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mais Dieu regarde aux humbles, aux petits et tire vengeance du sang injustement répondu. Opprimer un innocent est facile et un moment suffit au méchant pour faire une plaie que cent médecins ne pourront guérir en beaucoup d'années. 0 Dieu qui lis dans mon cœur et qui connais mes ennemis, lève-toi et juge ma
cause ! »
Castellion fut pleuré, regretté après sa mort, parles humanistes du seizième siècle. Parmi ceux qui lui rendirent hommage il faut citer Montaigne. Au premier livre des Essais, au chapitre trente-quatrième, le charmant humoriste a mêlé le nom de Castellion à l'exposé d'un système ingénieux et tout neuf alors d'annonces et de renseignements publics : « Feu mon père, homme d'un jugement bien net, m'a dit autrefois qu'il avait désiré mettre en train quUl y eût dans les villes certain lieu désigné, auquel ceux qui auraient besoin de quelque chose, se pussent rendre et faire enregistrer leur affaire à un officier établi pour cet effet, comme : je cherche à vendre des perles, je cherche des perles à vendre ; tel veutcompagnie pour aller à Paris; tel s'enquiert d'un serviteur de telle qualité, tel d'un maître; tel demande un ouvrier, qui ceci, qui cela, chacun selon son besoin. Car à tout coup il y a des conditions qui s'entrecherchent et pour ne s'entr'entendre laissent les hommes en extrême nécessité. Je regarde comme une grande honte pour notre siècle qu'à notre vue, deux très excellents personnages en savoir sont morts en état de n'avoir point leur saoul à manger : Lilius Gregorius Giraldus en Italie, et Sebastianus Castalio en Allemagne. »
Calvin, dans la dernière de ses lettres à M. de Falais, dit en parlant de Castellion « qu'il est si pervers en toute impiété, qu'il aimerait cent fois mieux, lui Calvin, être papiste... » U disait vrai, ce jour-là. Le meurtrier de Servet, le persécuteur de tant de victimes est cent
fois plus près d'un Torquemada que d'Un Castellion.
Après le drame de Ghampel, Calvin, toutes les fois que l'ombre de Servet lui apparaît, parle, écrit exactetnent, — le croirait-on? — comme écrira et parlera Bolse'c, redevenu catholique, ce Bolsec qu'on ne nomme jamais sans ajouter à son nom la qualifieation de diffamateur, en sa vie privée, du Réformateur de Genève. Il y a, cependant, une nuance : Bolsec, qui n'avait pas fait tuer Servet, est moins insultant pour le martyr que ne l'est Calvin, qui, après l'avoir dénoncé à l'inquisition catholique, le livra à la persécution protestante de Genève. Bolsec, tout comme Calvin, tient Servet pour « un tnonstrueux hérétique », et n'a « nul déplaisir de sa mort » ; il désire, — toujours comme Calvin, — que les « semblables à Servet soient exterminés et l'Église de Notre-Seigneur purgée de telle vermine », mais si grossières que soient ces lignes, elles sont loin de l'âcreté, du fiel, de la sauvagerie haineuse qu'on trouve au récit calviniste des derniers moments de Servet. Elles n'égalent pas en violence et en méchanceté les paroles d'outrages que Théodore de Bèze répète dans deux passages de sa vie de Calvin :
« En 1 an 1553 Michel Servet, Espagnol, de maudite mémoire, survint, non pas homme, mais monstre horrible, composé de toutes les hérésies anciennes et nouvelles... Il a été mis au feu. Et qui en fut jamais plus digne que ce malheureux, ayant, par l'espace de trente ans, en tant et tant de sortes blasphémé contre l'éternité du Fils de Dieu, ... accumulé la plupart de toutes les puantises que jamais Satan vomit contre la vérité de Dieu, séduit une infinité de personnes, et, pour comble de malédiction, n'ayant jamais voulu ni se repentir, en donnant lieu à la vérité pour laquelle tant de fois il avait été convaincu, ni donner espérance de conversion. Pour la Un de ce propos, ceux qui trouvent mauvais un
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tel acte, - le brùlement de Servet, - ne sauraient mieux montrer ni leur ignorance, en blâmant ce qui mérite ûngulière louange, ni leur témérité quand ils s'en attaquent à celui qui n'a fait office que de pasteur fidèle, avertissant le magistrat de son devoir s'efforçant par tous moyens de ramener un tel malheureux a quelque amendement, et, finalement, n'oubliant rien pour empêcher qu'une telle peste n'infectât son troupeau. » Telle est la seule oraison funèbre que les chefs du calvinisme au seizième siècle aient accordée à l'homme de î^énie qu'ils avaient déloyalement dénoncé à l'inquisilion de Vienne et fait brûler à Champel sur un bûcher. EUe fait honneur également à leur piété et a leur humanité. Elle met aussi en relief leur responsabihte dans les persécutions que les catholiques exercèrent contre les protestants. Sept ans après la mort de Servet, le Parlement de France, dans ses remontrances au Itoij, dit textuellement : ^ ' «
« Ceux qui blâment la rigueur des Édits des feux roys François I-^^ et Henri second oflensent à tort leur honorable mémoire, car leurs édits sont justifiés par ceux mèmesquilesaccusent, aucuns desquels étantpersonnes
privées, sans juridiction, usurpateurs de la Seigneurie d'autrui, ont usé de peines rigoureuses contre ceux qu'ils ont jugés hérétiques comme les anabaptistes, Servet et autres. »