LES PSAUMES DE LUTHER
Michclcl décrit l'impression produite par les psaumes sur les hommes du xvl* siècle. Luther, le réformateur allemand, est l'auteur de quelques psaumes ; mais il n'a pas eu l'influence musicale que lui attribue Micholct.
L'harmonie, le chant en partie', à peine entrevus du moyen âge, dominèrent, se développèrent dans les grandes assemblées religieuses du xvi* siècle. L'harmonie n'était pas là de convenance, de système et d'art; elle se faisait d'elle-même par la différence concordante des sexes et des Âges; les fortes et basses voix d'hommes y mettaient la gravité sainte de la grande parole biblique ; les tendres et pathétiques voix de femmes y faisaient pleurer l'Evangile, tandis que les petits enfants enlevaient la symphonie au paradis de l'avenir.
C'est Luther qui commenta, et alors toule la terre chanta, tous, protestants et catholiques. De Luther naquit Goudimel', le professeur de Rome et le maître de Palestrina3.
Ce fut un chant vrai, libre, pur, un chant du fond du cœur, le chant de ceux qui pleurent et qui sont consolés,
1. Dans lequel le eliteur «it divisé ; *. Musicien franc-comtois établi a mêmes notas. Le système avait été 3.' Musicien italien (15Î9-159»),
la joie divine parmi les larmes de la terre, un aperçu du ciel.
Les chants mystiques et solitaires du moyen âge étaient trempés de pleurs. De tous ces grands mystiques, pas un n'a eu la joie. Ils ont gémi, langui et attendu. Ils sont morts dans l'attente. Ils ont beaucoup aimé, mais leur amour ne s'affranchit jamais des pensées troubles. Ils restèrent tristes et inquiets.
Au contraire Luther est la joie, le rire héroïque.
La joie de l'inventeur, heureux d'avoir trouvé et heureux de donner, celle qui sourit dans les dialogues de Galilée', qui éclate d'un naïf orgueil dans Linné*, dans Keppler".
La joie du combattant au moment des batailles.
La joie du vrai fort, du héros, ferme sur le roc de la conscience, serein contre tous les périls et tous les maux du monde.
Et par-dessus ces joies de la force, Luther eut celles du cœur, celles de l'homme, le bonheur innocent de la famille et du foyer. Quelle famille plus sainte et quel foyer plus pur?... Table sacrée, hospitalière, où moimême, longtemps admis, j'ai trouvé tant de fruits divins' dont mon cœur vit encore6 ! Avec son petit Jean Luther, je m'enallais, suivant le bon docteur, au verger, où, tendrement, gravement, il prêchait les oiseaux, ou bien encore dans les blés mûrs qui le faisaient pleurer de reconnaissance et d'amour de Dieu.
n des Propoi de tabii «tlribuôs i
356 I. HICHBLET.
Comment le peuple n'eût-il pas cru cette voix pure et forte, lople, qui est celle du peuple? Tous croient, tous sont joyeux. On s'embrasse sur les places, comme on fit plus tard par toute l'Europe pour la prise de la Bastille'.
Et il allait de ville en ville, de place en place, et d'auberge en auberge, avec sa flûte ou son luth.
Tout le monde le suivait.
Ses ennemis le lui reprochent; ils disent en dérision : c II allait par toute l'Allemagne, nouvel Orphée', menant les bétes. 1
Cet homme était si Tort, qu'il eût fait chanter la mort même.
L'Allemagne, déchirée, mutilée, sciée, comme Isaïe3, l'Allemagne se mit à chanter.
Et la misérable France, écrasée sous la meule, où elle ne rendait que du sang, chante aussi comme l'Allemagne.