IVAN, STROGOFF, UN OFFICIER
L’OrFIcIER (à Strogoff).--Attendez ici !… Je vais aller prévenir Son Altesse le Grand-Duc de votre arrivée.
STROGOFF.--J’attends.. mais hâtez-vous.
IVAN (à part, au fond).—Michel Strogoff. (L'oficier sort.) Comment, aveugle, a-t-il pu arriver jusqu'ici ?
STROGOFF.——I] n’y a pas un intant à perdre !
Ivan.—-Oh! non, pas un instant. (Appuyant sœ main sur l'épaule de Strogoff.) Michel Strogoff. reconnais-tu ma voix ? |
STROGOFF.—Oui, c'est la voix d’un traître !.. C’es la voix d’Ivan Ogareff.
IvAN.—Ogareff, auquel tu n’échapperas pas, cette fois !… Ogareff, que n’arrêtera pas ce vain commandement du Koran qui protège les aveugles !.… Ah ! tu te réjouis, n'est-ce pas ? d’avoir pu arriver à temps pour accomplir ta mission et sauver à la fois Irkoutsk et le Grand-Duc ?
STROGOFF.--Peut-être.
IvAN.--Tu espères encore !... mais sache donc que nous sommes seuls ici! Avant que nul vienne, mon poignard, fouillant dans ta poitrine, t’en arrachera le cœur.
STROGOFF (froidement).--Essaye.
Ivan.—Tu oses me braver... quand je te tiens
seul et sans défense! quand je n’ai qu’à choisir la place pour te frapper! Ah ! comme je vais te tuer!
STROGOoFF.—J'’attends ! (Zvan s'approche de Strogof, mais le coup est détourné et Strogoff lui arrache son poignard.) Eh bien, j'attends toujours.
Ivan.—Est-ce un rêve !... Un miracle n’a pu se faire pour ce misérable !.…
STROGOFF (s’avançant vers lui el lui prenant le bras). — Alors pourquoi trembles-tu ?
Ivan (voulant se dégager).—Non T..… C'est imposaible !.…
Srrocorr.—Tvan Ogareff, ton heure suprême est arrivée !… Regarde de toustes yeux, regarde !..
IvaNx.—Miséricorde ! Il voit ! il voit ! il voit !
SrRoGoFF.—Oui, je vois sur ton visage de traître la pâleur et l’épouvante ! Je vois la trace du fouet, le stigmate de honte dont j’ai marqué ton front! Je vois la place où je vais te frapper, misérable ! Ah ! comme je vais bien te tuer !
Ivan (se redressant).—$Soit ! mais tu me frapperas debout ! Je mourrai du moins en soldat !
SrRoGOFF. — En soldat, toi ?.… Non... Tu vas mourir comme doit mourir un traître, à genoux! Allons, à genoux! pour expier l’outrage que tu m’as infligé ; à genoux ! pour avoir fait honteusement fouetter mon père ; à genoux! pour avoir trahi ta patrie. A genoux ! misérable, à genoux !
ON
Ivan cherche à s'emparer du poignard pour en frapper Strogoff et parvient à le lui prendre. Mais Strogoff lui saisit la main et la dirige de telle sorte qu’'Ivan se frappe luimême et tombe.