‹ Michel Servet et Calvin [microform]Chapitre 3 sur 51 · NAISSANCE DE MICHEL SERVET · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE MICHEL SERVET

dans une affirmation d'agonie : « Jésus, Fils du Dieu

éternel, aie pitié de moi !»

« Puis il fut cendre lui et son livre (27 octobre 1553)...

« Où donc est le Caracalla qui Ta condamné au supplice ? Où le Néron ? Où le Dioclétien ? Où le tyran couronné qui a prononcé l'arrêt de flétrissure et de mort contre le chrétien espagnol ?

« Ne chercliez pas un païen parmi les persécuteurs.

Il n'y en a point.

« Tous les bourreaux du martyr sont des chrétiens.

« Des chrétiens de Rome, sans doute? Des prêtres de

linfaiflibilité papale? Non.

u L'homme autour duquel tout s'empresse et s'abaisse, et qui reçoit des félicitations unanimes, est-ce Torquemada ? Quel nom porte l'inquisiteur qui tient une si haute place, le regard levé vers le ciel?

« Ce n'est pas un inquisiteur catholique : c'est Calvin, le chef protestant de Genève.

« Au-dessus de la nuée de témoins obscurs qui l'entourent avec admiration, surgissent, au premier rang, les réformateurs illustres qui lui décernent la palme du triomphe. Voyez comme ils s'inclinent devant l'atroce piété du Picard I

« Le plus près de Calvin se tient Ulrich Zwingle, comme s'il trouvait une sorte de joie à voir tourbillonner la flamme du bûcher, lui qui aurait voulu « qu'on ne laissât point d'air au blasphémateur espagnol ».

« A côté de Zwingle, se trouve Jean Œcolampade de Baie qui a déclaré que « l'impie Servet était si plein d'orgueil, si présomptueux disputeur que nul supplice ne serait trop cruel pour lui. »

« Le troisième, dans l'alliance pour le meurtre, c'est Martin Bucer de Strasl>ourg. Jadis il avait souhaité qu'on mit en pièces, publiquement, le novateur éhonté

qui avait jeté par-dessus bord tous les pères de TÉglise croyants à la Trinité.

« Mélanchthon, — le doux Mélanchthon, — unit sa voix, — sa douce voix, — à celle des martyriseurs. Il félicite Calvin d'avoir donné aux générations futures, par cette exécution capitale, un pieux et mémorable

exemple.

« Tel est aussi Tavis d'Urbain Rhégius : il ne comprendrait pas qu'on eût épargné cet homme si obstiné, ce serpent de toutes les hérésies. ""

« Alexandre Halésius vient, à son tour, féliciter les

juges.

« Les Genevois, dit-il, ont conquis l'estime de l'Eglise

entière, pour avoir écarté le nouveau Mahomet. »

«Plus près de Calvin, autour du bûcher, se tiennent les amis intimes du Picard, les insulteurs de Servet, durant qu'il gravissait le calvaire qui le menait à la mort affreuse. Guillaume Farel, l'anathème encore sur les lèvres, est là, orgueilleux, brutal, satisfait. C'est lui qui devant tout le peuple a dénoncé comme impies, lâches et inhumains, les juges qui n'oseraient point condamner à mort l'homme dont les blasphèmes avaient mérité mille supplices. »

« Voilà Bullinger, de Zurich, dont Tàme frémit encore au souvenir des hérésies espagnoles. « Car, dit-il à un Polonais qui se trouvait près de lui, si Satan lui-même venait de l'Enfer, il ne parlerait pas autrement que l'espagnol. » — « Oui, répond Pierre martyr, qui entendait cette déclaration, Servet est le fils vivant du Diable ; son enseignement fait horreur. C'est une peste qu'il fallait anéantir. «

« Et Théodore de Bèze, et Viret, et Grynœus, et Zanchi, et Musculus, tous forment un chœur sacré et entourent le bûcher en flammes, criant : « Vive Calvin ! Vivent les magistrats qui ont applaudi au meurtre I

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