‹ Michel Strogoff [microforme]Chapitre 5 sur 51 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

IVAN, SANGAR.

Ivan (se redressant après avoir regardé si per sonne ne l’observe).—Et dans quelques jours, j’aurai}: passé la frontière ! a:

SaNeani Hi c'est a!0Ts, Ivan, que tu seras réelle. «

‘rmênt ‘ibré, de

IVAN. — Libre. je le suis déià, ges à toi, qu { m'as fait évader de la forteresse. de Polstock, où le:

|czar, que je hais, me retenait prisonnier ! C’est par toi, par tes bohémiens dévoués que j'ai pu correspondre avec Féofar-Khan. C'est grâce à toi, enfin, que j'ai pu pénétrer dans le palais du gouverneur, jet que je vais obtenir ce passeport, sans lequel je n'aurais jamais pu franchir la frontière pour aller rejoindre les armées de l’émir... Sangar, je ne l’oublierai pas.

SANGAR.—Depuis le jour où tu m’as sauvé, pendant cette guerre de Khiva, depuis que le solonel van Ogareff a ramené à la vie le bohémien que les Russes venaient de fouetter comme espion, le bohémien t’appartient corps et âme! Il est devenu le mortel ennemi de ces Russes qu'il hait autant que tu les hais toi-même. Ivan, il n'y a plus rien de moscovite en toi! Que ton épaule saigne toujours à l'endroit où l’on a arraché l’épaulette, comme mon épaule saignera toujours à l’endroit où le fouet a déchirée !

| Tvan.—Ne crains rien! ma vengeance marchera de pair avec ia tienne. | ! SANGAR.—Ah! je le retrouverai, ce Sibérien… ce Pierre Strogoff qui m'a dénoncé aux Russes! Je le retrouverai, dussé-je aller le saisir jusque dans Kolyvan dont les Tartares vont bientôt s'emparer!

! Ivan.—Comme ils s’empareront d’Irkoutsk, conduits par moi à l'assaut de cette capitale! Ah! srand-Duc maudit! en me cassant de mon grade, en me faisant emprisonner, tu as fait manquer ce premier soulèvement que j'avais organisé ! Muis je uis libre, maintenant ! Rien ne pourra sauver rkoutsk, et là, tu périras, d’une mort infamante, Sur les murs mêmes de la ville en flammes!

4 SANGAR.—Oui, mais il faudrait éviter tout retard,

at ce passeport promis par le gouverneur.

+ IVAN.—Dans cinq minutes je l'aurai, et je m'élan-

derai, d’un seul vol, de Moscou aux avant-postes de Rémir ! Prends garde, on vient !.….

es 14 + SCÈNE VI.

LES MÊMES, LE GOUVERNEUR, LE GÉNÉRAL, Puis UN AIDE DE CAMP.

LE GOUVERNEUR (entrant par la gauche, tenant un ! passeport à la main).—Tiens, es-tu content ? Regarde. : (Il remet le passeport à Ivan.)

IvAN (après avoir lu).—Ah ! Excellence, avec un pareil permis, on passe partout ! Il n’y manque plus. |

LE GOUVERNEUR.—Que ma signature, et je vais à l'instant même... (1! s’approche de la table, s'assied et prend la plume. Un aide de camp entre.)

L'AIDE DE CAMP.—Un pli pour son Excellence !

(Il remet un pli cacheté. Le gouverneur le lit.)

SANGAR (à Ivan).—Maiïs il ne signera donc pas ! Ivan (bas).—Patience !

LE GOUVERNEUR (au général qu’il emmène à gauche). — Général, nous parlions tout à l’heure du colonel Ivan Ogareff.

SANGAR (bas).—Ton nom !

| IVAN (bas).—Tais-toi.

LE GouvEeRNEUR.—Ce traître qui fut cassé de son grade et condamné à mort pour avoir fomenté, une fois déjà, le soulèvement des Tartares.…

y” LE GÉNÉRAL.—Oui, Ogareff, dont l’empereur a commué la peine en une perpétuelle détention dans la forteresse de Polstock.

LE GOUVERNEUR.— II s’est échappé récemment de sa prison. Voilà ce qu’on m'’écrit du cabinet de Pétersbourg : ‘‘ Ivan Ogareff s’est enfui!...” Il faut mettre toute notre police sur sa trace.

} { } ï ni

Le GÉNÉRAL.—Nous ferons très sévèrement gar- | der la frontière que, sans un passeport, il ne pourra franchir.

LE GOUVERNEUR (s’asseyant à table et écrivant) —- Que les ordres soient transmis sans retard. Il importe que le Grand-Duc soit prévenu au plus tôt, |car cette lettre du ministre me marque que, d’après lune correspondance, saisie depuis l’évasion d’Ivan | Ogareff, le plan de ce traître serait de pénétrer dans | Irkoutsk, et s’il y parvient, c’est la mort du Grand- Duc, objet de sa haine personnelle!

| Ivan (à Sangar).—Mais ils savent donc tout !.… Allons... (S’approchant.) Excellence !

LE GOUVERNEUR.—Que me veut-on ?..… Qui ose ‘se permettre ?.…

IVAN.— Pardon, monseigneur.…

LE GouvERNEUR.— Ah! c’est toi !.. Eh bien !.… Eh bien !... attends ! (1! continue d'écrire.)

IvVAN (bas).—Que va-t-il décider ?

LE GoUvERNEUR (se levant, au général).—Faites partir cette dépêche. Grâce à elle, ce misérable ne passera pas la frontière, et toi... (Zvan s'incline) tiens, voici ton permis... Personne n’entravera ta route |

IVAN (avec ironie).—Monsigneur, vous ne saurez jamais tout ce que je vous dois de reconnaissance ! LE GoUvERNEUR.—C’est bon, c’est bon !... Val!

, Ivan (à part).—Viens, Sangar.… Libre maintenant, et bientôt vengé ! (Zvan, Sangar et les bohémiens sortent par la porte de gauche. Blount et Jollivet entrent de droite.)

En 16 css SCÈNE VII.

Page 1