‹ Michel Le Tellier, son administration comme intendant d'armée en Piémont, 1640-1643Chapitre 83 sur 178 · INTRODUCTION. LXXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LXXXVII

d'Etat qui honore tout gouyernement qui la met en pratique, et se résumant comme suit : dans le maniement des affaires, il ne faut pas faire tout ce que la rigueur de la justice nous dicte, il faut quelquefois donner satisfaction de notre conduite à ceux-là même qui, par la leur, semblent vouloir nous obliger à faire le contraire 0).

Les tarifs, arrêtés par le roi ou par Madame pour les militaires en cantonnements, quoique trèsélevés, étaient souvent dépassés par les exigences des troupes. Le Tellier écrit à Des Noyers ; « J'ai » été dans quelques quartiers informer des dé- » portemens des gens de guerre; j'ai trouvé » des traités avec les habitans, signés des offi- » ciers, par lesquels j'ai appris que les cava-

* liers se font payer à plus haut prix que ne

* portent les ordres de Madame. MM. Du Plessis » et Castellan , maréchaux de camp , ayant vu

* qu'une compagnie de dragons vivoit avec dé- » sordre , l'ont tirée du quartier et envoyée en » garnison à Quérasque où je leur fais donner » leur subsistance si modérément que le séjour » qu'ils y feront, leur pourra servir de péni-

* tence. 0 Ce petit châtiment a donné de la ter- Ci) Des Noyers à Le Tellier, 2 novembre 1641, p. 127.

(3) Le Tellier â Des Noyers, 4 février 1641, p. 41.

LXXXVni INTRODUCTION.

» reur aux autres, en sorte 'que je vois qu'au » moins on peut espérer de diminuer beaucoup » le mal qui ne peut être imputé qu'aux offi- » ciers, en ce que, faisant leurs conditions pour » leurs places (') plus haut qu'ils ne devroient, » ils sont obligés de stipuler un avantage pour » leurs cavaliers proportionné à celui qu'ils li- » rent pour eux.

» Outre ce qu'on tire du pays , il y a des ca- » valiers qui se môlent d'aller sur les grands » chemins troubler le commerce qui seul peut » entretenir le Piémont, en volant les mar- » chauds, prenant leurs voitures. Deux cavaliers » ont été à Carmagnole saisis de la marchan- » dise qu'ils venoient de voler; je me rendis » sur les heux, et, le 1" du courant, instruisis » le procès et le jugeai le matin avec les offî- » ciers, et le fis exécuter l'après-dîner. Leurs » corps sont aux avenues des grands chemins D avec des écriteaux pour la satisfaction du pays >i et servir d'exemple aux autres (^).

Ces exécutions, quel que soit le coupable, excitent toujours une certaine pitié. Le Tellier rend compte à Des Noyers d'un incident de ce genre : « Je fis arrêter aux portes de Turin , le

(1) Places est ici synonyme de rations de fourrages.

(2; Le Tellier à Des Noyers, 4 février 1641, pp. 41 et 42,

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