‹ Michel Servet et CalvinChapitre 21 sur 49 · TA T · texte numérisé non relu

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iOO MICHEL SERVET ET CALVIN

d'honnête courtier entre Tlnquisition catholique et la Réforme protestante :

.(( Monsieur mon cousin, j'espère que j'aurai en partie satisfait à ce que vous me demandez, en vous envoyant la main de celui qui a composé le Livre, et même en la dernière épître que vous avez reçue vous trouverez ce qu'il déclare de son nom, lequel il avait déguisé, car il s'excuse de ce qu'il s'est fait nommer Villeneuve, combien que son nom soit Serveius alias Revcs.

« Au reste je vous tiendrai promesse, au plaisir de Dieu, que si besoin est fait je vous fournirai les traités, lesquels il a fait imprimer et écrits de sa main, aussi bien que les épîtres.

« J'eusse déjà mis peine de les retirer s'ils eussent été en cette ville, mais ils sont à Lausanne il y a deux ans. Si monsieur Calvin les eût eus je crois pour ce qu'ils valent qu'il les eût bientôt renvoyés à l'auteur, mais pour ce qu'il les avait adressés aussi bien à d'autres, ceux-là les ont retenus. Même à ce que j'ai entendu dire, sieur (Calvin ?) ayant répondu assez suffisamment pour contenter un homme raisonnable, voyant que cela ne profitait rien envers un tel ouvrage, ne daigna jamais lire le reste pour ce que déjà, il était trop battu des sottes rêveries et du babil que l'autre ne fait que réitérer, ayant toujours la même chanson. »

A ces paroles de mépris l'agent de Calvin s'empresse de mêler de calomnieux mensonges et de violentes excitations à se saisir de Servet et à le retrancher du monde :

« Et afin, écrit-il, que vous entendiez que ce n'est pas d'aujourd'hui que ce malheureux s'efforce de troubler l'Église, tâchant de mener les ignorants en une même confusion avec lui, il y a vingt-quatre ans passés qu'on Va rejeté et chassé des principales églises (T Allemagne^ et

LES LETTRES LIVRÉES lOl

s'il se fut trouvé au lie L- JAMAIS IL n'EN FUT PARTI.. »

En faisant affirmer que Servet aurait été mis à mort par les protestants d'Allemagne, s'il n'avait quitté le pays, Calvin suppose ce qu'il désire et fait cette supposiUon afin de nuire à son ennemi. L'argumentation atroce à laquelle il se livre est celle-ci : l'Allemagne aurait certainement tué Servet ; ce qu'elle n'a pu faire vous devez l'accomplir ; vous seriez coupables en ne tuant pas l'homme en votre pouvoir. A chaque phrase de la lettre on entend comme un glas de mort.

Le correspondant calviniste de l'Inquisiteur, par crainte d'atermoiements, d'hésitations nouvelles chez les juges de Vienne, fait appel à l'érudition théologique pour montrer qu'on doit frapper sans retard et sans merci. Il tire argument contre Servet de l'hostilité que lui témoignèrent OEcolampade et le « doux » Melanchthon.

« Entre les épitres d'OEcolampade, la première et la seconde s'adressent à lui, avec tel litre qui lui appartient : « Serveto hispano neganti Christum esse Dei filium consuhslanlialem Patri. Melanchthon en parle en quelques passages. Mais mé semble que vous avez la preuve assez aisée par ce que je vous ai déjà envoyé l'ouR enfoncer plus avant, voire pour commencer le TOUT. » La mise en cause de Servet ne suffisait pas à calmer l'ardeur de persécution de Calvin et de son confident. C'est pourquoi le correspondant d'Antoine Arneys dénonce le libraire et l'imprimeur de la Ilesli» liition du Christianisme. »

«Quanta l'imprimeur je ne vous mande pas les indices par lesquels nous avons entendu que c'était Balthazard ArnoUet et Guillaume Guéroult, son beau-frère ; mais tant y a que nous avons toute certitude sur ce point. »

Le zèle pour le Seigneur n'empêchant pas la prudence, l'agent du Réformateur recommande à son cor-

respondant de ne pas égarer les lettres, et après les avoir utilisées de les lui renvoyer : « Il xne semble que j'avais omis de vous écrire qu'après que vous auriez fait des épîtres, qu'il vous plût ne les égarer, afin de me les renvoyer. »

Calvin a essayé de se soustraire à la déshonorante responsabilité quefaisaientpesersurlui cestroislettres. Il en a renié la paternité en des termes qui témoignent de plus d'arrogance et de ruse que de véracité :

« Le bruit vole ça et là, dit-il dans sa déclaration, que j'ai pratiqué que Servetfutprins en la papauté, à savoir à Vienne? Sur cela plusieurs disent que je ne me suis pas honnestement comporté en l'exposant aux ennemis mortels de la foi, comme si je l'eusse jeté en la gueule des loups. Mais je vous prie, d'où me serait venue soudain une telle privante avec les satellites du pape ? Voilà une chose bien croyable que nous communiquions ensemble par lettres, et que ceux qui s'accordent avec moi aussi bien comme Bélial avec Jésus-Christ, complotent avec un ennemi si mortel comme avec leurs compagnons? »

En avocat retors et de mauvaise foi, Calvin plaide l'invraisemblance de l'accusation. Mais sa dialectique de théologien impudent vient se briser sur un fait : les lettres de de Trye et les preuves que contiennent ces lettres. Calvin, évidemment, n'a pas tenu la plume qui a tracé les lettres délatrices ; il s'est — avec une perfidie qui ajoute à sa déloyauté — contenté de la diriger. Il n'est pas accusé d'avoir, nouveau « Jésus- Christ », communiqué par lettres avec un nouveau « Bélial » (et l'insistance qu'il met à essayer de donner le change à cet égard ajoute une hypocrisie aune action infâme), mais il est convaincu d'avoir livré des documents meurtriers, des lettres confidentielles. S'il s'est fait prier, selon le dire de de Trye, pour manquer à la

loi que se doivent les honnêtes gens, c'i.'sL qu'il a eu le sentinrjent de la mauvaise action qu'il allait commettre, et s'il a eu ce sentiment, sa responsabilité, en accomplissant Taction mauvaise, n'en est que plus lourde. L'excuse si souvent et si singulièrement invoquée en sa faveur, d'avoir agi par fanatisme et obéi à « l'esprit du siècle », lui échappe. On n'a plus devant soi qu'un être méchant qui, par des moyens honteux, en maudissant Sathan et en invoquant Jésus-Christ, cherche à faire périr un adversaire théologique. Nier cela, c'est fermer les yeux à la lumière parce qu'elle est trop éclatante.

A qui fera-t-on croire, en effet, que Calvin, livrant à de Trye les lettres de Servet ignorait qu'elles seraient mises sous les yeux de l'Inquisiteur catholique? Prétendre que Calvin ne pensait pas que l'Inquisition ferait mourir l'homme dénoncé comme méritant « d'être brûlé partout où il serait », c'est outrager l'évidence et se rendre ridicule. Dans cette avilissante aventure, partout se manifeste l'influence de Calvin, et cette influence s'exerce pour faire de la Réforme un sujet d'horreur ou de risée : — Eh quoi I s'écriait le cardinal de Tournon en riant de toutes ses forces, après avoir pris connaissance des lettres et des documents envoyés de Genève, eh quoi 1 un hérétique peut-il bien en dénoncer un autre? » Bossuet reprendra l'argument qui deviendra une arme de persécution contre les réformés.

Tous les historiens, à l'exception de ceux qui ont voulu se faire quand même et coûte que coûte les avocats du théologien Picard, ont publié, à propos du drame de Vienne, des pages qui sont un hommage à la vérité, en même temps qu'elles sont un écho de la conscience humaine. Le conseiller d'État Gauthier, qui a écrit au commencement du xviii' siècle une histoire de Genève restée manuscrite, ne met pas en doute que ce ne fut Calvin qui dénonça Servet aux Inquisiteurs ; « Le

dernier livre, écrit-il, que Servet fit imprimer à Vienne irrita si fort Calvin qu'il fit écrire, en cette ville par un nommé Guillaume de Trye contre cet hérétique afin quon s'assurât de sa personne. » Le pasteur Gaberel, le pasteur Etienne Chastel professeur d'histoire à la faculté de théologie de Genève, le publiciste genevois Roget, le pasteur Douen, agent général de la Société biblique, le pasteur allemand Henri Tollin, et vingt autres, tous dévoués à la Réforme, ont stigmatisé Calvin devenu pourvoyeur de Tlnquisition. « Le Réformateur de Genève, a dit M. Roget, n'hésita pas, pour perdre Servet, à se servir de lettres confidentielles. »

Le pasteur Dardier, plus fervent encore dans son indignation et son mépris, cite tout d'abord la phrase où Calvin, payant d'audace et d'hypocrisie, essaie, par une attitude arrogante, d'échapper à la vérité qui le déshonore : « Il n'est jà besoin d'insister plus longuement à rembarrer une calomnie si frivole, laquelle tombe bas quand j'aurai dit, en un mot, qu'il n'en est rien... », et le stigmatise en ces termes :

« Non, ce n'est pas « cette calomnie » qui « tombe bas, » c'est la dénégation de Calvin : les lettres de de Trye sont là incontestables, et, si elles n'ont pas été écrites delà main du Réformateur, elles ont, au moins, été inspirées par lui, peut-être dictées... Pour peu qu'on soit familiarisé avec le genre de Calvin, on reconnaît à première vue, ses tours de phrase, son incomparable netteté. N'a-t-il pas, d'ailleurs, remis à son trop fidèlq disciple les lettres autographes que lui avait, jadis écrites Servet sub sigillo secreti, et qui suffisaient à le perdre ? Nous cherchons en vain ce qui pourrait servir d'excuse à Calvin. En ce qui touche la dénonciation du docteur espagnol aux inquisiteurs français, dont le Réformateur de Genève ne saurait être déchargé, il n'y a, pas d'atténuation possible. »

Un autre écrivain protestant, M. Ferdinand Buisson, s'exprime de même sorte : « Hélas ! dit-il, les lettres sont là, et la dénégation de Calvin, avec son grand air de fierté, n'était — le mot fait peine à écrire, mais la conscience le réclame — qu'un hardi mensonge. »

Cette appréciation est celle de l'honnêteté la plus élémentaire. Elle n'a pas été celle de tout le monde. On regrette d'avoir à constater que Albert Rillet, mieux inspiré souvent, après avoir consacré quinze lignes à peine à l'affaire de Vienne, dans la relation qu'il a publiée, en 1844, du procès de Michel Servet, — relation qui pourrait porter ce titre : Le roman d'une conspiration, — se soit risqué à écrire que « de Trye déclarait qu'il avait en quelque sorte extorqué les lettres au Réformateur (1)! »

Infortuné Calvin ; c'est lui qu'on doit plaindre : il a été victime de la part d'un de ses amis et coreligionnaires « d'une sorte » de cambriolage. A qui se fier, grand Dieu? Notons en passant, que de Trye n'a rien écrit de pareil à ce que lui fait dire Rillet. Il mande simplement à Arneys : « Je vous confesserai une chose que j'ai eu grand peine à retirer ce que je vous envoyé de M. Calvin... mais je l'ai tant importuné, lui remontrant le reproche de légèreté qui m'en pourrait advenir, qu'à la fin il s'est accordé à me bailler ce que verrez... » et qui suffisait pour faire brûler Servet u partout où il serait. »

Moins prolixe encore que Rillet, l'auteur d'une Histoire de Genève racontée aux jeunes Genevois, se borne à écrire : « Servet avait fait imprimer clandestinement à Vienne enDauphiné un livre où il exposait toutes ses doctrines. Dénoncé et mis en jugement comme héré-

;1) Albert lUllet, relation du procès criminel in/en/e à Genève, e l.j;j3, contre Michel Servet, p. 10.

tique, ce n'est qu'un s'évadant de sa prison qu'il avait échappé au dernier supplice (Ij. »

Et c'est tout.

Quant à la singulière explication produite par Guillaume de Trye et acceptée par les frères Haag dans leur France protestante k savoir que Calvin ne s'était dessaisi des lettres confidentielles de Servet que pour éviter à de Trye c le reproche de légèreté » elle ne diminue en rien l'odieux du rôle de Calvin, car, écrivent les frères Haag eux-mêmes : « Avoir consenti, pour éviter à un fidèle de son église le reproche de légèreté, à se dessaisir de lettres qui lui avaient été écrites par un hérétique, son ennemi, bien qu'il sût que cette complai sance devait conduire le malheureux au bûcher, tel a été le crime commis dans cette atTaire par Calvin contre les lois de l'humanité et de la charité chrétienne (2). »

Il est, sur ce sujet, un témoignage qu'il faut produire avant tous, c'est celui de la victime. Du fond de la prison où l'avait fait enfermer Calvin, Michel Servet demandait à ses juges d'interroger son persécuteur sur ces faits :

« Si, le mois de mars dernier (1553), Calvin ne fit pas écrire par Guillaume de Trye à Lyon, disant plein de choses de Michel de Villeneuve?

« Quel était le contenu de la lettre, et pourquoi? Si avec la dite lettre il n'envoya la moitié du premier cahier du livre du dit Servet où était le titre et indice ou table et quelque commencement dudit livre intitulé Christianismi restitiitio.

<' 3° Si tout cela ne fut envoyé pour faire accuser le ditServetus, comme l'effet s'en suivit.

« 4° Si enfin, quinze jours après ladite lettre, envoya

(i] Histoire de Genève, p. 241.

(2) France proteslante, tome IX, p. 274.

derechef le même Trye plus de vingt épîtres en latin, que le dit Servetus lui avait écrit et lui envoya, comme les autres, afin que plus sûrement le dit Servetus fût accusé et convaincu, comme le fait s'en suivit.

« 5° Si, après, n'a entendu que pour la dite accusation le dit Servetus a été brûlé en effigie et son bien confisqué, et fût-ce être brûlé en personne, si ne se fût échappé de prison.

« 0'' Si ne sait bien que ce n'est point l'état d'un

MINISTRE DE L'ÉVANGILE d'ÉTRE ACCUSATEUR CRIMINEL, NI DE POURSUIVRE JUDICIAIREMENT UN HOMME A MORT... »

Jamais rien d'aussi terrible que cette douloureuse et calme parole de Servet n'a été prononcé contre Calvin et le calvinisme. Elle atteint du même coup l'homme et la doctrine. Le Picard avait fait cette chose monstrueuse d'accaparer au profit de son individu le droit d'excommunication et d'extermination que l'Eglise catholique n'avait exercé qu'en tant que collectivité, au nom de sa hiérarchie mondiale et sous l'autorité du pape et des conciles.

Calvin avait fait quelque chose de plus affreux : il s'était donné mandat de poursuivre à mort, par delà les frontières, en pays catholique, un ennemi de ses convictions personnelles. Il s'était érigé en bourreau international. Bafouant tous les sentiments humains il avait eu recours à la félonie, à la livraison de documents confiés à son honneur, afin de perdre celui dont les idées heurtaient les siennes. Crime d'un siècle, dit-on. Quelle ironie! Crime d'un homme, répond la conscience, car enfin il faut être volontairement aveugle pour ne pas voir que l'homme de Noyon agissait en poursuivant Servet à mort selon sa mentalité individuelle, et obéissait à ses instincts d'orgueil, de domination et de cruauté. Erreur de doctrine, dit-on. iMais cette doctrine c'était la sienne, et, dans l'alVaire de

Vienne, il en avait fait — contre quelqu'un dont la polémique avait irrité sa vanité et blessé sa superbe, — un instrument d'assassinat.

Qu'on y songe aussi : en se faisant le complice de de Trye, en intervenant pour aider l'inquisition à tuer un anti-trinitaire, ce n'était pas seulement Servet que Calvin poursuivait à mort, c'était la Réforme entière. Son acte livrait tous ses coreligionnaires aux prisons, aux bannissements, aux échafauds, aux bûchers. Quel argument, en effet, opposerait-on aux catholiques persécuteurs ? « Vous nous reprochez, répondraient-ils, de tuer au nom d'une église, mais vous avez fait pis que cela, vous avez tué au nom de la doctrine théologique d'un individu I Notre église séculaire a versé le sang ; vous autres, à peine nés, vous l'avez répandu presque à l'heure où vous veniez de proclamer le droit pour chacun à se faire une croyance! Votre logique et vos actes nous font un devoir de dresser des bûchers partout où nous apercevrons des incrédules à notre foi. Si des larmes coulent, si, dans l'avenir, vous entendez des cris de douleur, si l'insulte et l'outrage sont jetés à ceux que vous appelez vos martyrs, accusez-en votre Calvin. En poursuivant Servet à mort, au nom de l'Evangile, — oui, au nom de l'Evangile, — et au nom de son dogmatisme personnel, Calvin vous a tous livrés à nos inquisiteurs. »

Cette perspective n'était pas pour intimider Calvin et faire lléchir sa cruauté. L'esprit de persécution était en lui, le dominait, le dirigeait. Et, — ce qui est plus effroyable, — il devait léguer à ceux qui oseraient se réclamer de lui, sans, d ailleurs, connaître toujours ou admettre ses doctrines théologiques, et son esprit de morgue et de haine, et son âpreté orgueilleuse dans la pratique de l'intolérance, et sa ténacité dans les agissements les plus odieusement hypocrites.

« Comment, dit un de ses disciples contemporains, M. le pasteur Bungener. comment l'histoire impartiale se refuserait-elle à voir ce qu'il y avait là (il s'agit du meurtre de Servet) de hardi et de grand? Calvin savait très bien que son livre (sur le devoir pour les magistrats de châtier les hérétiques par le glaive), allait paraître un irréfutable argument en faveur des cruautés catholiques, et que lui, en particulier, aux yeux de millions d'hommes, il était le premier dès hérétiques, le plus coupable et le plus dangereux. Il savait, enfin, qu'il autorisait l'europe catholique a noyer, peutêtre, UN JOUR DANS LE SANG CE NID D'hÉRÉTIQUES, CE repaire OU IL VENAIT DE PRECHER SA THÈSE. Luthcr,

MOINS COURAGEUX, mais plus homme, avouera franchement que ces considérations ne lui sont pas indifférentes. Mais Calvin, cette crainte ne lui fera pas retrancher, pas adoucir un mot. Que les tisons du bûcher de Servet doivent un jour allumer le sien, peu lui importe ; que Genève doive périr écrasée, peu lui importe encore. Elle aura eu comme lui la gloire de publier tout ce qu'elle a cru vrai, et de faire sans peur tout ce qu'elle aura cru être son devoir. »

Le devoir — selon le pasteur Bungener, écrivant en 1863 — c'était d'aider l'inquisition catholique à faire périr un anli-trinitaire, et le courage consistait à commettre cet acte de perfide lâcheté contre un homme abandonné de tous et au risque de voir l'Eglise romaine répandre, par représailles, des torrents de sang!

Quelle odieuse mentalité ! Elle provoque celui qui en est pourvu à écrire qu'il n'y a contre Calvin, dans la félonie de Vienne, que « des apparences ». Des apparences!... La sentence du tribunal viennois déclare expressément que « Servet a été convaincu, grâce aux dix-sept lettres adressées à Jean Calvin, prêcheur de Genève, » — lettres livrées par Calvin à l'inquisition !

ilO MICHEL SERVET ET CALVIN

a Tout cela, prétend encore le même Bungener, est odieux pour nous, mais n'avait alors rien que de très simple. » 11 est difficile de calomnier tout un siècle avec plus de pieuse désinvolture. Si l'acte de Calvin excita la railleuse gaieté du cardinal de.Tournon, il suscita aussi, dans le monde protestant et de libre pensée, et même chez les catholiques, de nombreuses et éloquentes indignations. A quelle misère morale et intellectuelle il faut être réduit pour diffamer toute Une époque, afin d'amoindrir la flétrissure méritée par un individu !

A l'abominable propos d'un pasteur du dix-neuvième siècle osant écrire que « le fanatisme délateur et homicide d'un Calvin n'avait rien que de très simple au seizième siècle », il faut opposer cette admirable protestation d'un contemporain de Servet :

« La saine doctrine, disait Castellion, est celle qui rend les hommes sains, c'est-à-dire doués de charité et de bonne conscience ; la doctrine malsaine, au contraire, est celle qui les rend querelleurs... Nos docteurs l'entendent autrement : ils appellent sains ceux qui s'accordent avec eux sur le baptême, la Cène, la Prédestination. Ceux-là, qu'ils soient avares, envieux, calomniateurs, hypocrites, menteiirs, usuriers et le reste, on les supporte. On ne parie pas de les mettre à mort. Mais offenser les théologiens : c'est le péché contre le Saint-Esprit ! Si quelqu'un s'écarte de leurs opinions, il faut le poursuivre sur terre et sur mer : c'est Un hé rétique, un diable... Cette infamie de la persécution sévissait chez le peuple juif ; à présent on écrase les faibles en faisant sonner bien haut la saine doctrine î Ahl leur saine doctrine ! Comme le Christ la répudiera au jour du jugement ! « Retirez-vous, méchants », dira t-il à ces hypocrites... 0 sanguinaire hypocrisie ! Quand donc les magistrats cesseront-ils de verser à ton gré le sang des hommes?... »

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