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tarder à Montalembert dont il attend un compte rendu.
Mais celui-ci vient de perdre son père, et est obligé de ) confier à d’autres le soin de faire connaître le premier / grand ouvrage de son ami. Voici sa lettre :
Ce 30 juin 1831.
Vous savez, mon cher monsieur, le malheur terrible et imprévu qui est venu m'accabler. C’est au moment des plus lugubres détails qu’on m'a remis votre précieux ouvrage. Je vous en remercie bien cordialement, et suis bien touché de cette marque de votre constante amitié. Dans le déplorable isolement où me plongent tant de pertes cruelles (r) et si rapprochées, j'ai plus que jamais besoin du soutien et
, de l’intérêt de ceux qui veulent bien ne pas m'abandonner. Harcelé par les mille petites misères qui suivent toujours un grand malheur, je n’ai pas un moment à moi pour lire
| cette Histoire que j'attendais avec tant d'’avidité et de sécurité. Mais le baron d’Eckstein, que j'ai vu aujourd’hui et à
} qui j'en ai parlé, m'a promis de s’en occuper sérieusement et d'en faire, pour l’Avenir, un résumé consciencieux. Cette promesse vous fera sans doute autant de plaisir qu’à moi. Il n'avait pas encore reçu votre livre. Si vous n’en aviez pas à votre disposition, je lui prêterais bien volontiers celui
que vous m'avez si généreusement destiné. Il est à la campagne, à Chatou, par Nanterre. On lui envoie tout par les diligences de Saint-Germain.
Croyez à mon sincère dévouement.
Ce Cu. DE MONTALEMBERT.
Mais cela ne suffit pas à l’impatience de Michelet, suspendu à la destinée de sa première œuvre, avide de succès et de réputation. Il frappe également à la porte " du Correspondant, et c’est encore Montalembert qui la | lui ouvre : « J'ai parlé à ces messieurs du Correspondant de votre ouvrage. M. de Cazalès se chargera lui-même de l’article (2). » Quelque temps après, comme le compte
(1) Montalembert avait perdu sa sœur Elise en septembre - 1829, et son ami Lemarcis en 1830.
. (2) Lettre inédite du 2 juillet 1851,
rendu de l'Avenir n’a pas encore paru, le fiévreux auteur revient à la charge auprès de son jeune ami. Celuici le tranquillise : « Le baron d’Eckstein nous a promis de faire un article sur votre admirable livre. S'il ne remplissait pas sa promesse, M. Gerbet ou moi nous nous efforcerions de le remplacer (1). »
Cependant, Montalembert, lui aussi, connaît la renommée. Il n’est plus seulement journaliste, il vient de se classer orateur. Dans une lettre datée de septembre 1831, Michelet l’appelle « l’homme le plus éloquent du siècle ». Pair de France depuis la mort de son père, il a plaidé, avec une conviction émouvante, devant la Chambre haute, la cause de l’école libre qu'il a fondée avec Lacordaire. Le voici maïntenant qui s’en va à Rome, à vingt-deux ans, en compagnie de Lamennais, pour défendre aux pieds du Pape la cause de l'Eglise et de la démocratie. Il prévient Michelet de son départ :
Paris, 20 novembre 183:.
Mon cher mousieur,
Je pars pour Rome dans deux jours ; je n’ai pas un moment pour aller prendre congé de vous, maïs j'ai recours à votre obligeance pour vous demander quelque recommandation, si cela vous est possible, pour Pise et Bologne. Peutêtre seriez-vous assez bon en même temps pour me dire quels sont les ouvrages les plus indispensables à un pauvre ignorant comme moi. J’emporte vos deux précieux volumes (2) pour les étudier sur les lieux.
Votre bien dévoué,
Cte CH. DE MONTALEMBERT.
A son retour de Rome et de Munich, — où il a appris, par l’Encyclique Mirari vos, la condamnation de l’Avenir,— pressé sans doute par Michelet de venir lui raconter son voyage, il lui écrit de nouveau :
(1) Lettre inédite sans date, (2) L'Histoire romaine.
MICHÉLET ET MONTALEMBERT ail
Paris, 25 septembre 18332.
Mon cher monsieur,
Je regrette bien vivement que mon départ immédiat pour les provinces de l'Ouest et du Midi m’empêche de repasser chez vous pour causer de cette belle Italie et de cette douce Allemagne qui nous sont si chères à tous deux, de l'Italie surtout que vous avez si admirablement bien jugée dans votre Introduction à l’histoire de la philosophie (x).
À mon retour en novembre, avant de partir pour Munich où je me propose de passer l'hiver, j'irai prendre vos avis et vos commissions.
Je vais être bien indiscret : oserai-je vous demander un exemplaire de votre Histoire romaine, au lieu de celui que ,eûtes la bonté de me donner naguère et que le Père Ventura (2) m'a demandé avec tant d’instances qu'il a bien fallu le lui laisser ?
Veuillez, je vous prie, m'inscrire parmi les souscripteurs de votre Histoire de France dont j'ai lu le prospectus avec ‘un bien vif intérêt et croyez à mon sincère et respectueux dévouement.
Cte Cn. DE MONTALEMBERT.
L'« Histoire de France »
Un an plus tard paraissent les deux premiers tomes de l'Histoire de France, et Lamennais félicite ainsi Michelet: « Il est fort rare de rencontrer une aussi remarquable alliance du talent de l'écrivain, des recherches profondes et de la critique du savant. Je fais des vœux pour qu’un ouvrage qui contribuera tant à faire vivre
(1) Introduction à l'Histoire: universelle (1831). Montalembert confond avec l'Introduction à la philosophie de l’histoire de l'humanité dont Quinet avait fait précéder sa traduction de Herder.
(2) Théologien italien que Michelet avait rencontré à Rome en 1830, supérieur des Théatins et ami de Montalembert,
Le
votre nom, ne reste pas longtemps incomplet. C’est en faire encore pour la gloire de notre commune patrie (1). »
Après la condamnation de l'Avenir, tandis que Lamennais veut reprendre la lutte sur le terrain politique et social, Montalembert se consacre à la défense de l’art chrétien. Au moment où Michelet écrit ses plus belles pages sur les cathédrales, il entre en lice pour sauver de la destruction ou de la mutilation les abbayes menacées par la Bande noire. Il publie sa lettre à Victor Hugo sur le vandalisme en France (2).
Mais il n’abandonne pas les grandes causes morales et nationales qu’il avait plaidées dans l’Avenir. Il continue à lutter pour les peuples opprimés et accueille à Paris les émigrés polonais chassés par la répression russe de 1831. Il se lie avec le poète Adam Mickiewicz, qui devait bientôt être le collègue de Michelet au Collège de France et traduit son poème fameux : le Livre des Pèlerins, qui fait si curieusement pressentir, par sa forme et son rythme, les Paroles d’un Croyant. Michelet l'en complimente et l’en remercie : « Cette publication est grave. Je ne connais que l’ouvrage de Silvio Pellico qu’on puisse lui comparer (3). »
L'année 1834 marque la rupture définitive de Lamennais avec Rome et la soumission de Montalembert. Celuici vécut d’ailleurs alors plus d’un an en Allemagne, visitant les vieilles villes de Bavière et de Rhénanie, consultant les professeurs célèbres. Il y retrouva des amis de Michelet, le jurisconsulte Edouard Gans, le philologue Jacob Grimm. Mais déjà en dépit de lettres
(1) Lettre inédite du 18 décembre 1833.
(2) Voyez dans la Revue des Deuxz-Mondes du 1er mars 1833 : Ch. de Montalembert, Du Vandalisme en France. Lettre à Victor Hugo.
(3) Lettre inédite sans date,
amicales (1), de profondes dissidences s’accusaïenf entre l’historien et l’orateur.
ÿ L’un publiait ses Mémoires de Luther (1835), l’autre préparait sa Sainte Elisabeth de Hongrie (1836). Leurs tempéraments s’exprimaient dans ce contraste révélateur : Luther toute rudesse, toute révolte, tout peuple ; Sainte Elisabeth toute noblesse, toute douceur, toute
résignation. Il faut bien dire d’ailleurs que ce Luther de 1835, ne ressemble guère à celui que peindra Michelet vingt ans plus tard dans ses fameuses pages sur la Réforme. C’est un « libérateur de l'esprit humain » sans doute, maïs c’est aussi « un grand et malheureux homme ». Il est en proie « aux tentations de la chair, aux mauvaises perplexités de l’esprit ». Il n’est pas l’indomptable lutteur dont le trait dominant sera « la joie héroïque ». Aussi l’ami de Montalembert, Alfred
Nettement, qui avait été l'élève de Michelet à Sainte-
Barbe, félicite-t-11 l’historien de sa préface. et il écrit, dans la Gazette de France, le 12 octobre 1835, « que ces
. pages jettent à l'humanité une grande et terrible leçon »,
car « Luther eut encore plus d’agitations dans le cœur
qu'il n’en versa sur l’Europe ».
Une question se pose ici : quelle est, à cette époque, la pensée de Michelet en matière religieuse ?
On sait qu’il n’a jamais été catholique. Quand, en dépit d’un père voltairien, il se fit baptiser à l’âge de dix-huit ans, il ne cédait guère qu’à une fugitive exigence de mysticisme et il accomplissait seulement un geste symbolique dans un moment de crise et d’exaltation sentimentale. Tandis que Montalembert incline sa raison devant l'autorité, il soumet l’histoire et la religion au contrôle de la raison. Si Montalembert est libéral, et à vrai dire plus catholique encore que libéral,
(3) Lettres inédites du 5 février, du 15 mai 1835, etc. È 8
il est libre penseur. Maïs, en 1835, il n'oppose pas encore l'Eglise et la Révolution, le règne de la grâce et le règne de la justice. Il regarde, — en historien, — le christianisme comme la religion, sans doute éternelle, de l’humanité, et d’ailleurs sujette à des transformations progressives ; il considère que le catholicisme en est la première et légitime étape. Il pense, et il pensera jusqu’en 1842, que celui-ci doit périr sous sa forme médiévale pour renaître sous une forme moderne qu'il ne peut d’ailleurs définir. Rien ne l’empêche encore d'admirer la poésie du Moyen Age mystique, et il aime l'Histoire de Sainte Elisabeth de Hongrie : « Je suis ravi, écrit-il à Montalembert, le récit me charme surtout par l’harmonie d'idées et de style. »
L'année suivante, Montalembert le remercie à son tour de lui avoir envoyé le tôme III de l'Histoire Me France, par la belle lettre que voici :
Villersexel (Haute-Saône), ce 4 novembre 1837. Monsieur et ami,
Mon absence de Paris a été cause que je n'ai reçu qu'après un long délai le précieux cadeau que vous avez bien voulu me faire de vos deux derniers volumes sur l'Histoire de France (1). Je ne sais en vérité ce qui me mérite de votre part une bonté si constante et si aïmable ; je n'en suis digne que par ma profonde sympathie et ma vive admiration pour la révolution que vous opérez dans les études et
les idées historiques en France. Je ne puis résister au besoin de vous remercier de ces deux volumes ; je ne vous
en ferai pas l'éloge. Que peut-on dire sur des livres qui | commencent par vous donner la fièvre et puis qui vous | laissent dans l'épuisement et dans le découragement, tant |
on est stupéfait de cette colossale érudition jointe à une
verve si abondante, tant on désespère de pouvoir même | glaner après une si riche moisson ? C'est là du moins l'ef- |
fet que vos ouvrages font sur moi.
(1) Tome III, vol. 5 et 6.
NICHELET ET MONTALEMBERT 115
Vous savez quels dissentiments nous séparent. Vous savez qu’en détestant du fond de mon cœur cet ancien régimaä que ‘préconise le parti de la contre-révolution, j'aime d'amour ce vieux monde catholique dont vous racontez si éloquemment la chute en 1306. Vous savez que là où vous ne voyez qu’une forme helle et séduisante de la jeunesse des peuples, je vois la forme éternelle de la vérité. Mais ces dissentiments même me font d'autant mieux admirer le courage et l’impartialité avec laquelle vous appréciez les grands hommes et les grandes choses du catholicisme. Croyez bien que beaucoup de catholiques pensent comme moi et vous admirent avec moi: ne nous jugez pas tous
d’après les critiques ou le silence de certains journaux,
qui ne conçoivent pas comment on peut parler de l’Eglise ou de la France de Saint Louis sans y accoler un vœu pour le Duc de Bordeaux.
J’ai rencontré cet été en Suisse votre ami et élève M. Toussene] (1). Nouüs avons beaucoup parlé de vous. Il m'a raconté les tracasseries dont vous étiez l’objet à l’Ecole normale, etc. (2). Je les ignorais, mais je ne m'en étonne pas : soyez tranquille du reste ; ce n’est pas même de la postérité qu’il vous faut attendre la justice... [la fin de la lettre manque].
La rupture
Ilest difficile de préciser à quelle date exacte ont cessé les relations de Michelet et de Montalembert. Celui-ci renfloua l'Univers, financièrement très menacé, en 1838, mais ce n’est pas lui qui inspira les attaques du jaurnal catholique contre Michelet, au moment où parut le tome IV de l'Histoire de France. Louis Veuillot en était
(1) Ancien secrétaire de Michelet.
(2) L'année 1836 fut la dernière -année d'enseignement de Michelet à l'Ecole normale dont Victor Cousin était devenu le
… directeur. (Sur ses démêlés avec Cousin, voir G. Monod, op.
ci., tome I, p. 362.) IL fut suppléé par Victor Duruy en 1837 et
nommé au Collège de France en 1838.
La
Re.
devenu, depuis janvier 1840, le rédacteur principal et l'animateur ; Montalembert l'explique lui-même à Michelet :
Ce 2 décembre 1840.
Monsieur et cher ami,
Au retour d’une course en province, je retrouve votre lettre et je m'empresse d’y répondre.
D'abord l'Univers n’est pas ou n’est plus du tout mien ; mon influence a été depuis longtemps remplacée par un esprit qui me déplaît. Moi aussi, j'ai vivement regretté de ne pas trouver dans votre dernier volume cet esprit de justice et de filiale affection envers l’Eglise que j'avais salué avec tant de joie et de reconnaissance dans vos premiers volumes ; mais je n’en ai pas moïns blâmé et déploré la critique acerbe et superficielle de l'Univers.
Ensuite il n’a jamais été question de moi, sous aucun ministère, pour aucune ambassade, si ce n’est dans l’imagination fertile de quelques journalistes. Je n'ai rien demandé, et on ne m'a rien proposé. Je suis donc, comme vous voyez, tout à fait hors d'état de rendre au jeune ami que vous voulez bien me recommander le service qu'il désire.
Je suis au milieu des horreurs d'un déménagement de bibliothèque et compte retourner bientôt à la campagne, y travailler en paix. Mais je ferai tous mes efforts pour aller vous voir avant mon départ et vous demande, en attendant, de me conserver toujours une amitié à laquelle j'attache un très grand prix.
Veuillez croire à ma haute et affectueuse considération.
Cte Ce. pe MONTALEMBERT.
Le 1" février 1842, Michelet est encore prié à dîner chez le pair de France et celui-ci ajoute à son invitation: « M* de Montalembert s’estimerait bien heureuse de pouvoir faire votre connaïssance et vous dire elle-même toute l'admiration que lui a inspirée votre récit de Jeanne d’Arc (x): »
(1) Tome V de l'Histoire de France (1841).
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C'est une période douloureuse de la vie de Michelet. Son amie, M” Dumesnil, la mère de son élève et futur gendre, Alfred, se meurt chez lui d’un mal implacable et lui demande les secours de la religion. Le célèbre prédicateur, l’abbé Cœur, devient le confident de la malade et prend dans son esprit une place que seul Michelet avait jusqu'alors occupée. Celui-ci s'énerve, s’aigrit sourdement contre les prêtres, les directeurs de conscience. Il n’attaquera pas l'Eglise, certes, mais que survienne une nouvelle critique et il est prêt à la riposte. Or, quelques semaines après l'invitation de Montalembert, le 31 mars 1842, l'Univers déclanche sa campagne contre l’Université. Il dénonce, comme coupables d’un enseignement subversif, dix-huit professeurs éminents, parmi lesquels Cousin, Jouffroy, Nisard, Jules Simon, Quinet et Michelet.
Quinet était surtout attaqué et se défendit : il fit, en 1843, son cours sur les Jésuites. Michelet qui avait commencé, au Collège de France, un cours sur l'esprit du Moyen Age, tourna court, brusquement, au début du second semestre et aborda le même sujet que son ami. Alors le front de bataille s’élargit : Louis Veuillot sonna l'offensive générale, les évêques firent cause commune avec les Jésuites, et toute l'Eglise de France fut debout.
La finesse aristocratique de Montalembert répugnait aux procédés polémiques, aux vulgarités et aux violences de Veuillot. « L'Univers est bien difficile à diriger, écrit-il à son ami Foisset le 11 novembre 1843 ; je déplore ses excès ; je n’approuve pas qu'il compare les blasphèmes de Mo à des saucisses suspendues chez un charcutier. » Au fond de lui-même, il préfère le ton plus modéré et l'argumentation plus solide du Correspondant. Mais il sent la bataille engagée à fond et la nécessité de frapper fort. Il n’hésite plus et de Madère,
où il s’est installé pour procurer à sa femme souffrante un climat plus doux, il lance sa brochure sur le Devoir des Catholiques (décembre 1843).
Elle paraît dans le même mois que le tome VI de l'Histoire de France, et ce volume, accueilli par Montalembert avec silence, attire à Michelet les suffrages de Lamennais : « Votre histoire, écrit-il (1), s’anime sous votre plume. Ce n’est plus le simple récit d’évènements plus ou moins connus, mais un tableau vivant qui attache, et avec cela des pensées nouvelles, des aperçus ingénieux, profonds, qui intéressent l’esprit et le font réfléchir. Vous avez eu, plus que personne, le droit de réclamer la liberté de la parole, car personne n’en use plus utilement que vous, et avec un talent qui fait de votre cause celle de tous ceux qui vous écoutent et qui vous lisent. »
La liberté de la parole ? ce n’est pas, certes, Montalembert qui songe à la constater. Que l’Université enseigne ce qu’elle veut, dit-il dans sa brochure (au fond, ce n’est pas là le problème essentiel), maïs qu'elle cesse d’avoir le monopole de l’enseignement ! La lutte prend une nouvelle orientation. Il s’agit pour Montalembert, non plus de faire taire Michelet au Collège de France, mais d'obtenir pour les catholiques la liberté de leurs écoles. En 1845, quand on apporte à la Chambre des pairs, après la publication du Prêtre, la protestation de quatre-vingt-neuf pères de famille de Marseille, il monte à la tribune et s'oppose à toute mesure de répression contre Michelet. « Dans un pays libre, s’écrie-t-il, il faut savoir supporter ce qui fait horreur, ce qui inspire de la répugnance... Je me reconnais le droit d’en éprouver pour toute sorte de doctrines et de personnes, sans vouloir contester pour cela leur existence et leurs droits.
(1) Lettre inédite du 20 décembre 1843.
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Nos adversaires ne savent pas s’habituer à cette contraïnte, à cette nécessité de la liberté. J'espère que nous, ynous saurons le leur apprendre (1). » Il loue la franchise des attaques de Michelet, et il la préfère, dit-1l, aux respects hypocrites des éclectiques et des doctrinaires.
Le Gouvernement de Guizot n’avait pas, en effet, une attitude franche. Au lieu d'adopter la politique de Mon- talembert, de laisser la liberté aux professeurs du Col-
lège de France, mais de la donner aussi aux catholiques et aux jésuites, il adressait aux professeurs des remontrances et il obtint de Rome la dispersion des jésuites. | Montalembert et Michelet sont dès lors séparés par toute l'étendue du différend politique et religieux. Ils ne se connaissent plus et tirent le voile sur leur passé commun. Maïs, comme ïls ont gardé leurs vieilles “sympathies pour les peuples opprimés, on les retrouve dans les milieux de l’émigration polonaise. Quand Michelet prépare, en 1849, son Kosziusko et ses Légendes - démocratiques du Nord, il vient assidûment à Ja bibliothèque polonaise, et le bibliothécaire doït déployer ‘toute son ingéniosité pour éviter qu'il y rencontre Montalembert.
En revanche, Lamennais, — que celui-ci n’a pas revu depuis quinze ans, fréquente régulièrement Michelet. Lorsque l'historien épouse, en secondes noces, Mlle Mialaret, l’ancien « abbé Féli » bénit ce mariage...
10 mars 1849.
Mon cher Monsieur Michelet,
Puisse l’union que vous allez contracter et que tant de
convenances réciproques préparaient pour ainsi dire depuis
si longtemps, être bénie là-haut comme je la bénis dans mon cœur! Lorsque déjà l’on n’a qu’une âme, il est bon
(1) Discours du 14 avril 1845.
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