‹ Michelet et son tempsChapitre 2 sur 51 · MICHELET CINQUANTE ANS APRES SA MORT · texte numérisé non relu

MICHELET CINQUANTE ANS APRES SA MORT

À La France littéraire a célébré en 1924, trop modeste-

ment d’ailleurs à mon sens, le cinquantième anniver- | saire de la mort de Michelet. Une cérémonie a eu lieu

au lycée Michelet, sous la présidence du Ministre dé

. l'Instruction Publique, pour commémorer le souvenir Näu grand historien. Mais un véritable monument à été | à sa gloire : on a publié l’ouvrage posthume que lui - a consacré son disciple et son ami, Gabriel Monod : … La vie et la pensée de Jules Michelet (1).

Jusqu'à présent la critique s’était surtout occupée de l'historien et de l'artiste : l’homme semblait encore “lui échapper. Aucune biographie de Michelet n’existait.

“On avait abondamment disserté sur la vérité et l’exac-

DA

x INTRODUCTION

tion visionnaire de l’histoire et la personnalité créatrice, lyrique de l’auteur, on l'avait deviné, c’est vrai, on ne l'avait pas suffisamment éclairé, on ne l'avait pas dégagé avec assez de netteté.

Sans doute sa vie, si simple en apparence, ne nous était pas tout à fait inconnue. M” Michelet, sa seconde femme, avait publié des volumes soi-disant autobiographiques : Ma jeunesse (1884), Mon journal (1888), des récits de voyages : Rome (1891),, Sur les chemins de l’Europe (1893), etc. Que valaient ces ouvrages et dans quelle mesure, faisaient-ils revivre le vrai Michelet ? Ils n’en expliquaient qu’un ou deux aspects (l’étudiant, le voyageur), et à vrai dire, ils laissaient des doutes sur leur authenticité dans l'esprit du lecteur averti. On n'osait leur attribuer trop de crédit, et la méfiance qu'ils inspiraient n'était, nous le verrons plus loin, que trop justifiée. Sans doute aussi Gabriel Monod avait publié des études sur Michelet, mais les unes, comme son Jules Michelet, écrit en 1875, aussitôt après la mort de l'historien, étaient plutôt des esquisses générales, dessinées avec fermeté, d’un trait volontairement simplifié ; les autres, comme les nombreux articles qu'il répandit dans des revues, étaient riches en inédits, curieuses et documentées, mais d’une portée inégale, d'un caractère souvent épisodique et d’un domaine limité : je cite par exemple son étude sur Michelet et l'Allemagne qui parut dans la Revue Germanique en 1904, ou sa contribution aux Mélanges Wilmotte sur Michelet et les Flandres en 1909. Ainsi d’un côté, des études synthétiques et générales des définitions de l’œuvre, des portraits de l’écrivain, de l’autre des investigations particulières, des tableaux séparés, des coups de sonde jetés çà et là dans la vie et l’œuvre de l’auteur.

‘HN nous manquait une biographie intellectuelle de … Michelet. Nous l'avons depuis l’an dernier: c’est le

INTRODUCTION x!

dernier ouvrage de Gabriel Monod, en réalité son cours professé de 1905 à 1910 au Collège de France, édité par les soins de M. Henri Hauser.

Cette publication capitale jette plus d’une clarté sur l’obscur mystère de la création spirituelle et sur certaines profondeurs de cette âme tourmentée que fut Michelet. Les frémissements de. l'Histoire de France se relient aux vibrations intimes du journal inédit et des lettres inédites que Gabriel Monod a sortis en partie de l’ombre. C’est aujourd’hui qu'on sent la valeur de cette phrase de Sainte-Beuve : « On s’enferme avec les écrits d’un mort célèbre, poète ou philosophe, on l’étudie, on le retourne, on l’interroge à loisir, on le fait poser devant soi... Au type vague, abstrait, général qu’une première vue avait embrassé, se mêle et s’incorpore par degrés une réalité individuelle précise, de plus en plus accentuée et vivement scintillante... le portrait parle et vit, on a trouvé l’homme. »

L'homme ! Comment en faire un seul instant abstrac-

. tion quand il s’agit de Michelet ? Dans sa vie studieuse

et fervente, il confond sa personne et son œuvre. Il déverse son cœur dans l’histoire et il prétend retrouver

… l’histoire dans son cœur. Pour ressusciter le passé, il

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