MICHEL SERVET MÉDECIN A CHARLIEU
un ami dévoué aux malades, un débonnaire actif et désintéressé. Sa popularité lui suscita des envieux. Un de ses confrères en l'art de guérir voulut le faire assassiner. Servet dans un des interrogatoires qu'il eut à subir à Genève s'est expliqué sur cet incident.
Calvin, dit Albert Uilliet,dans son livre sur le procès de Michel Servet, « voulait faire de l'accusé un querelleur et, coûte que coûte, un débauché, afin de trouver dans son manque de chasteté le motif qui « l'a mû et incité à traiter tant avant des choses principales et fondements de la religion chrétienne ». Dans ce but il lui fit poser cette question :
— - « A-t-il jamais été accusé de crimes ou autre forfait, et constitué prisonnier ailleurs qu'à Vienne et ne s'est-il point trouvé en des noises et batteries où il ait blessé autrui ou ait été blessé lui-môme? »
A quoi Servet répondit :
— « Qu'en la ville de Cliarlieu, allant de nuit vers un malade, il fut, par l'envie d'un autre médecin de ladite ville, aggressé par certains parents et favoris dudit médecin, et là fut blessé et blessa aussi l'un des autres, pour laquelle chose demeura deux ou trois jours aux arrêts. Mais, hormis cela, ne fut oncques ni accusé, ni prisonnier, jusque dernièrement à Vienne. »
Ce petit drame est tout ce qu'il y aurait à noter sur le séiour de Servet à Cliarlieu, si, à propos de son habitation dans cette localité, Calvin et ceux qu'il inspirait, n'avaient, dans une intention diffamatoire, habituelle aux gens d'l':glise, et qui fait partie de leurs moyens de polémique, essayé de mettre en suspicion les mœurs de l'anlitrinitaire.
— « Etant à Cliarlieu, lui demande le procureur général de Genève, n'avez-vous pas tenu propos de vous marier à une fille dudit lieu?
— « Que ouy, réplique Servet, mais ne le voulus point faire, voyant l'état de ma santé. »
L'interrogatoire se poursuit :
— « N'avez-vGus point paillarde audict Charlieu ou ailleurs ? '
^ « Que non.
— « Quand on vous parlait mariage, ne disiez-vous pas qu'il se trouvait assez de femmes sans se marier?
— « Je n'ai point souvenance d'avoir dit cela, ou l'ai pu dire en gausserie pour donner à entendre n'être point impotent;, car je n'avais que faire de le laisser savoir. »
On insiste. La calomnie ne lâche pas facilement sa proie. On lui pose pour la plus grande gloire du dogme de la Trinité cette extraordinaire question :
— « Comment, vu son âge, il s'est pu tant longuement contenir de se marier? » Et on affirme « qu'il se trouvera qu'il a mené vie dissolue et qu'il n'a eu cure de vivre chastement et en vrai chrétien », et que ses doctrines impies ont été le résultat de son libertinage.
Le malheureux Servet est obligé alors à cet aveu :
— « Je ne me sentais pas potent, vu que je suis coupé d'un côté et de l'aultre rompu.
— « En quel âge avez-vous été coupé d'un costé et rompu de l'aultre?
— « Vers l'âge de cinq ans. Toujours pendant toute ma vie, loin de n'avoir eu « ni zèle ni cure de vivre chastement », j'ai été « studieux de la sainte Ecriture, ayant zèle de vérité ».
Ces mots étaient l'exactitude même. A Charlieu, ainsi que plus tard à Vienne, Servet vécut chéri des pauvres, estimé des gens honnêtes, placé au-dessus de tout soupçon injurieux. Certes, son esprit d'une extrême mobilité, sa curiosité toujours inquiète, sa facilité à courir le monde et à changer de profession, étudiant en