‹ Michel Le Tellier, son administration comme intendant d'armée en Piémont, 1640-1643Chapitre 85 sur 178 · INTRODUCTION. XCI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XCI

» laquelle Son Eminence désire que vous vous

» attachiez, est de chercher le moyen d'empô-

» cher les courses que vos gens de guerre font

» dans toute retendue du voisinage de leur loge-

» ment où on dit qu'ils vivent dans une licence

» effrénée... qu'aussitôt que les paysans pensent

» conduire leurs bœufs au labourage, ils sont

* pris de force et enlevés comme dans un pays » de conquête, qu'ainsi la campagne demeure

* déserte et inculte (*). » Le Tellier répond en disant : « On ne vous a pas présenté les choses

* comme elles se passent. Depuis qu'on a as- » signé aux troupes des terres pour subsister... » les paysans labourent la terre et font leur trafic j> en sûreté. On ne vole plus sur les grands che-

* mins et on ne contraint plus les habitans à » payer en les emprisonnant. On a pourvu à ces » deux articles par un règlement dont je vous ai » envoyé copie, et à l'exécution duquel je tien-

* drai la main sans distinction de qui que ce » soit (*^). » Dans cette même lettre, il ne s'agit plus de flagrant délit : « J'ai fait arrêter un ca- » valier du régiment de Cournou, soupçonné » d'avoir volé sur le grand chemin. Après lui » avoir fait son procès, je l'ai fait appliquer à la

(1) De» Noyers à Le Tellier, 2 novembre 1641, p. 125.

(2) Le Tellier à Des Noyers, 12 novembre 1641, p. 132.

XGII INTRODUCTION.

» question, dans laquelle il a confessé d'y avoir » assisté. Il sera jugé demain définitivement à » une peine proportionnée à son crime. »

La duchesse régente appréciait les services de Le Tellier et elle le remerciait en ces termes : « Je vous ai de l'obligation de la peine que vous » prenez à régler les quartiers d'hiver. J'enver- » rai une personne d'autorité au quartier de

* mes troupes pour faire contenir les soldats » dans les bornes du devoir. Cependant, je dé- » sire que vous me fassiez la faveur de me con-

* tinuer vos avis (^). »

Le TeUier ne s'en tient pas là : dans une longue lettre adressée à Mazarin et à Des Noyers sur les jugements des officiers qui n'ont pas fait leurs recrues, comme nous le verrons à l'article suivant, il s'exprime ainsi : « J'ai appris, par » les procès-verbaux des commissaires que j'ai » envoyés dans les quartiers pour observer les » déportemens des gens de guerre, qu'ils ont » fait des traités en vertu desquels ils prétendent » être payés plus que ne portent les ordres. » Afin d'arrêter le cours de ce désordre, j'ai fait » trouver bon à Madame d'enjoindre aux syn- » dics des terres chargées des contributions, de

(1) Madame à Le Tellier, 23 novembre 16 il, p. IH.

INtRODUCTION. XCIII,

» mettre entre les mains d'un président du » Sénat de Turin, l'état des deniers qu'ils ont » payés aux gens de guerre avec les quittances » qu'ils en ont tirées, pour ensuite déduire à » chaque corps, sur ce qu'il devra recevoir à » l'avenir, ce qui se trouvera payé outre et par- » dessus les autres. Et afin que cette déduction » soit moins nuisible aux troupes, elle ne se fera » pas toute à la fois, mais seulement en dimi- » nuant quelque chose de ce qui se devra » payer chaque jour. Mais le soulagement » du pays ne dépend que de l'exécution de ce » projet qui ne réussira pas, s'il n'est autorisé » par ordre du roi bien précis (^). » Nous ne trouvons pas que le roi soit intervenu en cette circonstance; mais comme la mesure était excellente, Le Tcllier, passant outre, l'aura appliquée quand môme-, c'est du moins ce qu'il faut conclure de sa lettre à Des Noyers du 12 avril 1642, dans laquelte il dit : « Les gens de guerre et » les communautés chargées de leur logement » comptent devant moi de leur quartier d'hi- » ver. Ce qui se trouve avoir été trop reçu, sous » prétexte des places mortes (-) ou autrement, » est imputé aux officiers pour l'avenir ; en sorte

(1) Le Tellier à Mazarin et à Das Noyers, H janvier i642, p. 160. (3) Places mortes, rations qu^on convient de payer en argent.

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