan, et particulièrement que vous lui fassiez payer par mois les appointemens de mestre de camp général de la cavalerie légère sur le même pied et conformément qu'en étoit payé M. le vicomte de Turenne, prenant garde, s'il vous plaît, que ledit paiement se commence du jour de la commission que le roi lui en a accordée. Vous m'obligerez aussi de lui faire donner la subsistance pour ses chevaux, pendant le voyage qu'il a fait, comme on a accoutumé de les donner aux maréchaux de camp, conformément à une lettre du roi que vous en avez reçue. Et me remettant audit sieur de Castellan à vous entretenir au long de l'état des affaires de deçà, je demeure, etc....
MAZARIN A LE TELLIER
30 août 1643.
Monsieur, vous n'avez pas de commis qui travaille plus que moi pour vous faire tenir de l'argent, et je crois aussi pouvoir dire avec vérité que le roi n'a pas beaucoup de serviteurs qui le ménagent comme vous faites pour son service. De vous le dire ce n'est pas grand'chose , c'est pourquoi vous pouvez être assuré que je ne perds pas l'occasion de déclarer cela. (Le reste traite du régiment d'Italiens que recrute Mazarin.)