‹ MicheletChapitre 11 sur 181 · LA MER VUE DU RIVAGE. — QBANVILLE · texte numérisé non relu

LA MER VUE DU RIVAGE. — QBANVILLE

Ce morceau, par lequel commence l'ouvrage, est la peinture dos impressions que la mer (ait éprouver à l'homme. Gran ville est sur la côte ouest de la Normandie, aux confins do la Bretagne.

Un brave marin hollandais, ferme et froid observateur,

M J. M1CHELET.

qui passa sa vie sur la mer, dil franchement que la première impression qu'on en reçoit, c'est la crainte. L'eau, pour être terrestre, est l'élément non respirable, l'élément de l'asphyxie. Barrière fatale, éternelle, qui sépare irrémédiablement les deux mondes. Ne nous étonnons pas si l'énorme masse d'eau qu'on appelle la mer, inconnue et ténébreuse dans sa profonde épaisseur, apparut toujours redoutable à l'imagination humaine.

Les Orientaux n'y voient que le gouffre amer, la nuit de i'abime. Dans toutes les anciennes langues, de l'Inde à l'Irlande, le nom de la mer a pour synonyme ou analogue le désert et la nuit.

Grande tristesse de voir tous les soirs le soleil, cette joie du monde et ce père de toute vie, sombrer, s'abîmer dans lus Unis. C'est le deuil quotidien du monde, et spécialement de l'Ouest. Nous avons beau voir chaque jour ce spectacle, il a sur nous même puissance, même effet de mélancolie.

Si l'on plonge dans la mer à une certaine profondeur, on perd bien tilt la lumière; on entre dans un crépuscule où persiste une seule couleur, un rouge sinistre; puis cela même disparaît et la nuit complète se fait, c'est l'obscurité absolue, sauf peut-être des accidents de phosphorescence effrayante. La masse, immense d'étendue, énorme de profondeur, qui couvre la plus grande partie du globe, semble un monde de ténèbres. Voilà surtout ce qui saisit, intimida les premiers hommes. On supposait que la vie cesse partout où manque la lumière, et qu'excepté les premières couches, toute l'épaisseur insondable, le fond (si l'abtme a un fond), était une noire solitude, rien que sable aride et cailloux, sauf des ossements et des débris, tant de biens perdus que l'élément

avare prend toujours et ne rend jamais, les cachant jalousement au trésor profond des naufrages.

L'eau do mer ne nous rassure aucunement par la transparence. Ce n'est point l'engageante nymphcdes sources, des limpides fontaines. Celle-ci est opaque et lourde; elle frappe fort. Qui s'; hasarde, se sent fortement soulevé. Elle aide, il ttst vrai, le nageur, mais elle le maîtrise; il se sent comme un faible enfant, bercé d'une puissante main, qui peut aussi bien le briser.

La barque une fois déliée, qui saitoù un vent subit, un courant irrésistible, pourront la porter? Ainsi nos pécheurs du Nord, malgré eux, trouvèrent l'Amérique polaire et rapportèrent la terreur du funèbre Groenland*. Toute nation a ses récits, ses contes sur la mer. Homère*, les Mille et une Nuits1, nous ont gardé un bon nombre de ces traditions effrayantes, les écueils et les tempêtes, les calmes non moins meurtriers où l'on meurt le soif au milieu des eaux, les mangeurs d'hommes, les nonslres, le léviathan, le kraken*, et le grand serpent de mer, etc. Le nom qu'on donne au désert, le pays de la peur, on aurait pu le donner au grand désert maritime. Les plus hardis navigateurs, Phéniciens et Carthaginois, les Arabes conquérants qui voulaient englober le monde, attirés par les récits du pays de l'or et des HespéridesE, dépassent la Méditerranée, se lancent sur la grande mer,

riqoe par Colomb, 1

ture. d'Uljue sur In mer.

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