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porté, moi pauvre barbare du Nord, sous le ciel ardent et historique de l'Italie. Je ne conçois pas comment, en si peu de temps, vous avez pu vous pénétrer si complètement de l'atmosphère et de la couleur du pays.
Vous avez gardé un silence bien perfide sur la grande œuvre dont j'apprends l'existence et qui s'annonce sous un titre si formidable (1). Vous ne m'aviez pas seulement fait soupçonner votre projet. Veuillez me dire où vous en êtes, quand votre premier volume paraîtra, et m'inscrire sur la liste de vos souscripteurs. Le service de la garde nationale et le procès (2) m'empêcheront d'aller chercher votre réponse pendant la semaine, mais je ferai tous mes efforts pour aller vous voir dimanche.
Votre manière de décrire m'a quelquefois rappelé celle de votre ami M. Quinet, du moins dans ses bons moments. Je viens de parcourir une partie de son livre sur la Grèce (3), j'avoue que j'ai été un peu désappointé. Vous auriez bien dû lui donner un peu de voire profondeur et surtout de votre simplicité. F
Toutefois, j'éprouverais encore le plus grand plaisir à le connaître, s’il est disposé à renouveler la malheureuse tentative de l’an dernier.
M. Hellert nous abandonne, mon frère serait cependant charmé de lui demander quelques leçons de dessin.
Croyez, monsieur, à mes sentiments très distingués et à mon sincère dévouement.
Cx. DE MONTALEMBERT.
Au moment où le signataire de cette lettre remerciait ainsi Michelet de ses impressions d'Italie, il écrivait lui-même ses impressions d'Irlande. Elles allaient paraître dans le journal fondé par Lamennais, l'Avenir.
(1) Histoire Romaine.
(2) Premier procès de l'Avenir, après la publication de deux articles de Lamennais et de Lacordaire (16 et 17 novembre).
(3) La Grèce moderne et ses rapports avec l'antiquité (octobre 1830).
} Autour de « l'Avenir »
Montalembert avait abordé le journalisme et collaborait au Correspondant. Créée en 1829, par quelques jeunes gens d’une grande distinction, MM. de Carné, de Cazalès et de Meaux, cette publication semi-hebdo- “madaire avait pris pour devise les mots de Canning : « Liberté civile et religieuse par tout l’univers ». Mais quand Montalembert reçut, en septembre 1830,le prospectus de l’Avenir, il fut immédiatement conquis par son programme hardi et trouva timide l’attitude politique du Correspondant. Réconcilier l'Eglise et la démocratie, pouvait-il imaginer un rêve plus grandiose ? Les mots : Dieu et la liberté, éclatants dans leur laconisme, surg'ssaient comme une oriflamme au fronton du nouveau journal. Et quelle équipe pleine de promesses l'abbé de Lamennais, lui-même si célèbre, ‘m’avait-il pas su grouper autour de lui : l'abbé Lacordaïre, l’abbé Gerbet, le baron d’Eckstein ? « Si l’on veut de moi à l’Avenir, écrit Montalembert à un ami, j'abandonne tout. »
On l’y accueillit avec empressement, et, au début de janvier 1831, parurent ses articles sur l'Irlande. Ils ne passèrent pas inaperçus. Alfred de Vigny le félicita pour « son rere talent d'observation, son enthousiasme sage et ses tableaux artistement tracés ». Montalembert les envoya à Michelet : « Voici, monsieur, trois numéros de l’Avenir, qui vous rendront un peu compte de mon voyage en Irlande. Je réclame votre indulgence ordinaire pour moi (1). » Nous ne connaissons pas le jugement de l'historien. Peut-être ces descriptions ren-
(1) Lettre inédite du 22 janvier 1831,
forcèrent-elles son désir de visiter l'Irlande ? On sait qu le réalisa trois ans plus tard :.il fut ému jusqu'aux larmes par cette misère du peuple que Montalembert avait déjà dépeinte d’une façon si pathétique.
C’est par l'intermédiaire de Montalembert que Michelet connut. Lamennais, avec qui i! devait rester lié d’une amitié si fidèle. À en croire une lettre non datée, écrite vraisemblablement en 1831, le jeune homme provoqua lui-même la rencontre. Comme Michelet le remerciait d’un service rendu, il lui répondit simplement : « Vous êtes mille fois trop reconnaissant, monsieur ; je voudraïs vous rendre un service plus réel que celui dont vous me savez autant de gré, c’est de vous faire connaître M. de Lamennais. Il est à Paris pour deux ou troïs jours, et, si vous pouvez dérober à vos occupations. assez de temps pour venir me trouver au bureau de l'Avenir, demain ou jeudi matin, je vous conduirai chez lui. »
Michelet ne sait pas encore, à cette époque, de quel côté il va s'orienter, dans la bataïlle des idées et des partis. Il s'éloigne de Cousin, de Guizot et des doctrinaires qui sont arrivés au pouvoir. Il n’est guère enclin à suivre ses amis d’'Eichtal, Lerminier, Sainte-Beuve, dans le camp des Saïnt-Simoniens. Pour le moment, il est assez séduit par l’élan, la générosité, la crânerie des rédacteurs de l’Avenir. Et, à dire vrai, il n’est pas fâché de s'assurer, en vue de ses prochaines publications, l'appui sympathique de la presse catholique libérale. Bien plus, avec sa bonté habituelle, il veut en faire bénéficier son ami Edgar Quinet. Celui-ci est alors en pleine polémique avec Paulin Paris, au sujet de ces épopées nationales, qu’il prétend, assez témérairement, avoir découvertes à l’Arsenal et révélées au monde savant. Michelet le présente à son tour à Lamennais qui met les colonnes de l'Avenir à sa disposition.
Lorsque paraît son Histoire romaine, il l'envoie sans