‹ Michel Servet et Calvin [microform]Chapitre 36 sur 51 · question. — S'il a lu un livre de loix appelé le · texte numérisé non relu

question. — S'il a lu un livre de loix appelé le

Code Justinien?

Répond Servetus. - Qu'il a vu et lu quelques parties du dit code, lisant quelques rubriques çà et là, ainsi qu'on étudie à l'école, et qu'il y a vingt-quatre qu'il ne le vit.

/(}« question. —Vu qu'au dit livre, au chapitre De summa Trinitate et fide catholica, ceux qui parlent contre la doctrine de la Trinité et qui tiennent mômes opinions que celles du dit Servet (sont condamnés), comment il a osé entreprendre, maintenir, continuer, faire imprimer à plusieurs fois telles méchantes doctrines?

Répond Servetus. — Que Justinien n'était pas du

temps de la primitive église, mais que de son temps il y avait déjà beaucoup de choses dépravées et que les évoques commençaient jà leur tyrannie, et étaient déjà introduites les accusations criminelles en lÉglise.

i /« question, — Vu qu'il maintient que son premier livre De Trinitatis erroribus n'a point été condamné, ni brûlé, pourquoi c'est qu'il ne retint quelqu'un des dits

livres.

Jiépond Servetus. — Pour ce qu'il venait en France, où il craignait d'être surpris et n'osait porter les dits livres en ce lieu où ils lui eussent pu causer mort.

i2^ question. — Sous quels médecins il a été fait docteur, et, en quel lieu, et qu'il en fasse foi de ses lettres?

Jiépond Servetus. — Qu'il a étudié sous Jacques Sylvius, Fernel et Gunthérius et a envoyé les signatures d'eux et qu'elles sont demeurées à Vienne.

/3« question. — Vu qu'il a confessé au dixième interrogatoire qu'il eut offensé Dieu de cacher et ne communiquer aux autres la doctrine qui lui a été révélée, comment il s'est contenu d'en parler, sinon aux trois docteurs par lui nommés?

Ilépond Servetus. — Pour ce que Notre-Seigneur nous a commandé de ne jeter les marguerites devant les pourceaux, il ne voulait mettre cela devant les gens n'en étant pas capables, mèmement étant entre les papistes là où il y a grande cruauté et persécution.

CALVIN DIFFAMATEUR

/4« question. - S'il n'a pas écrit plusieurs lettres et épistres touchant icelle doctrine à plusieurs et à quels personnages même en Italie ?

Répond Servetus. - Qu'il n'a écrit qu'à M. Calvin et à M. Abel, et une lettre qu'il envoya à Pierre Viret, et oncques il n'en écrivit à autre, ni en France, ni en Italie, ni en tout le monde.

io^ question. — Si celui qu'il a nommé Guille, qui était correcteur à Vienne, pour Balthazar Arnollet, lorsque son livre fut imprimé, n'avait pas toute la charge de l'imprimerie, en Fabsence du dit Arnollet.

Répond Servetus. - Que quand Arnollet était absent, cestuv Guille la gouvernait, et, quant à son livre, le dit Guille n'y gouverna jamais rien, ni le vit jamais, qu il

sif'he

i fy^' question. - Le dit Arnollet n'était pas absent

lorsque le dit livre fut imprimé ?

Répond Servetus. — Qu'il allait et venait.

i 7^' question. — Si le dit Arnollet savait et entendait ce qui était contenu au dit livre quand on l'imprimait?

Répond Servetus. - Que non ! Le dit Arnollet n entendait pas le latin.

/ 8' question. - S'il ne dit pas au dit Arnollet que le dit livre était bon et qu'il se vendrait bien en Allemagne?

Répond Servetus. - Qu'il peut être qu'il lui ait dit ce

qu'il pensait qu'il fut bon et qu'il se vendrait bien.

/.9« question. - Si le dit Guille correcteur ne donna pas aussi à entendre au dit Arnollet que le dit livre était bon et se vendrait bien ?

Répond Servetus. — Qu'il n'en sait rien, car le dit correcteur n'avait point lu le livre.

20^ question. - Si le dit Guille n'a pas vu les copies et épreuves du dit livre ou aucunes d'icelles lorsqu'on imprimait le dit livre?

Répond Servetus. — Que la copie le dit Guille ne la vit jamais, car il, Servet, la portait feuillet en feuillet, ainsi que le compositeur n'avait affaire ; et apportait toujours ce qui était fait, et quant à Tépreuve, pour ce que le dit Servet allait là sur le tard, il ne sait si le dit Guille peut avoir vu quelques épreuves.

5/« question. — Si le dit Guille ne lui demanda pas la copie du dit livre pour le traduire en français?

Répond Servetus, — Que non, et qu'il brûlait toute la copie pour ce qu'elle était écrite de sa main, incontinent qu'il était fait quelque feuillet.

?2^ question. — S'il dit que non, sera interrogé comment serait possible que le dit Guille, ayant charge de toute la dite imprimerie, et en étant le correcteur ordinaire, et payait les compagnons, et tous les frais du dit Arnollet, se fut abstenu de voir les dites épreuves et copies devant ou après qu'elles étaient levées de dessus la presse ?

Répond Servetus, — Que devant que le dit Guille vint à Vienne, il avait fait convention avec le maître et que le dit Guille n'avait que faire de son livre, car il n'était ([uc valet.

?.')'' question. — S'il persiste encore à nier, faudra lui remontrer qu'il ment et que ce serait chose impossible.

Répond Servetus. — Que le maître avait convenu avec lui, en absence du dit Guille et qu'il corrigeait luimême, tellement que le dit Guille n'avait au livre, charge, ni ne se devait mêler au dit livre.

24"" question, —Sera interrogé si de ces choses s'en veut rapporter aux dits d' Arnollet et de Guille et à ce

qu'ils en ont dit.

Répond Servetus. — Qu'ils sont gens de bien, qu'ils ne veulent pas dire, si non la vérité, de quoi, en ce qu'ils diront vérité, les croira.

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25' question. - Sera interrogé quel était le surnom du dit Guille, et si ce n'était Guillaume Guéroux?

Répond Servetus. — Qu'il ne sait pas son nom et qu'il ne l'a fréquenté que quatre ou cinq mois depuis qu'il était venu à Vienne et qu'il ne l'a jamais oui nommer que maî're Guille. » ^

L'insistance de l'accusation à mettre en cause 1 imprimeur Arnollet et son prote se brisa devant les dénégations très nettes de Servet. Il s'appli<iua, dans les réponses relatives à l'imprimerie de Vienne, à revendiquer pour lui seul toutes les responsabilités. Dédaignant outrages, menaces et insinuations tendancieuses et destinées à le troubler, il maintint ses dires et fit justice des manœuvres in([uisitoriales du calvinisme par cette simple et loyale parole : « Les imprimeurs sont gens de bien, ne voulant dire autre chose que la vérité, et qu'il croira en ce qu'ils diront vérité. » 1 L'accusateur calviniste passa ensuite aux imputa-

1 lions diffamatoires et immondes.

26^ question. - En quel âge il a été coupé d'un côte

et rompu de l'autre?

Répond Servetus. - Que cela est hors de sa souvenance, et que c'était de son âge, peut-être de cinq ans.

27^ question, - Si lui étant à Gharlieu n'a pas tenu propos de se marier à une iille du- dit lieu?

Répond Servetus. - Que oui ; mais il ne le voulut faire, vovant qu'il ne se sentait pas capable.

28'^' question. — Si quand on lui parlait mariage, il ne disait pas qu'il se trouvait assez de femmes sans se marier ?

Répond Servetus, — Qu'il n'a point souvenance d'avoir dit cela, ou qu'il le pourrait avoir dit en gausserie, pour donner à entendre qu'il n'était pas imputant, car il n'avait que faire de le laisser savoir.

29' question. - S'il n'a pas paillarde au dit Gharlieu et ailleurs ?

Répond Serveius. — Que non ! »

Quelle étonnante procédure et quelles extraordinaires questions à propos d'un procès intenté pour ofïenses à la Trinité !

30'^ question. — Que signifie ce qu'il a répondu que la vérité commence à se déclarer et s'achèvera?

Répond Servetus. — Qu'elle a commencé à être déclarée du temps de Luther et a suivi jusqu'ici et qu'il pense qu'elle se déclarera encore plus oultre quant aux choses qu'il entend n'être encore bien déclarées. »

Cette admirable réponse ne satisfait pas l'accusation; elle insiste et demande à l'accusé : « Quelles choses ne sont encore déclarées?

Répond Serveius, — Qu'il entend ce que M. Calvin a dit du libre arbitre et de la descente aux enfers, qu'il dit ([ue n'est que fable, que cela n'est pas bien éclairé. »

Interrogé « qu'il déclare pourquoi? Répond qu'il en a parlé jà en son livre, et qu'il s'offre en déclarer davantage devant gens savants, quand il plaira à messieurs, par les paroles mêmes de Notre-Seigneur Jésus- Christ et des Saintes Escriptures et des anciens docteurs de rÊghse.

Si" question, — Si par cela il n'entend pas que sa doctrine sera reçue et que c'est une doctrine de vérité?

Répond Servetus, — Qu'il ne peut avancer si sa

DOCTRINE sera REÇUE OU NON, MAIS QU'lL ENTEND QU'ELLE SOIT VÉRITÉ jusqu'à CE Qu'ON LUI MONTRE LE CONTRAIRE, ET QUE, AU COMMENCEMENT, TELLES CUOSES SONT RÉPROU- VÉES QUI, APRÈS, SONT REÇUES. »

La réponse est de noble allure et de haute portée. Voici de quelle question elle est suivie.

5^*^ question. — Qu'il réponde pertinemment sur ce qu'il avait été interrogé à ce propos, qu'une telle proposition donnerait toute occasion aux jeunes gens de paillarder, adultérer, dérober, tuer et commettre tous

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autres crimes comme étant pardonné par la doctrine du dit Servet, qu'ils ne pécheront point. Joint que la réponse qu'il a faite ne correspond à l'interrogat et contient une contrariété évidente, en ce qu'il dit que les seigneurs peuvent punir les dits jeunes gens comme il leur plaît, car s'ils ne pèchent point devant le dit âge de vingt ans, ce serait mal fait aux magistrats de les punir, car nul crime ne peut être sans dol et péché?

Répond Servetus. — Qu'il le peut et le veut prouver (par les livres allégués en la page 303 de son livre imprimé), selon la loi et qu'il avait dit que l'on devait punir selon que la justice connaissait, non pas mortellement, mais comme en fouet, en prison et autres sortes et qu'il n'entend avoir parlé impertinemment.

33'' question. '-'^i ce n'est ims une fausse doctrine et opinion de dire que, maintenant, nous ne sommes que sous la loi, quant à juger si nous péchons ou non? Répond Servetus. — Que nous ne sommes pas dessous la forme de juger selon la loi, mais que la loi nous enseigne bien le péché, et que cela n'est point fausse doctrine, pour ce que, maintenant, on ne juge pas ainsi que l'on jugeait sous la loi, comme il l'a montré, en l'épître 23« de son livre imprimé.

.34« question. — Puisqu'il savait bien que le livre Alcoran est un méchant livre, plein de blasphèmes, pourquoi il en allègue des passages en son livre pour soutenir sa doctrine et excuser les Turcs.

Répond Servetus. — Qu'il l'allègue prétendant la gloire de Notre-Seigneur et l'allègue pour ce que le dit Alcoran en dit tout plein de bien et le fait plus grand que Mahomet et que de Mahomet il ne s'en voudrait aider non plus que du Diable.

35^ question. — S'il ne sçait pas bien qu'on ne peult fonder une juste excuse sur ung meschant livre et autheur de mauvaise doctrine?

Jlespond Serveius. — Qu'il confesse que le dict Alcoran est meschant mais qu'il n'y a pris que ce qui esloit bon et que en ung mescuant livre on peult bien

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