CAPTIVITÉ DE CHARLES D'ORLEANS
Le rai d'Angleterre Henri Y profita des guerres civiles pour envahir la France. L'armée qui marcha contre lui fui détruite à Azincourt ; le duc d'Orléans, Charles, Ws de Louis, fut emmené prisonnier en Angleterre.
Le duc, qu'on retira vivant de dessous les morts, prit avec lesautres prisonniers le chemin de Calais', de l'Angleterre.
Le roi ordonna dans une halte qu'on envoyât du pain et du vin au duc d'Orléans, et comme on vint lui dire que le prisonnier ne prenait rien, il y alla, et lui dit : * Beau cousin, comment vous va? — Bien, Monseigneur.— D'où vient que vous ne voulez ni boire ni manger. — Il est vrai, je jeûne. »
Sa captivité dura presque autan! que sa vie. Tant que les Anglais purent croire qu'il avail chance d'arriver au trône, ils ne voulurent jamais lui permettre de se racheter. Placé d'abord dans le château de Windsor* avec ses compagnons, il en fut bientôt séparé pour être renfermé dans la prison de Pomfret3, sombre et sinistre
ÎM I. HICHELET.
prison, qui n'avait pas coutume de rendre ceux qu'elle recevait : témoin Richard II '.
Il y passa de longues années, traité honorablement, sévèrement, sans compagnie, sans distraction; tout au plus la chasse au faucon, chasse de dames, qui se faisait ordinairement à pied et presque sans changer de place. C'était un triste amusement dans ce pays d'ennui et de brouillard, où il ne faut pas moins que toutes les agitations de la vie sociale et les plus violents exercices, pour faire oublier la monotonie d'un sol sans accident, d'un climat sans saison, d'un ciel sans soleil. Mais les Anglais eurent beau faire, il y eut toujours un rayon du soleil de France dans cette tour de Pomfret. Les chansons les plus françaises que nous ayons y furent écrites par Charles d'Orléans. Notre Béranger* du xv* siècle, tenu si longtemps en cage, n'en chanta que mieux.
C'est un Béranger un peu faible, peul-êlrc; toujours bienveillant, aimable, gracieux; une douce gaieté qui ne passe jamais le sourire, et ce sourire est près des larmes. On dirait que c'est pour cela que ces pièces sont si petites; souvent il s'arrèle à temps, sentant les larmes venir... Viennent-elles, elles ne durent guère, pas plus qu'une ondée d'avril.
Le plus souvent, c'est, en effet, un chant d'avril et d'alouette. La voix n'est ni forte ni soutenue, ni profondément passionnée. C'est l'alouette, rien de plus. Ce n'est pas le rossignol. Il y a pourtant un vif mouvement de passion dans les vers suivants :
cuirs (Henri IV),
Telle fut en général noire primitive et naturelle France, un peu légère peut-être pour le sérieux: d'aujourd'hui. Telle elle fut en poésie comme elle est en vins, en femmes. Ceux de nos vins que le monde aime et recherche comme français1 ne sont, il est vrai, qu'un souffle, mais c'est un souffle d'esprit. La beauté française, non plus, n'est pas facile à bien saisir, ce n'est ni le beau sang anglais, ni la régularité italienne; quoi donc? le mouvement, la grâce, le je ne sais quoi, tous les jolis riens. Autre temps, autre poésie. N'importe; celle-là subsiste, rien en ce genre ne l'a surpassée. Naguère encore, lorsque ces chants étaient oubliés eux-mêmes, il a suffi, pour nous ravir, d'une faible imitation, d'un infidèle et lointain écho.
Quelque blasés que vous soyez par tant de livres et d'événements, quelque préoccupés des profondes littératures des nations étrangères, de leur puissante musique, gardez, Français d'aujourd'hui, gardez toujours bon souvenir à ces aimables poésies, à ces doux chants de vos pères dans lesquels ils ont exprimé leurs joies, leurs amours, à ces chants qui touchèrent le cœur de vos mères et dont vous-mêmes êtes nés...
Je me suis écarté, ce semble; mais je devais ceci au
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poète, au prisonnier. Je devais, après cet immense malheur, dire aussi que les vaincus étaient moins dignes de mépris que les vainqueurs ne l'ont cru... Peut-être est-ce chose utile de réclamer en faveur de la vieille France qui s'en estallée... Où est-elle, celle France du moyen âge et de la renaissance, de Charles d'Orléans, de Froissart'?... Villon1 se le demandait déjà en vers plus mélancoliques qu'on n'eût attendu d'un si joyeux enfant de Paris :
Est Pion, la belle Romaine?
0» est la trèa-sage Héloisî...
La reine Blanche, comme un lia, Qui chantait à mil de Sirène?
... Et Jehanne, la nonne Lorraine Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ?
Où «onl-Ils, Vierge souveraine ?