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LE CHATEAU ROTAI. D'ANET

C'est la description du château bâti i Anel par ordre d'Henri II pour Diane de Poitiers. Ce château est détruit, mais on en a apporté la façade dans la cour de l'École des beaux-arts à Paris.

Improvisé par PhilUrrlDelorme1, entre Dreux, Évreux et Meulan, non loin de la grande Seine, mais retiré, sur la petite rivière d'Eure, Anet fut tout en promenoirs, lout en rez-de-chaussée, galeries et terrasses, au milieu des prairies, une maison de conversation. Du reste, nulle plus complète; parc, taillis, bois, garennes, arbres fruitiers, volières, fauconneries, héronnières, lout ce qui peut distraire un grand enfant. Cours sérieuses, jardin modique; de petits arcs rustiques s'élevaient à l'entrée des allées principales. Une chapelle, élégante et petite, couronnait et consacrait tout.

L'abondance des eaux, les viviers, les canaux qui coupaient lout cela, égayaient la maison, plus noble que gaie cependant. Sans les forêls voisines et les distractions de la chasse, ie roi y eût trouvé les journées longues. Diane en fit un palais de chasse et se fit donner, pour mettre à l'entrée, le bas-relief de cerfs, de sangliers qu'a fait Cellini* pour Fontainebleau (voyez au Louvre).

Avec cela l'attrait manquait. Qui peut dire ce qui fait l'attrait d'une maison, d'un lieu, d'un paysage? Pourquoi l'empereur Charlemagne fut-il tellement épris du petit lac d'Aix-la-Chapelle3, sans pouvoir en tirer ses yeux?Un talisman, dit-on, y attacha son cœur, l'y retint fasciné,

1. Architecte français {1518-1577). f 3. C'est là <|ue Charlemagne éta-

i et comme enchanté. Mais qui allait créer pour Anet ce système et ce tout-puissant talisman ?

En parcourant d'abord ce noble palais un peu morne, Goujon*, que Diane appela, vit et sentit la vraie grâce du lieu, les eaux vives. Le monument, dès lors, dut être une fontaine, où l'immobile image s'aviverait sanscesse du mouvement de ces belles eaux, de leur gazouillement qu'elle a l'air d'écouter.

Le gracieux génie du lieu fut ainsi évoqué du fond des ondes, une Diane, non mythologique, plutôt une fée chasseresse, jeune, fraîche et légère, posée à peine, comme pour respirer un moment. Mais elle y est restée plus longtemps qu'elle ne voulait au doux murmure des eaux ; ses beaux yeux errent et nagent; et elle ne bouge plus, rêveuse, prise elle-même à son enchantement.

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