‹ Michel Sarrasin [microforme]Chapitre 1 sur 2 · CARTE · texte numérisé non relu

CARTE

y , j nn \ « (Dans les Mémoires de Trévoux, V136.) »

(1) Catalogue d'ouvrages sur l'Histoire de l'Amérique et en particulier sur celle du Canada, ele., avec notes bibliographiques, critiques et littéraires,--en trois parties, —par G, B. Faribault, ayocat, Québec : des presses de W. Cowan, 1837.

M. Sarrasin. {Livraison N° 4]

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ss avons fait copier cette lettre en France, pensant qu'elle avait plus détendue, etnous avouong que nous lui supposions même plus d'intérêt.

M. Michel Sarrasin exerçait à Québec l'emploi de Médecin du Roi. A ce titre élait attaché un bien modeste salaire, fixé à huit cent livres, ancien cours. Il épousa, peu d'années après son arrivée en Canada, demoiselle Marie-Anne Hazeur, issue d'une familleliée aux plus anciennes et plus respectables de la colonie. De ce mariage naquit un fils, qui alla étudier à Paris. Les heureuses dispositions de ce jeune homme lui avaient de bonne heure mérité les sympathies de la Cour. M. Sarrasin étant mort à Québec, le 9 septembre 173%, âgé de 75 ans, la Cour de France, par un acte de bienveillance qui plût beaucoup aux Canadiens, à cette époque, voulut conserver au fils la charge du père, quoique des personnages puissants de la colonie l’eussent à plusieurs reprises, soliicitée pour des sujets bien recommandables. Cetintéressant jeune homme mourut en France, en juillet, 1739.

Pendant son séjour à Québec, M. Sarrasin ne resta point oisif; il sût s'occuper de toutes choses. Les annales des maisons religieuses de cette ville font mention du zèle et du dévouement de ce bon citoyen, en faveur des malades et des infirmes de toutes classes et de toutes catégaries.

ÿes aflaires de famille et des alfsires profession nelles l'appelant en France de temps en temps, M. Sarrasin s’y occupait à donner par écrit des renseignements qui interessaient la science et qui ten daient à disposer les personnages, influents par leur position où par leur savoir, à faire le bien de la colonie.

Dans les procès-verbaux des séances de l’Académie des Sciences, année 1704, p. #8, on a inséré une description anatomique du Castor, faite par ce savant naturaliste, qui était un des membres correspondants

de cette illustre société.

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Comme membre du Conseil Supérieur de Québec, il se distingua par son habileté dans les affaires. C’est lui qui remplaça (en vertu d'une Commission datée du 19février 1733) le Sr. Delino dans la charge de Garde des Sceaux du Conseil Souverain de Québec. (Voyez: £dis et Ordon. Roy. T. If, p. 363, in-#°.)

Le Père Charlevoix, parlant de Sarrasin, nous dit, dans son excellent ouvrage, (Journal d'un vogage, lettre V,) qu’on est surpris véritablement de trouver un homme d'un mérite si universel dans une colonie..….

Comme botaniste, M. Sarrasin a fait beaucoup de recherches sur les plantes du Canada et sur leurs diverses propriétés respectives. L’une des plantes les plus curieuses de nos climats porte son nom. Zlle est connue dans touie l'Amérique. C’est la Surracena purpurea, ge d'un pied de haut environ, dont les feuilles sont teintes de rouge sur les bords et sur les nervures. La fleur, qui esi grande et délicale, estrouge-pourpre au dehors ei verte en dedans. Sa racine est vivace et se plait dôns les terrains humides.

Voici d'ailleurs la description que M. Sarrasin a laissée lui-même de cetie plante. Le R. P. Charlevoix la reproduit dans sa Description des plantes principales de l'Amérique Septentrionnle (T. IV, p. 851, Edit. in-12me et T. IL, p. 57, de l'Edit. in-k).

SARRACENA CANADENSIS, FOLIIS GAVIS ET AURITIS.

« Celie plante est d’un port fort extraordinaire, ga racine est épaisse d'un demi-pouce, garnie de fibres, du collet de laquelle naissent plusieurs feuilles qui, en s’éloignant, forment une espèce de fraise ; ces feuilles sont en corneis longs de cinq à six pouces, fort étroits dans leur origine, mais qui peu à peu s’évasent assez considérablement. Ces cornets, qui commencent par ramper sur la terre, s'élèvent peu à peu, et forment dans leur longueur un

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demi-rond, dont le convexe estau-dessous et le concave dessus ; ils sont fermés dans le fond et souvent en gueule par le haut (2). La lèvre supérieure, quoique dessous (car les feuilles sont comme renversées) est longue de plus d'un pouce, large de deux, arrondie dans sa circonférence ; elle a une oreillette proche et à côté de l'ouverture ; cette lèvre, qui est intérieurement velue et creusée en cuiller, est tellement disposée qu’elle semble ne l'être ainsi que pour mieux recevoir l’eau de la pluie que le cornet garde exactement. La lèvre inférieure, si l’on peut dire que c’en soit une, est fort courte, ou plutôt le cornet est comme coupé, simplement roulé dans cet endroit de dedans en dehors, d’une manière très propre pour affermir celie ouverture. Il rampe sur la partie cave du cornet,une feuille qui n'enest qu’un prolongement. Elle est étroite dans ses extrémités, plus large et arrondie dans son milieu, ressemblant assez bien à la barbe d’une poule d'Inde.

« Du milieu de ces cornets s'élève une tige, longue d’environ une ceudée; elle a la grosseur d’une plume d'oie et elle est creuse. Elle porte à son extrémité une fleur à six pétales de deux facons, dontil y en à cinq disposés en rond, soutenus sur un calice de trois feuilles : du milieu de cetle fleur qui ne tombe point que le fruit ne soit mur, s'élève le pistil, qui devient le fruit, lequel est reievé de cinq côtés, et divisé en cinq loges, qui contiennent des semences oblongues, rayées et appuyées sur un placenta qui l’est lui-même sur une continuation de la tige, laquelle en se prolongeant sort du fruit, de la longueur d'environ deux lignes. C'est sur cette extrémiié, qu'est située la sixième

(2) Aupor, Bon J'ardinier, 1843, p.971, dit do plus que ce cornet est sinué ct ventru, que la plante fleurit en juin-juillet, qu’elle se peut conserver duos los maisons pendant l’hiver, qu’il n’est pas nécessaire de la couvrir pour la préserver da froid si on la laisse

dehors... La plupart des auteurs français la désignent sous le num Sarracenie.

. angle est incisé de la profondeur d’environ deux

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uillo, laquelle est beaucouÿ, plus mince que celles

ui composent la rose ; celles-ci sont dures, épaisses et oblongues, tirant sur le rouge, quand le fruit est mûr. Cette sixième feuille forme un chapiteau de figure pentagône. Toute la partie convexe regarde le dehors, et la concave le fruit. Chaque

lignes. Elle croît dans les pays tremblants. Sa racine est vivace et âcre. »

J'ajoute que les diverses Flores américaines en font des duscriptions plus longues et plus détaillées. Divers ouvrages traitent spécialement des propriétés de la plante. M. Sarrasin se dispense de les énumérer dans son mémoire sur ce simpie.

L’établissement du Cap de la Magdeleine, dontil est parlé dans la lettre de M. Sarrasin, étaitune mission de sauvages de diversesnations converties à la vraie foi, et que les jésuites y amenèrent et voulurent fixer.

Le terrain leur avait été donné

En

le 20 mars 1651, (voyez le titre aux Archives Provinciales, vol. A. p.76), par un contrat qui affecte le revenu de cette terre ou seigneurie, au profit de leur collége et pour en jouir au profit des sauvages convertis à la foi, le tout en conformité aux coutumes et aux constitutions de la dite Compagnie, et ce, sans obligation ni redevance aucune. Par un diplôme en date du 12 mai 1078, vol. À, p. 13, art. 21, cette donation de seigneurie fut confirmée par le roi.

Ce terrain fut donné aux RR. PP, Jésuites par M. de la Ferté. Il contenait une étendue de terre de deux lieues en longueur, sur vingt lieues de profondeur (Aégistre de l’Intendance, n° 2 à 9, fol. 131).

M. de la Ferté était abbé de la Magdeleine, au diocèse do‘Rouen, de l’ordre de St. Augustin. Il était aussi un des membres de la Compagnie des Cent Associés, formée par Richelieu pour la colonisation du Canada, et vivait alors à Paris. Le R. P. Charlevoix (3) explique les causes qui ont obligé les PP. Jésuites à établir au Cap de la Magdeleine une mission sauvage, qui, malgré le zèle des enfants de St. Ignace, n’a pu toutefois se maintenir,

Jusqu’aux dernières années du siècle écoulé, les sources du Cap de la Magdeleine ont continué d’être fréquentées, quoique par des visiteurs moins nombreux, qu'avant l’époque de lacession du pays. Vers 1820, ou voyait encore duns cet endroit, les derniers vestiges d’une hôtellerie assez considérable. Les sources sont encore existantes, et fournissent de l'eau copieusément, Elles sont d’un abord facile, étant près dc la grande route, quoique dans les profondeurs, daïs une concession dite Rang St. Alexis. Lé propriéisire actuel, écossais, du nom de Bald, nous dit que très peu de personnes viennent tenter les effots de ces eaux naguères réputées merveilleuses, On peut les voir. actuellement

amenant

(3) Cave voix.—Journal d'un Voyage, ete., lettre VI.

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encore, dans leur état primitif, aucune margelle, aucune construction n'en gênant les abords. N'étant qu’à environ deux lieues de distance des Trois- Rivières, il est assez probable qu’elles seront exploitées sous peu.

Dans sa lettre sur les eaux minérales du Cap de la Magdeleine, M. Sarrasin nous parle souvent des ÆEaux des Forges et des propriétés médécinales de ces sources ferrugineuses. Le lecteur pourrait croire qu'il s’agit d’autres sources situéos auprès de l'établissement fait vers 1733 (k), par l’ordre du roi, pour l’exploitation du fer gur le Saint-Maurice, environ à trois lieues plus haut que le Cap de la Magdeleine, et appelé de tout temps les Forges ou le Village des Forges. Pas le moins du monde. Et voyez : Forges, ou mieux encore, Forges-les-Eaux, estun petit bourg de la Normandie, ou si vous le voulez, (suivant la nouvelle division territoriale de la France) du Département de la Seine-Inférieure,située àenviron 98 lieues de Paris. Ce lieu est élevé, l'air qu'on y respire est très sain, la vue délicieuse. Ajoutons que la populetion de ce petit bourg si romantique est des plus industrieuses et des plus hospitalières.

Les sources d’eaux minérales de Forges jouissaient d’une grande vogue au commencement du siècle dernier. Le Discours au Roi, de Jacques Cousinot (5), avait porté le monarque si renommé pour sa bonté, Louis XJII, à y faire une excursion, dès l’année 16932, en compagnie de la reine son épouse, Anne d'Autriche, et du cardinal de Richelieu, ministre d'Etat. L'exemple du Souverain détermina vers ce point la course des malades du bon ton. L’affluence des goutteux et des hydropiques y fut aussi notable que celle des phtysiques et des (4) La La découverte du minerai sur les bords du Saint-Maurice da-

t de 1667, mais l'établissement ne fut conduit avec habileté et discernement qu'en 1736.

(6) Discours au Roi touchant la nature et les effets, elc., elc, des eaux minérales des Forges, vol. in-4o, 1631.

cacochymes. Quoiqu'il en soit, ces sources sont au nombre de trois. Pour perpétuer le souvenir de la visite de l’auguste monarque, de sa gracieuse compagne et de Son Eminence, on leur donna dès lors les noms de Forges la Royale, la Reinette et la Cardinale qui leur ont été conservés depuis cette époque, et que M. Sarrasin, qui les visita près de soixante-dix ans après Louis XIIT et sa cour, a conservés et qu’il a aidé à conserver.

Après ces explications, peut-être déjà trop prolixes, nous devons nous borner à ajouter que les trois sources des Forges sont aussi abondantes en été qu’en hiver. Elles sont situées dans une vallée basse et boueuse, près du village. Cette vallée a été améliorée autant que les accidents du sol le rendaient susceptible d'améliorations. Les habitants du village y ont pratiqué des jardins, des promenades, planté des arbres. Voyez pour autres détails, les Lettres de Guérin touchant les minéraux qui entrent dans les enux de Ste. Reine et de Forges, in- 12m°, publié en 1702. Pierre A. Marteau en a publié l’analyse en 1756, et le chimiste Robert (6) en a donné une édition plus ample, ou plutôt il a enté sur le travail de Marteau des analyses et des démonstrations des plus lucides. C’est un ouvrage assez récent.

L’Intendant de la Nouvelle-France, à l’époque où M. Sarrasin écrivait et qu’il désigne dans sa lettre, est M. Gizzes Hocquarr, qui, en février 1731, avait été nommé, à Paris, et qui vint cette même année exercer dans la colonie cet emploi devenu vacant par la retraite du turbulent CI. Thos. Dupuis. M. Hocquart est demeuré près de dix-sept ansen fonctions, s’attirant le respect pour l’équité qui présidait à ses délibérations, et se fesant aimer de tous les ordres de citoyens par son zèle et par son attention à rendre à tous indistinctement une exacte justice,

(6) Analyse des eaux minérales de Forges, 1917.

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tempérée par les formes les plus prévenantes et les plus paternelles. François Bigot, devenu fameux par ses concussions et par ses exactions incalculables, le remplaça, en 1748, dans la charge d'Intendant. On sait qu'il eût à subir en France, ensemble avec d’autres personnages, d'aussi triste notoriété, un procès des plus graves, pour péculat, fraudes contre le trésor, injustice envers divers particuliers..….

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