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DOCUMENS HISTORIQUES

Extrait d'une lettre de Monsieur Sarrasin, Médecin de Québec, au sujet des Baux du Cap de la Magdeleine, en Canada.

Document emprunté à la collection des mémoires de Trévoux, 1736, mai, P. 956

De Québec, le 10 octobre, 1732.

Le Cap de la Magdeleine est un fief appartenant aux Jésuites et distant à peu près d’une lieue, de la ville qui porte le nom des Trois-Rivières.

Le travail qui occupe plusieurs ouvriers pour l'établissement d’une forge, a donné lieu de croire que les sources. de ce canton pourraient bien étre minérales. Poür en acquérir une entière’ conviction, j’eus recours à de la noix de galles réduite en poudre. J’enfis‘donc mettre une pincée dans un verre rempli de cétte même eau, qui, sur le champ, parut de couleur rouge; et de cette première épreuve, je tirai cette conclusion indubitable que les sources nouvellement découvertes étaient des sources minérales ferrugineuses. Monsieur l’Intendant ayant été instruit de ce fait, se transporta sans tarder avec moi à la première source de ces eaux, source qui se trouvait éloignée du fleuve à la distance à peu près de quatre cents pas. Alors nous

puisâmes un verre de cette eau dans laquelle nous fimes infuser une nouvelle pincée de cette même noix de galles réduite en poudre, et elle ne tarda pas à prendre une couleur de violet foncé.

Monsieur l’Intendant prit alors la résolution da me laisser au Cap, pour y examiner avec unc mûre réflexion les onze sources qui se trouvaient dans ce canton. Parmi ces onze sourcesil y en a deux qui, par le mélange de lanoix de galles dans le liquide, prennent une couleur de violet foncé ; parle même mélange trois ou quatre autres prennent une couleur rouge comme l’eau de la Royale de Forge; d’autres enfin prennent une couleur plus pâle, semblable à celle des eaux de la Reinette. Ainsi la découverte de ces eaux ferrugineuses nous montre qu’il y a là un trésor jusqu’à présent demeuré inconnu aux infirmes du Canada, dontles maladies se montrent fort souvent rébelles à la médecine ordinâire.

Peut-être il est certains critiques qui diront avec quelques auteurs que les eaux qui prennent une couleur violette par le mélauge de la noix de galle contiennent probablement quelques éléments vitrioliques ; mais à mon apprutiation, je rencontre tant d’antipathies entre le vitriol et ces eaux que j’oserais dire, avec le ton de l’affirmation que les nôtres né contiennent rien de cette nature. Car si après avoir mis de la noix de galle dans un verre de ces eaux, elles vienvent à prendre à l'instant une couleur violelie, si l’on y verse ensuite quelques gouttes d'esprit de vitriol, sur le champ la couleur violette s’efface et disparait, et l’eau reprend sa limpi- ‘dité comme sa couleur naturelle. Que si, au contraire, on commence par introduire quelques gouttes d'esprit de vitriol dans un verre de ces eaux, et qu’on y mêle ensuite de la noix degalle, elles ne changeront point. Donc j'en tire cette eonelusion que ces eaux necontiennent aucun élément vitriolique.

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Je dis encore que nos eaux ne contiennent aueun élément alumineux. Pour arriver à cette conviction, il suffit de répéter l'expérience que nous avons faite pour le vitriol. Car si on infuse quelques gouttes d’eau dans lesquelles on aura fait fondre de l'alun, avant que d’avoir opéré le mélange de la noix de galle, elles consérveront absolument leur couleur naturelle; au contraire, si on y a mêlé de la noix de galle auparavant, et que cette eau ait pris une couleur violette, sur le champ l’eau reprend sa couleur et sa première limpidité. D’où nous sommes autorisés à tirer cette double conclusion, que noseaux ne s2nt ni alumineuses, ni vitrioliques; raais au contraire qu’elles ont une très grande ressemblance, une très frappante analogie avec celles de la Forge.

Je laisse aux savants le soin de faire à ce sujet de sérieuses recherches. En attendant je donne cette certitude, que ces eaux passent bien, que celles qui prennent une couleur violette sont purgatives et que plusieurs personnes qui en ont bu l’été dernier sans beaucoup de préparation, ont cependant été très-soulagées. Mais je trouve deux difficultés pour l'usage de ceseaux minérales.

La première, c'est qu’à mon avis, elles ont besoin d’être accommodées à la manière de celles de la Forge. J’en connais toute la structure extérieure, puisque j'y ai passé trois mois en 1709, mais nous ignorons complètement quels sont les conduits que l'on a pratiqués sous terre pour faire arriver les susdites eaux de Forges jusque dans les Timbres.

La seconde difficulté qui se présente à mon observation, c’est que la plupart de ces sources sont peu abondantes et donnent bien peu d’eau. Je ne sais si on doit en imputer ls cause à ce que l’on n’a jamais eu un été aussi sec, ni aussi chaud en Canada que cette année, car presque toutes les sources qui n’ont jamais cessé de fournir de l’eau ont tari complètement par la sécheresseextrême qu’il a

fait cet été. Cependant je dois ajouter que ces sources sont d’une telle distribution qu’il y aurait grande facilité d’en réunir plusieurs de même nature, afin d’en recueillir une plus grande quantité.

Parmi ces onze sources il y en a cinq quisortent de terre, ‘éloignées les unes des autres de la distance d’environ deux pieds. Mais une chose qui ne me procure pas peu de surprise et d'étonnement, c'est que la quatrième de ces sources qui s'échappe entre la troisième et la cinquième fournit une eau des plus pures, très saine et fort bonne à boire, qui ne participe en aucune manière à la nature des quatre autres qui dès l'instant que l’on a opéré le mélange de la noix de galle réduite en poudre, deviennent aussitôt d’une couleur rougeâtre. Et celles-ci sont en tout parfaitement ressemblantes à celles de la Koyale Forge.

A. Côré, Editeur-Imprimeur, Québec, 1866.

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