LA COUR A I/AVÉNEMENT DE FRANÇOIS H
Henri II mourut d'une blessure reçue dans un tournai qu'il donnai! en l'honneur du mariage de sa fille avec le roi d'Espagne. Celle mort subite faisait arriver au trône l'aîné de ses fils, François II, jeune homme maladif, dominé par sa femme Marie Stuart, reine d'Ecosse. Michelet passe en revue les personnages principaux de cette nouvelle cour.
La foule se portait à Saint-Antoine, au royal palais des Tournelles, à l'église Saint-Paul *, où le mariage d'Espagne va se célébrer.
On voulait régaler, amuser le duc d'Albe et la noble ambassade qui venait épouser Elisabeth au nom de Philippe'. Les lices étaient sous la Bastille3, et sans doute vues des prisonniers. Le roi, selon l'usage, fut au tournoi le premier des tenants1, brilla tant qu'il voulut, et tout était fini, quand il lui vint la fantaisie de briser
a fier; il se faisait rc
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encore une lance contre ce capitaine des gardes qui mit Dubourg1 à la Bastille. C'était un homme jeune et fort, Montgomery. Il refusait, mais le roi insista. Un accident très rare dans ces combats inoffensifs arriva : un éclat de bois arracha la visière de son casque et lui entra dans la cervelle.
Voilà la joie changée en deuil. La mariée, en noir, est épousée la nuit à Saint-Paul par le duc d'Albe; la sœur du roi au duc de Savoie1, dans la chapelle des Tournelles, à deux pas de l'agonisant.
C'était le cérémonial de France qu'une reine veuve restât quarante jours enfermée sans voir soleil ni lune. Mais la situation ne le permettait guère. La reine mère3 et la jeune reine, avec les Guises, menèrent le petit roi au Louvre', s'y cantonnèrent. La tour et ce qui subsistait duvieux château en faisaitencore un lieu fort, à l'abri d'une surprise. Montmorency9 resta, cloué par son devoir de grand maître, aux Tournelles pour tenir compagnie au mort, pendant qu'au Louvre on réglait tout sans lui.
En trois ou quatre jours, chacun prit son parti. La grande foule des seigneurs et de la noblesse, chose imprévue, resta avec le mort, et du côté du connétable. La solitude était extrême au Louvre. Les Guises ' étaient réduits à quelques gentilshommes; leur armée ecclésiastique, populaire et populacière, était partout, nulle part; elle ne se groupait pas encore.
Montmorency, brouillé avec la reine mère, ne pouvait
1. Conseiller bu Parlement de Pa- 5. Connétable ot grand maître de
ris que le roi venait de faire arrêter France (1*93-1561). comme protestant. Il fui orale comme 6. Princes de la famille des ducs de
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s'appuyer que sur les princes du sang (Navarre, Condé) t. Il leur fait dire de venir en toute hâte. Puis se voyant si fort et si accompagné, il laisse le cercueil, marche aox vivants, aux Guises, vent les faire compter avec lui. A travers tout Paris, une file interminable de gentilshommes montrait de son coté toute la noblesse de France. Sa famille imposante l'environnait, ses fils à l'âge d'homme, et, dans les grandes charges, ses neveux, l'amiral Coligny, le cardinal Odet de Chàtillon, Dandelot, colonel général de l'infanterie. Superbe trinité d'uneélite morale, OÙ la diversité produisait l'harmonie; l'aîné, le bon Odel aimé de tous, l'ami de tous les gens de lettres et l'homme même de la renaissance ; Dandelot, le plus jeune, loyal, bouillant soldat, plein de cœur et de conscience; ils entouraient avec respect la figure triste et grave, sombrement résignée, du héros, du futur martyr*.
Des dessins admirables, et terribles de vérité, nous ont conservé cette cour. Ils démentent généralement et les estampes, et les mémoires, et les portraits par écrit. Ces dessins véridiques, inexorables, accusateurs, tracés aux trois crayons par une main émue, et devant les originaux, n'ont pas besoin d'inscription. Ils se nomment d'euxmènies. C'est Guise, c'est le cardinal de Lorraine, c'est Coligny, c'est le connétable. Chacun d'eux fait crier: c C'est lui. »
Donc nous pouvons entrer, avec Montmorency, au Louvre. Nous sommes sûrs d'y voir les acteurs dans leur vrai et naturel visage, comme on les voyait ce jour-là.
Je ne veux dire ici qu'un mot des Guises. Ce qui
1. Antoine du Bourbon, roi de N'a- I î. L'amiral Coligny, plua tard un T«rre et Louis do Condé, princes de dei chefs du parti protestant, masla famille do Bourbon qui descendait sacré Ion de la Ssinl-BarlhéJemj
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aiarme en tous les deux, dans François et son frère le cardinal de Lorraine, c'est la mobilité nerveuse de la face qu'on ne retrouve à ce degré nulle part. Le cardinal, d'un teint infiniment délicat, transparent, toutà fait grand seigneur, évidemment spirituel, éloquent, d'un joli œil de chat, gris pâle, étonne par la pression colérique du coin de la bouche, qu'on démêle sous sa barbe blonde; elle pince, elle grince, elle écrase...
François, d'un teint grisâtre, plutôt maigre, d'un poil blond gris, d'une mine réfléchie, mais basse, malgré sa nature fine et sa décision vigoureuse, n'a rien d'un prince. Figure d'aventurier, de parvenu qui voudra parvenir toujours. Plus on le regarde longtemps, plus il a l'air sinistre. Sa sœur, Marie de Guise», l'accusait de tirer à lui seul. Son frère, Aumale, ne recevait rien du roi que François n'en fût triste, ne l'en chicanât. Son visage dit tout cela. 11 a l'air chiche et pauvre, et si mauvaise mine, que personne, je crois, n'oserait, contre un pareil joueur, jouer une pièce de trente sous.
La reine mère» a fait faire d'elle-même un grand et magnifique médaillon italien, pièce admirable qu'il faut rapprocher des dessins de la bibliothèque du Panthéon. Il nous donne et met en saillie le trait essentiel, le mufle traditionnel des Médicis3, la forte face intelligente, mais bestiale pourtant par une bouche proéminente, qu'offrent leurs plus anciens portraits.
François II et la jeune reine Marie Stuart faisaient un grand contraste. C'était un petit garçon qui ne prit sa croissance que six mois après. Pâle et bouffi, il gardait ses humeurs, ne mouchait pas. Bientôt il moucha par
lia rie Sluart.
do Médicis. youyc