‹ Michelet et son tempsChapitre 48 sur 51 · L'ETAT · texte numérisé non relu

L'ETAT

fermer dans Paris : « On bat maman. J’accours. » Victor Hugo en fit autant et rentra en France pour « prêcher la guerre après avoir plaidé la paix ». François Coppée composa la Lettre d’un mobile breton et Catulle Mendès

La colère d’un franc-tireur. Dans ses deux Lettres à Strauss, Renan avoue sa cruelle déception :

J'avais fait le rêve de ma vie de travailler à l'alliance intellectuelle, morale et politique de l’Allemagne et de la France... Qu'on juge de ce que j'ai souffert quand j'ai vu la nation qui m'avait enseigné l’idéalisme, raïller tout idéal.

C’est encore le même sentiment que Flaubert exprime sous une forme plus savoureuse :

Ce qui me reste sur le cœur, c’est l’invasion des docteursès-lettres cassant des glaces à coup de pistolet et vendant des pendules.

On le voit, ce qui se manifeste partout, chez Michelet comme chez ses contemporains ou ses amis plus jeunes, ce n’est pas tant l’humiliation de la défaite que la tristesse d’avoir été trompé. Ainsi que. le dira Nisard à Saint-René Taillandier, en le recevant à l’Académie en 1874, nos écrivains ont été dans la position « d’un garant dont la bonne foi aurait été surprise ».

Personne ne le ressentit plus douloureusement que Michelet. La guerre de 1870 lui porta un coup mortel. Blessé au cœur, il traîna encore deux années d’une vie tragique. Il était en effet frappé à la fois dans son idéalisme et dans son patriotisme. H se sentait doublement trahi. Le penseur avait vu s’écrouler son rêve de concorde universelle. L’historien de la France voyait sa Patrie envahie et mutilée. Frappé d’une attaque d’apoplexie en mars 1871, en apprenant les horreurs de la

Commune, il ne s’en releva pas. Que son pays, déchiré | |

par la guerre étrangère, fût encore ensanglante par la guerre civile, c'était trop pour celui qui lui avait donné son âme et ne vivait plus que par lui !

Mais ïl est une chose qui le soutint encore, à la veille de sa mort, c’est sa foi inébranlable dans un redressement futur, dans l’immortalité de sa patrie. S'il s’est trompé sur l’Allemagne, ïl ne s’est jamais trompé sur la France. N’avait-il pas écrit, déjà en 1846, dans le Peuple :

J'ai acquis cette foi que ce pays est celui de l’invincible espérance. Avec la France, rien n'est fini. Toujours tout à recommencer.

En 1918, l'Histoire — enfin ! — lui a donné raïson.

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