CHAPITRE XIII
Antoine Arneys ayant pris connaissance des lettres et des imprimt'S envoyés de Genève, les remit au grand inquisiteur. Celui-ci se transporta de nouveau au château de Roussillon. L'inquisiteur, le cardinal, son grand vicaire et plusieurs autres ecclésiastiques délibérèrent sur ce qu'il fallait décider. Les envois de Calvin ne prouvaient pas absolument que Servet fut l'auteur de la Itestitution. Ils établissaient seulement que l'espagnol avait professé des idées hérétiques.
Le A avril, réunion nouvelle chez le cardinal. L'inquisiteur Ory communique à l'assemblée les dernières pièces venues de Genève, « à savoir les deux lettres de Guillaume de Trye, un cahier de YInslilution chrétienne avec notes marginales de la main de Servet et les lettres adressées à Calvin au cours de leurs polémiques. C'est d'après ces documents, — et d'après ces documents seuls, tous venus de Genève, tous communiqués par Calvin, que fut prise, par la volonté du cardinal de Tournon, la décision d'arrêter Servet médecin et Arnollet libraire.
Il fallait exécuter la sentence. Il ne semble pas qu'on ait mis à cette exécution une hâte excessive et il paraît bien qu'on eut le désir d'éviter un scandale public. Ce fut seulement « après-dîner » — Tarchevêque étant revenu à Vienne avec le grand vicaire — qu'on instruisit le vibailly des intentions du cardinal.
Sur les six heures le grand vicaire s'en alla du coté de la maison d'Arnollet et « lui fit dire d'apporter le Nouveau Testament qu'il avait imprimé. » Le libraire, obéissant à cette demande, vint au devant du grand vicaire, fut arrêté aussitôt et conduit à la prison de l'archevêché.
De son côté le vibailly se mit à la recherche de Servet. Le médecin était chez M. de Maugiron malade et lui donnait des soins. Le vibailly l'informa que plusieurs prisonniers blessés réclamaient sa présence au palais Delphinal et qu'il voulût bien s'y rendre. « A quoi M. de Villeneuve répondit que, sans compter que sa profession de médecin l'obligeait à faire telles bonnes œuvres, il y était encore porté par son bon naturel (1). » Et quittant le seigneur de Mau giron il, alla vers les pauvres malades.
Au Palais, Servet visita les prisonniers. Pendant qu'il les pansait, le vibailly envoyait chercher le grand vicaire. Dès qu'il fut arrivé, l'ecclésiastique dit au mé decin « qu'il y avait certaines charges et informations contre lui, qui avaient été communiquées au cardinal de Tournon, et que, présentement, il était constitué prisonnier dans le palais Delphinal jusqu'à ce qu'il eût répondu aux charges et qu'autrement fut ordonné. »
Être emprisonné à ce moment et dans ces circonstances, c'était, pour un médecin, tomber au champ d'honneur.
(1) D'Artigny, II, 400.
Le geôlier du Palais, Antoine Bonin, « reçut livraison » de Servet, et eut l'ordre « de le garder sûrement et de le traiter honnêtement selon sa qualité. » On permit au prisonnier de conserver auprès de lui le jeune homme, Benoît Perrin, qui lui servait de laquais, et on autorisa les amis du docteur à le voir librement « ce jour-là. »
Le lendemain, 5 avril, l'archevêque de Vienne informa, par un exprès, le cardinal de Tournon de ce qui s'était passé. Le cardinal avertit en hâte l'inquisiteur, et ce dernier, saisi d'une impatience plus grande encore, monta aussitôt à cheval « et pressa tellement sa monture que, devant dix heures, il se présenta audit seigneur archevêque. »
Après dîner on interrogea Servet.
Les interrogateurs, à l'exception d'Antoine de La Tour de Buys, docteur en droit, vibailly et lieutenant général au bailliage de Viennois, étaient des ecclésiastiques. C'étaient Frère Mathieu Ory, docteur en théologie, pénitencier du Saint-Siège apostolique, inquisiteur général de la Foy au royaume de France et par toutes les Gaules, et Louis Arzellier, vicaire général de Bévérendissime Seigneur Monseigneur Messire Pierre Paulmier, archevêque de Vienne. »
La situation de Servet devant ses juges était celle-ci : il n'était connu (en vertu d'une fiction à laquelle paraît s'être prêté l'archevêque) que sous le nom de Michel de Villeneuve et sous le titre de « médecin juré » du Palais Delphinal. On ne produisait pas le livre dénoncé par Calvin; mais on mettait en cause les lettres traîtreusement livrées par le Béformateur et portant la signature de Servet. Le contenu des lettres de de Trye était ignoré de l'Espagnol. Si donc il parvenait à faire croire que Servet et de Villeneuve étaient deux personnages différents, il échappait au supplice du bûcher
requis par rinquisition contre les hérétiques. En conséquence, dans les réponses qu'il fit à Tinquisiteur, Faccusé omit de parler de Servet le théologien et ne s'occupa que de Michel de Villeneuve, médecin.
Le texte de ses réponses est à reproduire :
« — Nous a dit, (relate le procès-verbal du premier interrogatoire), qu'il a nom Michel de Villeneuve, docteur en médecine, âgé de quarante-deux ans environ, natif de Tudelle au royaume de Navarre, qui est une cité sous l'obéissance de l'Empereur, à présent habitant à Vienne, sont passés douze ans ou environ.
a Interrogé là où il a demeuré depuis que sorti de son pays, dit qu'il y a environ vingt-sept ou vingt-huit ans, quelque temps après que l'Empereur partit d'Espagne pour s'en aller faire couronner, il se mit au service du confesseur nommé de Quintana. Ledit répondant était lors seulement d'âge de quatorze à quinze ans ; il s'en alla avec lequel confesseur à la suite de l'Empereur en Italie, où il vit ledit couronnement dans Bologne. Et aurait suivi (l'Empereur); avec ledit Quintana en Allemagne où il demeura environ un an; depuis la mort dudit Quintana, demeura tout seul, sans maître.
« Et de là s'en vint à Paris et demeura au collège de Calvi quelque temps, et puis s'en alla lire les mathématiques au collège des Lombards, et, après, s'en vint de Paris à Lyon, où il demeura quelque temps, et de là en Avignon et d'Avignon retourna à Lyon et de Lyon à Charlieu où il demeura pratiquant là trois ans en l'art de médecine, et de là s'en revint à Lyon et là trouva monseigneur de Vienne et monseigneur de Saint-Maurice qui le firent venir à Vienne où il a demeuré jusqu'à présent. »
Ce curriculum vilœ pèche par omissions volontaires et calculées. Le médecin seul s'y montre.
Interrogé <^ s'il a fait imprimer quelques livres »,,;
EMPRISONNEMENT ET ÉVASION llo
Servet, continuant son système de légitime défense, puisque nul n'est tenu de s'accuser lui-même, ne mentionne que ses œuvres de science médicale et d'érudition. « Dit le répondant, qu'il fit imprimer à Paris un livre intitulé Syruporum universel ral'io ad Galeni censuram, et aussi un autre petit livre intitulé Apologetica disceptatio pro astrologia, et un autre intitulé in Leornartiuni Fussinum apologia pro Sgmphonano Campeffio, et les annotations de la géographie de Ptolémée, et dit n'avoir fait imprimer d'autres livres par lui composés, mais confesse en avoir corrigé plusieurs, sans toutefois y avoir ajouté ou diminué aucune cause du sien. »
Ces explications admises, Servet devait être libéré de toute poursuite. Le malheureux s'imaginait qu'il en serait ainsi. Mais l'inquisiteur, armé des feuillets expédiés de Genève, et couverts de notes marginales, lui demanda d'un air innocent si Tune de ces notes ne contenait pas propos scandaleux, et le pria de dire quel sens on devait donner à ces paroles d'une des notes marginales : « Justificanlnr ergo parvidi sine Christi fide^prodigium^ monstrum horrendum », lui remontrant que « ce serait faire injure à Jésus-Christ que penser que la grâce de Jésus, venue par la régénération du baptême, ne surmonte pas le péché d'Adam. »
Le médecin pouvait se retrancher dans le silence et se refuser à toute discussion dogmatique, mais emporté par le démon de la théologie, Servet s'empressa de donner l'explication demandée. 11 se reconnaissait ainsi l'auteur de la note et tombait dans le piège tendu par l'inquisiteur. On lui mit alors sous les yeux les feuillets livrés par Calvin, et après hésitation, il reconnut que les notes théalogiques étaient bien de son écriture.
11 venait de faire un pas vers la mort. On le maintint en prison.
Le 6 avril, second interrogatoire sur les opinions théologiques contenues dans les premières publications de Servet contre la Trinité que de Trye, « au Plaisir de Dieu », s'était engagé à a fournir ».
Le médecin vit le péril : derrière l'inquisiteur catholique il aperçut le vieil ennemi Calvin qui le poussait au bûcher. 11 présenta, avec « supplications et larmes », des explications inexactes et embarrassées où se révèle ce qu'il y a, à la fois, d'enfantin et d'héroïque dans sa nature. Pour échapper au bûcher il nie qu'il soit Servet, mais il ne désavoue pas les idées de Servet, au contraire, il trouve ce qu'il disait « bien ou mieux que les autres. »
« Il y a environ vingt-cinq ans, dit-il aux juges de Vienne qui vont décider de son sort, « fut imprimé en Allemagne un livre d'un nommé Servetus, Espagnol... et il lui sembla que ce livre disait bien ou mieux que les autres. Toutefois, ayant laissé tout cela en Allemagne, s'en vint en France sans en apporter livres quelconques, ayant intention seulement d'étudier à la médecine et aux mathématiques, comme il a fait toujours depuis. Toutefois, ayant ouï estimer Calvin à aucuns qui disaient qu'il était homme savant, voulut lui écrire sans le connaître autrement, selon la curiosité qu'il avait, et de fait lui écrivit, le priant que cela fut entre eux seuls, sub sigillo secreti, et comme fraternelle correction, pour voir si lui me pourrait être de mon opinion ou moi de lui à la sienne, car je ne pouvais adhérer à son dire. Et sur cela lui proposais gravis disimtatiotiis, et lui me fit réponse, et voyant que mes questions estaient à ce que Servetus avait écrit; il me répondit que c'était moi-même Servetus, à quoi je lui répliquais que combien que je ne le fusse point toutes fois pour disputer avec lui, je étais content de prendre la personne de Servetus et je lui répondis
comme Servetus, car je ne me souciais de ce qu'il pouvait penser de moi, mais que seulement nous puissions débattre nos opinions, et sur ces termes nous envoyâmes des épîtres Tun à l'autre jusqu'à nous piquer et injurier. Et ce voyant je le laissais, et a bien dix ans ou environ que je ne lui ai rien écrit, ni lui à moi... »
En produisant ce roman ingénieux, Servet écartait la redoutable accusation d'avoir publié deux opuscules contre la Trinité, et réduisait son cas à la faute — si faute il y avait — d'une soutenance d'opinions dans des épîtres intimes. 11 ne connaissait pas le texte des lettres de de Trye et ne savait des documents accusateurs que ce qu'on lui en mettait sous les yeux. Vraisemblablement aussi il ignorait qu'un ou plusieurs exemplaires de la Restitution avaient été expédiés en Suisse, probablement par le libraire Frellon, ami de Calvin.
Durant la même journée du 0 avril, le médecin espagnol fut soumis à un troisième interrogatoire qui porta tout entier sur un cahier de quatorze épîtres écrites à Calvin. L'accusé les reconnut pour être de sa main, affirma de nouveau qu'elles devaient être tenues pour un thème de controverse, point du tout destinées au public et devant rester absolument entre celui qui les avait reçues et celui qui les avait envoyées. Cette déclaration était absolument exacte. L'accusé ajoutait que quant au contenu des dites épîtres, il était prêt d'en répondre sur chaque article lorsqu'on voudra l'interroger.
Servet sut comprendre, à l'attitude de l'inquisiteur, que son système de défense ne serait pas accueilli. Il ne songea plus qu'à se procurer de l'argent et à fuir. Il envoya Perin au monastère de Saint-Pierre demander au grand prieur trois cents écus qui lui étaient dus. Le grand prieur vint à la prison lui remettre cette somme.
Il ne restait plus qu'à s'évader. L'historien du Dauphiné, Chorier, rapporte que le bruit courait que Tarchevêché s'appliqua à rendre l'évasion possible. « Villeneuve, écrivit-il, fut fait prisonnier comme suspect d'hérésie pour la religion. Si est ce que son savoir et que ses amis l'en tirèrent. » Il semble établi, en effet, par un témoignage, que le geôlier fit preuve d'une négligence assez semblable à une complicité.
Quoi qu'il en soit, voici les détails curieux que donne l'abbé d'Artigny sur cette évasion.
Il y avait, dans la prison où l'Espagnol était enfermé, un jardin avec une plate-forme en regard sur la cour du Palais oîi se rend la justice. Au-dessous de la plateforme était un toit descendant en pente douce et d'où l'on pouvait aisément sauter au coin d'une muraille et de là dans la cour.
Quoique ce jardin dût être, d'après les règlements de la prison, sans cesse fermé, on en permettait, quelquefois, l'entrée à des prisonniers de distinction. Tel était Servet. 11 comptait des amis dans toute la ville ; il avait soigné M. de Maugiron et guéri d'une maladie dangereuse la fille unique du vibaillif. On savait sa bonté pour les pauvres, son dévouement pour les malades. 11 était lié d'ancienne amitié avec l'archevêque Paulmier.
Il ne fut donc pas soumis à une rigoureuse surveillance. Peut-être l'inquisition elle-même avait-elle honte du rôle de Calvin dans cette misérable aventure et ne voulait-elle pas donner à l'hérétique de Genève la joie de mettre à mort, sur sa dénonciation, et en quelque sorte sur son ordre, un de ses confrères en hérésie. « La prison, a déclaré plus tard Servet, était tenue comme si on voulait que je m'échappe. » L'Espagnol, qui y était entré la veille, avait examiiié, avec une attention intelligente, les facilités d'évasion qui s'of-
fraient à lui. Le 7 avril, il se leva à quatre heures du matin et demanda la clef du jardin au geôlier. Celui-ci, qui se préparait à sortir pour aller travailler à sa vigne, ne manifesta aucune méfiance. Servet était en bonnet de nuit et en robe de chambre, et ce n'est pas dans cet équipage qu'un grave médecin irait courir la ville ou les champs. Il donnd la clef, ne soupçonnant pas — à moins qu'il ne fût complice — que sous son accoutrement du matin, le prisonnier cachait un chapeau et avait ses habits ordinaires.
A peine le geùlier fût-il parti que Servet, « laissant au pied d'un arbre son bonnet de velours noir et sa robe fourrée », grimpa sur le mur à l'aide des espaliers, sauta de la terrasse sur le toit et parvint, sans se faire aucun mal, jusque dans la cour. Il gagna promptement le pont du Rh(jne, assez rapproché de la prison, et passa dans le Lyonnais. Une paysanne, qui le connaissait, l'aperçut dans sa fuite, mais elle garda le silence sur ce qu'elle avait vu et ne se décida à parler que le troisième jour.
L'émoi fut grand au palais delphinal lorsqu'on apprit l'évasion du médecin. D'Artigny rapporte que la femme du geôlier, avertie la première, se livra à toutes sortes d'extravagances, battit ses domestiques, ses enfants, les prisonniers qu'elle rencontra, courut sur les toits des maisons voisines dans l'espoir d'y rencontrer le fugitif, et, finalement, s'arracha les cheveux.
Le vibaillif fit preuve d'un même zèle. 11 ordonna, avec une présence d'esprit singulière, que les portes de la ville fussent fermées et soigneusement gardées durant les nuits prochaines, et commanda dans toutes les rues des proclamations à son de itottipe. Toutes les maisons furent perquisitionnées, on écrivit aux magistrats de Lyon et des autres villes où le fugitif aurait pu trouver asile. On n'oublia pas surtout de
« s'informer s'il avait de l'argent en banque, et tous ses papiers, meubles et effets, furent mis à la main de la justice. »
Servet n'était pas à Vienne. Seulement — par compensation — on tenait son argent, ses meubles et ses lettres, ainsi que les papiers du libraire ArnoUet. Tout le mois d'avril fut employé à la copie de ces documents, dont les originaux furent déposés au greffe de l'officialité, où l'abbé d'Artigny, les ayant trouvés, les fit transcrire et les publia, en 1740, dans ses Nouveaux mélanges d'histoire, de critique et de littérature.
Le 2 mai, l'inquisiteur reçut avis que « deux presses, non mentionnées dans les interrogatoires de Servet et de ArnoUet, se trouvaient dans une maison écartée. » Le grand-vicaire, l'inquisiteur, le vibaillif, se transportèrent à demeure où, ayant trouvé trois ouvriers imprimeurs, Thomas de Sraton, Jean Dubois et Claude Papillon, ils apprirent d'eux que, « depuis la Saint- Michel jusqu'au 3 janvier, ils avaient travaillé à la composition d'un gros in-8°, intitulé Restitutio christianismi, que le médecin espagnol avait fait imprimer à ses dépens, après en avoir seul corrigé les épreuves » (1).
Cinq ballots de ce livre avaient été expédiés, le 13 janvier, à Lyon, à Pierre Merrin, fondeur de caractères. »
Les juges s'empressèrent de signaler cette découverte au cardinal de Tournon. On perquisitionna chez Merrin, on saisit les cinq ballots de livres qui furent expédiés à Vienne et furent placés dans les chambres de l'archevêché. A défaut de quelqu'un, l'Inquisition allait pouvoir brûler quelque chose.
(1) Calvin connaissait ces détails et les avait fait donner par de Trye dans une des lettres citées supra.
Merrin, arrêté, en fut quitte pour trois ans de prison.
Quant à Servet, on commença son procès : le 10 mai, l'inquisiteur fit un extrait des principales erreurs de la Restilutio cliristianismi, pour « en faire plus aisément telles censures que de raison ». Le texte ecclésiastique porte bien «. que de raison. » Au mois de juin, le procès étant suffisamment instruit, le vibaillif prononça sa sentence, conformément aux conclusions du procureur du roi. L'Église et l'État s'entendaient et s'unissaient pour la condamnation du fugitif. Mais il est équitable de dire que l'archevêque Paulmier semble avoir tout fait pour que Servet pût prendre la fuite.
La sentence condamnait Michel Servet à une amende de mille livres tournois envers le roi Dauphin, et à « être, incontinent qu'il sera appréhendé, conduit sur un tombereau, avec ses livres, à jour prochain de marché, de la porte du palais Delphinal par les carrefours et lieux accoutumés jusques au lieu de la halle de la présente cité, et subséquemment en la place appelée la Charnève, et illec être brûlé tout vif à petit feu, tellement que son corps soit mis en cendres. Et, cependant, la présente sentence exécutée en effigie avec laquelle seront lesdits livres brûlés. »
La sentence de mort prononcée, en terre catholique, contre l'Espagnol fugitif, rendait hommage, ainsi quil convenait, à la collaboration que « Jehan Calvin » avait apportée aux juges inquisiteurs : « Vu, disait-elle, vu par nous les pièces justificatives des hérésies de maître Michel de Villeneuve, vu les épîtres et escriptures de la main dudit Villeneuve adressées à maître Jehan Calvin, prescheur à Genève... sera ledit Villeneuve, incontinent qu'il sera appréhendé, brûlé tout vif et à petit feu... » Le bûcher de Vienne où Servet est brûlé en effigie, est donc incontestablement l'œuvre de Calvin.
Le brûlement des livres et de « l'effigie » de Servet
fut fait à Vienne, le 17 juin 1553^ ainsi que le constate le curieux procès-verbal suivant :
(( Dudit jour, environ vers l'heure de midi, après que l'effigie dudit Villeneuve avoir été faite au devant dudit palais Delphinal : icelle effigie par François Bérodi, exécuteur de la haute justice, lequel on a envoyé quérir à ces fins, a été mise sur un tombereau avec cinq baies de livres composés par ledit Villeneuve, et, après ledit tombereau chargé desdits effigie et livres, a été conduit et mené par ledit exécuteur de la porte dudit palais par les carrefours et lieux accoutumés jusques au lieu de la halle de la présente cité de Vienne et, subséquemment, en la place appelée la Charnève, en laquelle ladite effigie a été attachée à une potence expressément érigée, et, après, brûlée avec lesdits livres à petit feu par ledit exécuteur, lequel amis à pleine et entière exécution ladite sentence pour le regard de ladite effigie, selon sa forme et teneur, en présence de Guignes Ambronsin, crieur et trompette de Vienne, Claude Reymet, Michel Basset, sergens royaul Delphinaux, Sermet des Champs de Vienne et plusieurs autres gens illee assemblés pour voir faire ladite exécution. »
Pendant qu'on le brûlait, à Viehne, en effigie, où était Michel Servet ?