‹ Michel Servet et Calvin [microform]Chapitre 7 sur 51 · MICHEL SERVET A TOULOUSE · texte numérisé non relu

MICHEL SERVET A TOULOUSE

Mélanchthon, avec qui le jeune Espagnol était entré en relations, acceptait comme vérité essentielle, à l'exemple de tous les chrétiens de cette époque, le dogme de la Trinité. Servet, mieux instruit ou plus perspicace, ne voyait dans le dogme imaginé par le concile de Nicée (325) qu'une addition frauduleuse contraire à la dignité métaphysique de Dieu, aux enseignements de Jésus et des apôtres tels qu'on les trouve aux livres du Nouveau-Testament. Comme historien et comme théologien, Servet avait raison, mais il avait le tort héroïque d'avoir raison contre tout le monde. Obéissant à la vivacité et à l'ardeur de son esprit, il défendit sa conviction avec véhémence et tenta de l'exposer publiquement.

Quittant les fonctions qu'il occupait auprès de Jean de Quintana, il se rendit à Bàle afin de faire connaître ses doctrines particulières à (Ecolampade, prêcheur de grande autorité (octobre 1530).

Puisqu'une ère de libres discussions venait de s'ouvrir, pourquoi Servet n'userait-il pas du droit d'examen que s'accordaient, dans toutes les contrées de l'Europe, ^

les novateurs ? I

Par son exemple, la Réforme n'autorisait-elle pas| toutes les aspirations religieuses, toutes les ambitions doctrinales? L'œuvre de libération que Luther accomplissait en brisant les chaînes ecclésiastiques de la Bible captive, n'était point le privilège d'un seul individu, mais le devoir de tous les hommes. Quiconque était sincère, avait le droit de la tenter, de la reprendre, de la modifier. Qui donc, à l'heure où la conscience s'in-\ surgeait contre la vieille église, la proclamait déchue de son autorité tant de fois séculaire, au nom de la conscience affranchie et du savoir personnel, qui donc avait le droit de dire : « Tu t'inclineras devant mon infaillibilité ; tu t'arrêteras là parce que ma conscience

et ma science s'y sont arrêtées et tu n'iras pas plus loin ? »

Est-ce que Luther lui-même n'avait pas jadis, dans la première ferveur de sa révolte, proclamé la liberté illimitée de l'examen ? N'avait-il pas blamô toute contrainte matérielle, réprouvé tout châtiment corporel dans le domaine de la foi lorsqu'il avait écrit à l'empereur et à la noblesse allemande : a 11 faut convaincre les hérétiques par l'écriture et non les vaincre par les supplices? » N'avait-il pas confirmé cette maxime libérale dans la lettre à son ami Linck, où il disait : « Tu me demandes s'il est permis au magistrat de faire mourir les faux prophètes. J'aime peu les condamnations à mort, même tout à fait méritées. Puis dans cette affaire, une chose m'etoaie : c'est l'exemple donné. Voyez les papistes et, avant Jésus-Christ, les juifs. La loi ordonnait de tuer les faux prophètes et on finit par ne plus tuer que les prophètes saints et innocents. Je ne puis donc, en aucune façon, approuver que les faux docteurs soient mis à mort. »

Est-ce que trois ans plus tard (1523), Zwingle n'avait pas affirmé que « nul ne doit être excommunié, sinon celui qui cause un scandale par ses crimes, » et V que ceux qui ne reconnaissent pas leurs erreurs et « qui ne les abandonnent point doivent être laissés au « libre jugement de Dieu. »

Paroles de combat et d'afi'ranchissement vite oubliées après la victoire !

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